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Le diabète de type 2 guette davantage les femmes chez qui la graisse s’installe sur le ventre à la ménopause, même quand la balance ne bouge presque pas

À la ménopause, le risque de diabète de type 2 se lit mieux sur le mètre ruban que sur la balance : la graisse se déplace vers le ventre, parfois sans kilo de plus. Dans une vaste étude européenne, les femmes en surpoids dont le tour de taille atteignait 88 cm sont devenues diabétiques quatre fois plus souvent en dix ans que celles restées sous 80 cm.

Relu par Antoine BOUQUET
À la ménopause, la graisse se déplace vers le ventre sans que le poids s'envole : pourquoi le tour de taille signale le risque de diabète de type 2, comment le mesurer et ce qui le fait baisser. Images d'illustration.
Sommaire

Faut-il s’attendre à grossir avec la ménopause ? Les grandes cohortes de femmes suivies pendant des années répondent en séparant deux phénomènes que l’on confond souvent. Les kilos suivent surtout l’âge. La graisse, elle, change de place avec l’arrêt des règles, et c’est ce déplacement vers le ventre qui pèse le plus sur le risque de diabète de type 2.

Ménopause et prise de poids : ce que la balance ne montre pas

Dans l’étude américaine SWAN, plus de 3 000 femmes de 42 à 52 ans ont été pesées et mesurées pendant trois ans. En trois ans, elles ont pris en moyenne 2,1 kg et 2,2 cm de tour de taille. Le passage à la ménopause n’expliquait pas ce gain de poids, et pas de façon nette celui du tour de taille : c’est d’abord l’avancée en âge qui joue. [2] Une autre cohorte, publiée en mai 2026, a suivi 38 283 infirmières américaines sur les douze ans qui entourent leur ménopause, six ans avant et six ans après. Elles ont déclaré une prise moyenne de 0,8 kg par an, plus marquée avant les dernières règles qu’après. [3] À ce rythme moyen, cela représente près de 10 kg en douze ans, selon notre calcul, avec de grands écarts d’une femme à l’autre.

En ce moment

Ce que la balance ne voit pas, un appareil d’absorptiométrie le mesure. Ce scanner à faible dose distingue la graisse du muscle, et SWAN l’a utilisé chez 1 246 participantes. Avant la transition, elles stockaient environ 0,25 kg de graisse par an. Pendant les trois ans et demi qui entourent les dernières règles, environ deux ans avant et un an et demi après, ce rythme monte à 0,45 kg par an, presque le double, pendant que la masse maigre se met à baisser. Bilan de la période : 1,6 kg de graisse en plus et 0,2 kg de masse maigre en moins, alors que la courbe du poids garde la même pente qu’avant. Tout se stabilise ensuite. [1] Le phénomène n’est pas universel : les participantes d’origine japonaise et chinoise n’ont pas connu cette accélération. [1]

Cette graisse supplémentaire ne se répartit pas au hasard. Une synthèse publiée en avril 2026 dans Menopause, la revue de la Menopause Society, rappelle qu’elle se loge surtout en profondeur, dans le ventre et autour d’organes comme le cœur ou le foie, et que le syndrome métabolique, qui associe tour de taille élevé, excès de graisses dans le sang, tension et résistance à l’insuline, s’aggrave le plus vite pendant la périménopause, indépendamment de l’âge. Ces changements surviennent souvent sans grande variation du poids, d’où l’intérêt de mesurer le tour de taille plutôt que de se fier à l’indice de masse corporelle (IMC). [10]

Tour de taille et diabète de type 2 : le repère des 80 cm, puis celui des 88 cm

L’Assurance maladie considère qu’un tour de taille de 80 cm ou plus chez la femme (94 cm chez l’homme) est un facteur de risque de diabète de type 2. La mesure n’a de sens que dans des conditions précises : [4]

Au lever du soleil, dans une cuisine, un homme en tee-shirt gris tient une tasse fumante à deux mains et regarde sans y toucher une assiette avec un croissant et une tartine beurrée.
  • sans vêtement, directement sur la peau ;
  • debout, pieds joints, bras relâchés le long du corps ;
  • à la fin d’une expiration normale, sans rentrer le ventre ;
  • le mètre ruban à l’horizontale, à mi-distance entre le bas de la dernière côte et le haut de l’os du bassin. [4]

Ce seuil n’est pas arbitraire. L’étude EPIC-InterAct a suivi 340 234 adultes de huit pays européens, dont la France, pendant une douzaine d’années, et recensé 12 403 nouveaux diabètes de type 2. Chez les femmes, le tour de taille comptait davantage que chez les hommes : à IMC égal, chaque tranche de 11 cm de tour de taille en plus allait de pair avec un risque 2,1 fois plus élevé, alors que l’IMC n’ajoutait presque plus rien une fois le tour de taille connu. [5]

Les chiffres absolus parlent plus clairement. Parmi les femmes en surpoids, avec un IMC entre 25 et 29,9, 11 sur 1 000 sont devenues diabétiques en dix ans quand leur tour de taille était inférieur à 80 cm, 20 sur 1 000 entre 80 et 87,9 cm, et 44 sur 1 000 à partir de 88 cm : quatre fois plus à corpulence comparable, selon notre calcul à partir des données publiées. [5] Ces femmes en surpoids au ventre large rejoignent presque le niveau des femmes obèses. Même chez celles dont le poids est dit normal, le risque passe de 6 à 20 sur 1 000 au-delà de 88 cm. [5]

Infographie aux couleurs de Centre CLÉA. Nouveaux diabètes de type 2 en 10 ans pour 1 000 femmes suivies en Europe dans l'étude EPIC-InterAct, selon la corpulence et le tour de taille mesuré au départ. Poids normal : 5,9 sous 80 cm, 15 entre 80 et 87,9 cm, 20 à 88 cm et plus. Surpoids : 11, 20 et 44, soit 4 fois plus au-delà de 88 cm que sous 80 cm. Obésité : 28, 27 et 74. Étude SWAN : autour des dernières règles, 1,6 kg de graisse gagné en 3,5 ans, la graisse se stockant presque 2 fois plus vite, 0,2 kg de masse maigre perdu, sans accélération du poids. Essai DPP : 58 % de nouveaux diabètes en moins par rapport au placebo avec l'objectif de perdre 7 % de son poids et de bouger 150 minutes par semaine, chez des adultes de 51 ans en moyenne, à 68 % des femmes, dont la glycémie était déjà trop élevée.
Dans l’étude EPIC-InterAct, les femmes en surpoids dont le tour de taille atteignait 88 cm ou plus ont développé quatre fois plus de diabètes de type 2 en dix ans que celles restées sous 80 cm. Infographie : Centre CLÉA.

Ces données décrivent une association, observée sur des adultes suivis entre 1991 et 2007, avec une seule mesure au départ. Elles montrent pourtant à quel point la situation est courante : dans l’échantillon féminin de l’étude, âgé de 52 ans en moyenne, près d’une femme sur deux mesurait déjà 80 cm ou plus, et une sur quatre au moins 88 cm. [5]

Glycémie à jeun : quand la faire contrôler après 45 ans

Le diabète de type 2 s’installe sans bruit, souvent pendant des années. L’Assurance maladie recommande de le dépister à partir de 45 ans chez les personnes qui ont au moins un facteur de risque : surpoids, sédentarité, parent proche diabétique, diabète pendant une grossesse ou bébé de plus de 4 kg à la naissance, hypertension, excès de graisses dans le sang ou précarité. [8] Le test de référence est une glycémie veineuse à jeun, après 10 à 12 heures sans manger ; l’hémoglobine glyquée (HbA1c) n’est ni recommandée ni remboursée pour ce dépistage. [8][9]

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Glycémie à jeunCe que cela signifieProchain contrôle
Moins de 1,10 g/lNormaleDans 3 ans, ou 1 à 3 ans si plusieurs facteurs de risque
De 1,10 à 1,25 g/lPrédiabèteChaque année
1,26 g/l ou plus, deux foisDiabèteBilan et suivi médical

Au stade du prédiabète, la glycémie peut redevenir normale en agissant sur ce qui se modifie : activité physique, alimentation et perte de poids. [9] Pour estimer son risque avant même la prise de sang, le questionnaire FINDRISC proposé par l’Assurance maladie calcule le risque de diabète à dix ans ; il reprend les mêmes repères de tour de taille que l’étude européenne : moins de 80 cm, de 80 à 88 cm, plus de 88 cm. [8]

Dans l’assiette, ce qui va avec moins de kilos autour de la ménopause

La cohorte des infirmières américaines a comparé douze façons de manger sur la période de la ménopause. Celles dont l’alimentation était la moins « insulinogène », c’est-à-dire la moins susceptible de faire monter l’insuline, prenaient 0,28 kg de moins par an que celles à l’opposé, soit environ 3,4 kg d’écart sur douze ans selon notre calcul. Les plus proches du régime dit de santé planétaire, très végétal, sont devenues obèses deux fois moins souvent. [3]

Concrètement, ces assiettes contiennent moins de viande rouge et de charcuterie, moins de sel, de pommes de terre et de frites, et davantage de fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes, noix et huiles végétales. [3] Deux nuances comptent. Réduire les glucides ne suffisait pas : un régime pauvre en glucides mais riche en produits animaux et en graisses saturées allait avec plus de kilos, sa version riche en protéines végétales et en bonnes graisses avec moins, ce qui place la qualité des aliments avant la restriction. Et les aliments ultratransformés étaient associés à une prise de poids plus forte. [3] Il s’agit d’une étude d’observation, sur des poids déclarés par des soignantes majoritairement blanches : elle montre des tendances, pas l’effet garanti d’un régime. [3]

Diabète de type 2 : les deux gestes testés dans des essais

Pour savoir ce qui prévient réellement le diabète, il faut se tourner vers les essais où l’on tire au sort qui change ses habitudes. Le plus cité, l’essai américain Diabetes Prevention Program (DPP), a inclus 3 234 adultes dont la glycémie était déjà trop élevée sans être celle d’un diabète. Ils avaient 51 ans en moyenne, l’âge de la ménopause, et 68 % étaient des femmes. Le programme fixait deux objectifs : perdre au moins 7 % de son poids et bouger au moins 150 minutes par semaine, soit par exemple 30 minutes cinq jours sur sept. [6]

Sur 2,8 ans de suivi en moyenne, ce groupe a compté 4,8 nouveaux diabètes pour 100 personnes suivies un an, contre 11 sous placebo : 58 % de cas en moins, quand la metformine, un médicament du diabète, n’en évitait que 31 %. Il suffisait que 7 personnes suivent le programme pendant trois ans pour éviter un diabète. [6] Pour une femme de 70 kg, l’objectif représente 4,9 kg, selon notre calcul. En Finlande, un essai mené chez 522 adultes de 55 ans en moyenne, dont 350 femmes, avait obtenu la même baisse de 58 % avec des conseils personnalisés sur le poids, les graisses, les fibres et l’activité : 11 % de diabètes en quatre ans, contre 23 % dans le groupe témoin. [7]

Une femme d'environ 55 ans aux cheveux courts grisonnants marche d'un pas rapide sur un quai au bord d'un fleuve à la tombée du jour, en doudoune et écharpe, sous la lumière orangée des lampadaires.
Une marche rapide après le travail : dans l’essai DPP, 150 minutes d’activité par semaine faisaient partie du programme qui a réduit de 58 % les nouveaux diabètes. Image d’illustration.
Un homme d'environ 70 ans aux cheveux gris marche d'un pas rapide sur un chemin de berge couvert de feuilles d'automne, à contre-jour dans le soleil bas.

Ces essais n’ont pas été conçus pour la ménopause, et leurs participants avaient déjà une glycémie anormale. Ils restent la meilleure preuve disponible que la perte d’un peu de poids et l’activité retardent le diabète chez des adultes de cet âge. Les observations de SWAN vont dans le même sens pour la silhouette : chez les femmes de 42 à 52 ans, chaque niveau de sport en plus sur une échelle de 1 à 5 allait avec 0,32 kg de moins, et la marche ou le vélo pour se déplacer, comme moins de temps devant la télévision, avec une tendance semblable. [2] L’Assurance maladie fixe le repère à au moins 30 minutes d’activité par jour, au moins cinq jours sur sept, en réduisant aussi le temps passé assise. [4]

Sources et références

[1] JCI Insight — Changes in body composition and weight during the menopause transition (étude SWAN), Greendale G. A. et al., 2019
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC6483504/

[2] American Journal of Epidemiology — Physical activity and changes in weight and waist circumference in midlife women: findings from the Study of Women's Health Across the Nation, Sternfeld B. et al., 2004
https://doi.org/10.1093/aje/kwh299

[3] JAMA Network Open — Optimal Dietary Patterns for Lower Weight Gain and Risk of Obesity Surrounding Menopause (Nurses' Health Study II), Xia T. et al., mai 2026
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC13191392/

[4] Assurance maladie (ameli.fr) — Causes et facteurs favorisants du diabète, 24 septembre 2024
https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/diabete-adulte/diabete-comprendre/causes-facteurs-favorisants

[5] PLoS Medicine — Long-term risk of incident type 2 diabetes and measures of overall and regional obesity: the EPIC-InterAct case-cohort study, The InterAct Consortium, 2012, calculs de la rédaction
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC3367997/

[6] The New England Journal of Medicine — Reduction in the incidence of type 2 diabetes with lifestyle intervention or metformin, Diabetes Prevention Program Research Group, 2002
https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa012512

[7] The New England Journal of Medicine — Prevention of type 2 diabetes mellitus by changes in lifestyle among subjects with impaired glucose tolerance, Tuomilehto J. et al., 2001
https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJM200105033441801

[8] Assurance maladie (ameli.fr, espace médecin) — Diabète de type 2 : améliorer le dépistage chez les patients à partir de 45 ans et à risque, 24 novembre 2025
https://www.ameli.fr/medecin/sante-prevention/sante-cardiovasculaire/maladies-cardiovasculaires-et-associees/diabete-type-2/diabete-de-type-2-ameliorer-le-depistage-chez-les-patients-partir-de-45-ans-et-risque

[9] Assurance maladie (ameli.fr) — Symptômes et diagnostic du diabète
https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/diabete-adulte/diabete-symptomes-evolution/diagnostic-diabete

[10] Menopause (The Menopause Society) — Cardiometabolic changes in the menopause transition, Shufelt C., avril 2026
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC13105580/

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