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Le moustique tigre a transmis le chikungunya jusqu’en Suisse, mais en France le dernier foyer de l’année ne pourra pas être déclaré éteint avant le 4 décembre

Le Tessin a confirmé le 4 novembre les premiers cas de chikungunya transmis par le moustique tigre en Suisse. En France, où Santé publique France recense 208 cas autochtones cette année, 17 foyers restaient ouverts au 2 novembre, et selon notre calcul, le dernier ne pourra pas être déclaré clos avant le 4 décembre.

Relu par Antoine BOUQUET
Gros plan d'un moustique tigre aux pattes rayées de blanc, l'abdomen gonflé de sang, en train de piquer un avant-bras sur une terrasse de jardin parsemée de feuilles mortes, dans la lumière dorée d'une fin d'après-midi d'automne.
Un moustique tigre en train de piquer un avant-bras, sur une terrasse en automne. Image d'illustration. Après les quatre premiers cas de chikungunya transmis sur place en Suisse, au Tessin, 17 foyers restaient ouverts en France au 2 novembre, et le dernier, à Cavalaire-sur-Mer, ne pourra pas être clos avant le 4 décembre.
Sommaire

Les quatre malades vivent dans la plaine de Magadino, près de Bellinzone, et aucun d’eux n’avait voyagé récemment dans une région où circule le virus du chikungunya. Ils vont bien, à l’exception de douleurs articulaires qui persistent. [1] Le scénario est celui que les entomologistes décrivaient depuis des années : une personne rentre de voyage avec le virus dans le sang, un moustique tigre la pique, puis, quelques jours plus tard, transmet le virus à d’autres personnes en les piquant à leur tour. Il n’y a pas de contagion directe d’une personne à l’autre. [1][2]

Chikungunya au Tessin : quatre cas transmis par le moustique tigre, un risque jugé très faible

Le Département de la santé du canton du Tessin juge le risque actuel « très faible » pour la population, en raison du petit nombre de cas et de la fin prochaine de la saison des moustiques, et ne demande pas de mesure particulière au-delà de la protection habituelle contre les piqûres. Des traitements ont tout de même été menés sur place pour réduire le nombre de moustiques tigres encore présents. [1] Selon le médecin cantonal Giorgio Merlani, cité par la presse suisse, les quatre personnes habitent le même quartier, leurs infections remontent à la fin de l’été et aucun nouveau cas n’a été enregistré après octobre.

En ce moment

« Bien que le risque de nouvelle transmission soit actuellement très faible en raison du déclin de l’activité des moustiques, ces cas démontrent l’importance de maintenir la surveillance et la prévention. »

Pie Müller, entomologiste médical, Institut tropical et de santé publique suisse (Swiss TPH), 4 novembre 2026 [2]

Le canton le rappelle lui-même dans son communiqué : des épisodes semblables ont déjà été observés ces dernières années ailleurs en Europe, en particulier en Italie et en France. [1] En France hexagonale, le moustique tigre est implanté dans 83 départements, et la transmission locale du chikungunya n’y a rien d’exceptionnel cette année. [3]

208 cas de chikungunya transmis en France en 2026, près de la moitié en Gironde

Au 2 novembre, Santé publique France recensait 30 foyers de transmission de chikungunya dans l’Hexagone, de 1 à 36 cas chacun. Le plus important est à Prayssac, dans le Lot (36 cas), devant Cavalaire-sur-Mer, dans le Var (33 cas), et Prignac-et-Marcamps, en Gironde (30 cas). La Gironde concentre à elle seule 93 cas, soit 45 % du total, répartis dans 17 foyers, selon notre décompte du tableau publié par l’agence. S’y ajoutent 8 cas de dengue transmis localement, dans 5 foyers. [3]

Illustration d’un habitant à sa fenêtre donnant sur un jardin, avec un moustique tigre au premier plan.
Où le chikungunya a été transmis sur place en 2026 (au 2 novembre)
DépartementCasFoyers
Gironde9317
Lot372
Var363
Gard141
Landes81
Tarn81
Val-de-Marne72
Seine-Saint-Denis, Drôme, Pyrénées-Atlantiques53

L’année reste pourtant loin de 2025. À la même date, le 3 novembre 2025, l’agence comptait 770 cas dans 80 foyers, plus 19 cas isolés, soit 3,7 fois plus de cas liés à un foyer qu’aujourd’hui. [4] La saison s’était terminée sur 809 cas autochtones. Santé publique France l’explique par l’épidémie de l’océan Indien, en particulier à La Réunion, causée par une souche du virus particulièrement adaptée au moustique tigre. [5]

La différence se lit dans les retours de voyage. Entre le 1er mai et le 1er novembre 2026, 165 cas importés de chikungunya ont été identifiés, contre 1 035 sur la même période en 2025, arrêtée au 3 novembre. Ils arrivent cette année surtout de l’île Maurice (47 cas), de Guyane (43) et de Mayotte (17). [3][4] De mai à novembre, chacun de ces cas déclenche une enquête et des mesures contre les moustiques autour du malade ; un cas autochtone entraîne une démoustication dans un périmètre plus large et une recherche d’autres malades, parfois en porte-à-porte dans le voisinage. [3]

Pourquoi le risque de chikungunya baisse en novembre, sans tomber à zéro

En France, le moustique tigre est actif de mai à novembre. C’est pour cette période que Santé publique France renforce sa surveillance, du 1er mai au 30 novembre. [3] La température fait la différence : selon le Swiss TPH, un automne doux maintient les moustiques tigres actifs plus longtemps et accélère la multiplication du virus dans l’insecte, ce qui allonge la période pendant laquelle une transmission reste possible. [2] Le froid de novembre joue dans l’autre sens.

Les chiffres français vont dans le sens d’un essoufflement. Selon notre décompte, 11 foyers ont démarré en août et 13 en septembre, mais 3 seulement en octobre, et le dernier cas connu a eu ses premiers signes le 20 octobre, à Cavalaire-sur-Mer. La courbe des cas a culminé à la mi-septembre. [3] Les bulletins continuent pourtant d’annoncer des foyers : sept nouveaux dans celui du 28 octobre, un de plus le 4 novembre, à Saint-Uze, dans la Drôme, dont le premier malade avait eu ses premiers signes le 29 septembre. [3][6] Et en 2025, des cas avaient encore débuté jusqu’au 13 novembre. [5]

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Infographie aux couleurs de Centre CLÉA sur le chikungunya transmis sur place en France hexagonale en 2026, point Santé publique France au 2 novembre 2026 : 208 cas dans 30 foyers de transmission par le moustique tigre. Nouveaux foyers selon le mois des premiers signes du premier cas : 1 en juin, 2 en juillet, 11 en août, 13 en septembre et 3 en octobre ; 13 foyers sont clos. Comparaison avec 2025 à la même date : 770 cas autochtones dans un foyer en 2025 contre 208 en 2026, soit 3,7 fois moins, et 1 035 cas importés de voyage contre 165. Les 17 foyers encore ouverts pourront être clos, au plus tôt et s'il n'y a pas de nouveau cas, après 45 jours : 4 entre le 3 et le 9 novembre, 4 entre le 10 et le 16 novembre dont Aigues-Mortes, 7 entre le 17 et le 23 novembre dont Prayssac et Arcachon, 1 entre le 24 et le 30 novembre, à Cézac, et le dernier le 4 décembre, à Cavalaire-sur-Mer (33 cas), après la fin de la surveillance renforcée le 30 novembre. Dernier cas connu : premiers signes le 20 octobre ; en 2025, des cas avaient débuté jusqu'au 13 novembre.
Après un pic de nouveaux foyers en août et en septembre, 17 foyers de chikungunya restaient ouverts au 2 novembre en France hexagonale ; le dernier, à Cavalaire-sur-Mer, ne pourra pas être clos avant le 4 décembre. Infographie : Centre CLÉA.

Au 2 novembre, 17 des 30 foyers restaient ouverts. [3] Un foyer n’est déclaré clos qu’après 45 jours sans nouveau cas, la durée maximale d’un cycle de transmission entre deux personnes par l’intermédiaire du moustique. [7][8] En partant de la date des premiers signes du dernier malade connu de chaque foyer, nous avons calculé la date la plus proche à laquelle chacun pourra être clos, s’il n’apparaît aucun nouveau cas :

  • Du 3 au 16 novembre : 8 foyers, dont Biscarrosse (Landes) et Aigues-Mortes (Gard).
  • Du 17 au 23 novembre : 7 foyers, dont Prayssac (Lot), le plus gros foyer de l’année, et Arcachon (Gironde).
  • 24 novembre : Cézac (Gironde).
  • 4 décembre : Cavalaire-sur-Mer (Var), 33 cas, soit quatre jours après la fin de la surveillance renforcée.

Chikungunya : les signes qui doivent faire consulter, même en novembre

Une personne infectée sur dix à quatre sur dix ne ressent rien. Chez les autres, les symptômes apparaissent en moyenne 3 à 7 jours après la piqûre, parfois jusqu’à 12 jours plus tard. [9] Le tableau typique associe :

  • Une fièvre élevée qui s’installe brutalement ;
  • Des douleurs articulaires parfois intenses, surtout aux poignets, aux chevilles et aux doigts ;
  • Des douleurs musculaires et des maux de tête ;
  • Une éruption de taches ou de petits boutons rouges sur la peau. [9]
Une femme âgée assise au bord de son lit tient son poignet douloureux d'une main, à côté d'une table de chevet avec un thermomètre auriculaire, un verre d'eau et une boîte de comprimés, à la lumière d'une lampe.
Une fièvre brutale avec des poignets ou des chevilles douloureux : c’est l’association qui doit faire penser au chikungunya, surtout près d’un foyer ou au retour d’un voyage. Image d’illustration.

L’évolution est le plus souvent favorable en une dizaine de jours. Mais 30 à 40 % des malades gardent des douleurs articulaires pendant des mois, parfois des années, comme les malades du Tessin qui en souffrent encore. [1][9] Ce risque de forme chronique augmente après 45 ans, avec d’autres maladies ou avec des douleurs articulaires préexistantes, selon l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). [10]

Consultez sans attendre si…

Vous avez une fièvre brutale avec des douleurs articulaires et vous habitez ou avez séjourné près d’un foyer signalé, ou vous rentrez d’un pays où circule le virus. Les formes graves restent rares, mais elles concernent surtout les nouveau-nés, les personnes âgées et celles qui ont une maladie chronique. [1][2]

  1. Signalez au médecin vos voyages récents et les lieux où vous avez séjourné. [1]
  2. Faites le test au bon moment : jusqu’au 5e jour après les premiers signes, la recherche du virus par PCR ; après le 7e jour, une prise de sang qui cherche les anticorps, à refaire au moins 10 jours plus tard pour confirmer. [9]
  3. Soulagez avec du paracétamol et évitez l’aspirine et l’ibuprofène tant qu’une dengue n’a pas été écartée, car ils augmentent le risque de saignement dans cette maladie. [11]
  4. Évitez de vous faire piquer, surtout les premiers jours de la maladie, pour ne pas transmettre le virus aux moustiques encore actifs. [1]
Homme âgé aux cheveux gris assis sur une terrasse au bord d’un canal bordé de roseaux, se frottant l’avant-bras au coucher du soleil

Pour qui rentre d’un voyage en zone tropicale ou subtropicale, le canton du Tessin conseille de continuer à se protéger des piqûres pendant 14 jours après le retour, même sans aucun symptôme, puisque l’infection passe parfois inaperçue. [1][2] C’est par ces retours de voyage que le virus arrive, en Suisse comme en France, avant que le moustique tigre ne le transmette sur place. [2][3]

Sources et références

[1] Repubblica e Cantone Ticino, Dipartimento della sanità e della socialità — Quattro casi autoctoni di febbre Chikungunya in Ticino, rischio attuale molto basso, communiqué du 4 novembre 2026
https://www4.ti.ch/tich/area-media/comunicati/dettaglio-comunicato?NEWS_ID=261508

[2] Swiss TPH (Institut tropical et de santé publique suisse) — Commentaire d'expert : premier cas de transmission locale du chikungunya confirmé en Suisse, 4 novembre 2026
https://www.swisstph.ch/fr/news-detail/news/commentaire-dexpert-premier-cas-de-transmission-locale-du-chikungunya-confirme-en-suisse

[3] Santé publique France — Chikungunya, dengue, Zika et West Nile en France hexagonale. Bulletin de la surveillance renforcée du 4 novembre 2026 (tableau n°1 des épisodes ; décomptes et dates de clôture possibles : calculs de la rédaction)
https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/2026-11/bullnat_arboviroses_20261104.pdf

[4] Santé publique France — Chikungunya, dengue, Zika et West Nile en France hexagonale. Bulletin de la surveillance renforcée du 5 novembre 2025
https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-a-transmission-vectorielle/chikungunya/bulletin-national/chikungunya-dengue-zika-et-west-nile-en-france-hexagonale-bulletin-de-la-surveillance-renforcee-du-5

[5] Santé publique France — Chikungunya, dengue et Zika en France hexagonale. Bilan 2025, 6 mai 2026
https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-a-transmission-vectorielle/chikungunya/bulletin-national/chikungunya-dengue-et-zika-en-france-hexagonale-bilan-2025

[6] Santé publique France — Chikungunya, dengue, Zika et West Nile en France hexagonale. Bulletin de la surveillance renforcée du 28 octobre 2026
https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-a-transmission-vectorielle/chikungunya/bulletin-national/chikungunya-dengue-zika-et-28

[7] Santé publique France — Surveillance chikungunya, dengue, Zika en Occitanie, bulletin du 9 août 2024 (critère de clôture d'un épisode : 45 jours sans nouveau cas)
https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/bullreg_arboviroses_occitanie_20240809.pdf

[8] Bulletin épidémiologique hebdomadaire — Circulation autochtone de chikungunya dans deux communes du Var, août-septembre 2017, Calba C. et al., BEH n° 24, 10 juillet 2018
https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/82899_spf00000221.pdf

[9] Santé publique France — Chikungunya : la maladie, page mise à jour le 9 septembre 2026
https://invs.santepubliquefrance.fr/chikungunya/la-maladie

[10] ANSM — Dossier thématique : vaccin contre le chikungunya, mis à jour le 30 avril 2026
https://ansm.sante.fr/dossiers-thematiques/vaccin-contre-le-chikungunya

[11] Organisation mondiale de la santé — Chikungunya, questions-réponses
https://www.who.int/fr/news-room/questions-and-answers/item/chikungunya

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