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Début novembre, au moment où la grippe recommence d’ordinaire à remplir les salles d’attente, la question revient chez beaucoup de parents dont l’enfant n’a ni asthme, ni diabète, ni maladie chronique : faut-il le faire vacciner ? La campagne, ouverte le 13 octobre en même temps que celle contre le Covid-19, parle surtout des 65 ans et plus et des malades chroniques, et aucun courrier de l’Assurance maladie n’arrive dans les familles d’enfants en bonne santé. [4] La recommandation existe pourtant depuis près de quatre ans. Elle ouvre une possibilité, elle n’impose rien, et elle bute sur un vaccin introuvable.
Grippe de l’enfant : ce que recommande la HAS pour les 2 à 17 ans
Saisie par la Direction générale de la santé, la Haute Autorité de santé a recommandé le 9 février 2023 que la vaccination contre la grippe saisonnière « puisse être proposée chaque année aux enfants sans comorbidité âgés de 2 à 17 ans révolus, sans qu’elle soit rendue obligatoire ». [1] Les moins de 2 ans en bonne santé ne sont pas concernés, faute de données assez solides sur l’efficacité à cet âge. Chez les plus grands, les revues Cochrane retenues par la HAS concluent à une efficacité de 78 % contre l’infection pour les vaccins vivants atténués, ceux du spray nasal, et de 64 % pour les vaccins inactivés injectables. [1][2]
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La HAS attend trois bénéfices de cette ouverture : protéger l’enfant lui-même, alléger les services de pédiatrie, et freiner la diffusion du virus, puisque les enfants de 2 à 17 ans « constituent le réservoir de la grippe », selon ses mots, et la transmettent aux plus âgés. [1] C’est ce qui distingue ce vaccin de celui des 65 ans : pour un enfant en bonne santé, il protège autant la maison que l’enfant.
L’hiver dernier a donné une idée de l’enjeu. Pendant l’épidémie 2025-2026, les moins de 5 ans ont consulté pour syndrome grippal au rythme de 4 972 pour 100 000 et les 5-14 ans de 3 877, contre 2 479 chez les 15-64 ans et 1 404 chez les 65 ans et plus. [6] Les moins de 5 ans ont représenté 31 % des passages aux urgences pour grippe. Les décès d’enfants restent exceptionnels, 11 sur les 4 389 décès avec mention de grippe concernaient des moins de 15 ans, mais les formes graves ne frappent pas que les enfants fragiles : dans les services de réanimation qui signalent les cas graves, 9 % des malades avaient moins de 18 ans, et 44 % de ces enfants n’avaient aucun des facteurs de risque visés par la vaccination, selon notre calcul à partir du bilan de Santé publique France. [6]


Le vaccin, lui, a mieux fonctionné chez eux que chez leurs grands-parents. Santé publique France estime qu’il a réduit de 67 % le risque de grippe A symptomatique chez les moins de 18 ans vaccinés, contre 34 % chez les 18-64 ans et 23 % chez les 65 ans et plus. [6] En France, ces enfants ont reçu un vaccin injectable : le spray n’y était pas plus disponible l’hiver dernier. [7]
Spray nasal ou piqûre : pourquoi ce sera encore la piqûre cet hiver
Sur un point, la HAS est allée plus loin qu’une simple ouverture. Elle a demandé d’utiliser de préférence le vaccin en spray nasal Fluenz, pulvérisé dans les narines, en raison de « sa meilleure acceptabilité chez l’enfant du fait de la non-utilisation d’aiguille ». Cette préférence, posée en 2023 puis reprise pour la version trivalente du vaccin, a encore été rappelée par la commission de la transparence de la HAS le 20 mai 2026. [1][3]
Le même avis de mai 2026 montre aussi où ça coince. Cette commission, qui évalue ce qu’un médicament apporte de plus que ceux déjà remboursés, a maintenu pour Fluenz une « absence » d’amélioration du service médical rendu, le dernier niveau de son échelle (ASMR V). Elle rappelle qu’une méta-analyse de 2022 donnait l’avantage au spray sur un vaccin injectable contre la grippe confirmée, mais que des analyses plus récentes, dont une de 2025, trouvent des résultats trop variables selon les saisons et les virus pour établir un bénéfice clinique robuste. [3] Pour les experts d’Infovac, réseau de pédiatres et d’infectiologues, ce classement « décourage la firme de le mettre à disposition en France ». [7] Selon l’agence APMnews, les membres de la commission se sont eux-mêmes montrés « un peu gênés » que le vaccin reste indisponible. [12]
Résultat, Fluenz ne figure pas dans la base de données publique des médicaments, et la liste des vaccins de la campagne 2026-2027 publiée par l’Assurance maladie ne compte que des injectables : Vaxigrip, Influvac et Flucelvax pour les enfants, Efluelda et Fluad étant réservés aux 65 ans et plus. [4][5] Au Luxembourg voisin, le même spray est proposé aux 2-17 ans à partir de cette saison. [11] Pour un enfant français en bonne santé, la protection passe donc cet hiver par une injection dans le bras.
Prix et remboursement du vaccin contre la grippe pour un enfant en bonne santé
En 2023, la HAS demandait un remboursement qui permette à tout parent de faire vacciner son enfant « sans frein financier ». [1] Le choix retenu est intermédiaire : pour un enfant de 2 à 17 ans sans maladie chronique, le vaccin est pris en charge à 65 %, alors qu’il l’est à 100 % pour un enfant asthmatique ou diabétique. [4] Les trois vaccins utilisables ont le même prix public, 12,77 € la seringue, honoraire de pharmacie compris. [5] L’Assurance maladie en rembourse 8,30 €, il reste donc 4,47 € à payer avant l’intervention de la complémentaire santé, selon notre calcul.
La facture double la première année pour les plus jeunes. Un enfant de moins de 9 ans qui n’a jamais été vacciné ni exposé à la grippe reçoit deux doses à un mois d’intervalle, puis une seule les hivers suivants. [7] Cela fait 25,54 € de vaccins, dont 8,94 € pour la famille avant mutuelle, à quoi s’ajoute la consultation ou l’acte d’injection.
Autre différence avec les enfants malades chroniques : rien n’arrive par la poste. Le professionnel qui propose la vaccination imprime un bon de prise en charge spécifique, le parent va chercher le vaccin en pharmacie avec ce bon et la carte Vitale, puis revient pour l’injection. [4] Qui peut s’en charger dépend de l’âge de l’enfant :
| Âge de l’enfant | Qui peut prescrire | Qui peut faire l’injection |
|---|---|---|
| 2 à 10 ans | Médecin, sage-femme | Médecin, sage-femme, infirmier sur prescription |
| 11 à 17 ans | Médecin, sage-femme, pharmacien | Médecin, sage-femme, pharmacien, infirmier |

Couverture vaccinale par département : les enfants en bonne santé ne sont comptés nulle part
Les taux de vaccination contre la grippe par département, que Santé publique France tire des remboursements et publie en données ouvertes, ne portent que sur deux groupes : les 65 ans et plus, et les moins de 65 ans « à risque », c’est-à-dire atteints d’une maladie chronique, enfants compris. [8] Aucun indicateur, national ou départemental, ne mesure la part d’enfants en bonne santé vaccinés. L’Association française de pédiatrie ambulatoire l’estime à moins de 5 %. [10] Même les enfants malades chroniques, dont le vaccin est gratuit, restent peu protégés : 13,4 % des moins de 18 ans à risque étaient vaccinés en 2024-2025. [9]
Pour les moins de 65 ans à risque, adultes et enfants confondus, notre classement des départements de métropole pour la saison 2025-2026 va de 20,9 % en Haute-Corse à 35,2 % dans le Pas-de-Calais, pour 28,9 % en moyenne nationale. [8] La couverture a progressé dans les 96 départements par rapport à l’hiver précédent, mais même les mieux placés ne vaccinent guère plus d’un malade chronique sur trois. Elle tombe à 5,9 % en Martinique, 8,5 % en Guadeloupe et 10 % en Guyane.
| Département | Moins de 65 ans à risque vaccinés, 2025-2026 | Évolution sur un an |
|---|---|---|
| Pas-de-Calais | 35,2 % | +3,6 points |
| Finistère | 35,1 % | +4,2 points |
| Indre-et-Loire | 35,1 % | +4,2 points |
| Seine-Maritime | 35,0 % | +4,0 points |
| Alpes-Maritimes | 23,8 % | +3,3 points |
| Pyrénées-Orientales | 23,8 % | +2,7 points |
| Val-d’Oise | 23,4 % | +3,3 points |
| Seine-Saint-Denis | 22,5 % | +3,0 points |
| Corse-du-Sud | 21,6 % | +3,3 points |
| Haute-Corse | 20,9 % | +2,1 points |

Le calendrier, lui, laisse encore de la marge. Au 4 novembre, Santé publique France ne voyait pas d’épidémie de grippe en métropole, et les pharmaciens de l’USPO comptaient 11 % de doses délivrées en moins que l’an dernier à la même période. [13] Il faut environ deux semaines pour que le vaccin protège, et Infovac tient novembre pour le mois le plus propice. [7] L’hiver dernier, l’épidémie avait démarré début décembre et atteint son pic en ville la semaine précédant Noël : un enfant de moins de 9 ans qui reçoit sa première dose ces jours-ci aura sa seconde autour de la mi-décembre. [6]
Sources et références
[1] Haute Autorité de santé — Grippe : ouvrir la vaccination à l'ensemble des enfants âgés de 2 à 17 ans, communiqué du 9 février 2023
https://www.has-sante.fr/jcms/p_3411156/fr/grippe-ouvrir-la-vaccination-a-l-ensemble-des-enfants-ages-de-2-a-17-ans
[2] Haute Autorité de santé — Révision de la stratégie de vaccination contre la grippe saisonnière : évaluation de la pertinence de l'extension de la vaccination chez les enfants sans comorbidité, recommandation vaccinale, février 2023
https://www.has-sante.fr/jcms/p_3350703/fr/revision-de-la-strategie-de-vaccination-contre-la-grippe-saisonniere-evaluation-de-la-pertinence-de-l-extension-de-la-vaccination-chez-les-enfants-sans-comorbidite
[3] Haute Autorité de santé, Commission de la transparence — FLUENZ (vaccin grippal trivalent, vivant atténué, nasal) chez les enfants âgés de 2 à 17 ans, avis du 20 mai 2026
https://www.has-sante.fr/jcms/p_4015095/fr/fluenz-vaccin-grippal-trivalent-vivant-attenue-nasal-vaccin-antigrippal-chez-les-enfants-ages-de-2-a-17-ans
[4] Assurance maladie — La vaccination contre la grippe en 2026-2027 en pratique, 9 octobre 2026
https://www.ameli.fr/assure/sante/assurance-maladie/campagnes-vaccination/vaccination-grippe
[5] ANSM — Base de données publique des médicaments, fichiers des spécialités et des présentations (Vaxigrip, Influvac, Flucelvax), téléchargés le 7 novembre 2026, calculs de la rédaction
https://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/telechargement
[6] Santé publique France — Épidémie de grippe 2025-2026 en France hexagonale : intensité modérée en ville, mais élevée en établissements et en termes de mortalité, Bulletin épidémiologique hebdomadaire n° 22, 2026
https://beh.santepubliquefrance.fr/beh/2026/22/2026_22_1.html
[7] Infovac — Bulletin spécial grippe 2026 : foire aux questions, octobre 2026
https://www.infovac.fr/~documents/public/bulletins/2026/bulletin-infovac-special-grippe-2026?layout=file
[8] Santé publique France — Couvertures vaccinales des adolescents et adultes par département (grippe, moins de 65 ans à risque), données ouvertes Odissé, saison 2025-2026, calculs de la rédaction
https://odisse.santepubliquefrance.fr/explore/dataset/couvertures-vaccinales-des-adolescent-et-adultes-departement/
[9] Santé publique France — Bulletin Vaccination, édition nationale, 28 avril 2025 (copie publiée par l'ARS Guadeloupe)
https://www.guadeloupe.ars.sante.fr/media/123501/download?inline
[10] Association française de pédiatrie ambulatoire et Gregory Pariente Foundation — Enseignements de la grippe 2024/2025 chez les enfants, décembre 2025
https://afpa.org/content/uploads/2025/12/Enseignements-de-la-grippe-2024.pdf
[11] Conseil supérieur des maladies infectieuses (Luxembourg) — Recommandations pour la vaccination contre la grippe saisonnière chez les enfants et adolescents, mise à jour juillet 2026
https://santesecu.public.lu/dam-assets/fr/espace-professionnel/recommandations/conseil-maladies-infectieuses/grippe-saisonniere/20260710-recommandation-vaccination-universelle-grippe-enfants-maj2026.pdf
[12] APMnews — Grippe : « gênée », la CT ne reconnaît toujours pas d'ASMR au vaccin nasal Fluenz, 29 mai 2026
https://www.apmnews.com/nostory?objet=437173
[13] Revue Pharma — Vaccination grippe : du retard à l'allumage, 4 novembre 2026
https://www.revuepharma.fr/2026/11/vaccination-grippe-du-retard-a-lallumage/





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