Aller au contenu

Trois adolescents sur quatre passent sous le seuil de vitamine D visé par les spécialistes en France, soit deux fois plus souvent que l’ensemble des adultes

Un adulte sur trois a moins de 20 ng/mL de vitamine D dans le sang selon l'étude Esteban de Santé publique France, mais 6,5 % seulement sont en vraie carence. Adolescents, personnes âgées, femmes enceintes : qui doit se supplémenter cet hiver, et pourquoi l'ampoule de 100 000 UI n'est plus la réponse par défaut.

Relu par Antoine BOUQUET
Vidéo Centre CLÉA (1 min 14) : trois ados sur quatre passent sous le seuil de vitamine D ; qui doit vraiment se supplémenter cet hiver, et pourquoi l'ampoule de 100 000 UI n'est plus la réponse par défaut.

Chaque automne, la même question revient au moment où les journées raccourcissent : faut-il prendre de la vitamine D, et sous quelle forme ? Le chiffre de « 80 % de Français qui en manquent » circule souvent. La dernière mesure nationale, réalisée par Santé publique France dans l’étude Esteban, raconte une histoire plus nuancée : un adulte sur trois se situe sous 20 ng/mL dans le sang, mais 6,5 % seulement sont en carence au sens strict. [1] Entre ces deux chiffres se joue la vraie question : qui a besoin d’un apport, et pourquoi l’ampoule avalée d’un coup n’est plus la réponse par défaut.

Vitamine D : un adulte sur trois sous 20 ng/mL, mais 6,5 % en vraie carence

La vitamine D se mesure dans le sang sous la forme de 25(OH)D, une forme de réserve fabriquée par le foie. [2] Santé publique France a dosé ce marqueur chez 2 344 adultes de 18 à 74 ans, tirés au sort en France métropolitaine et prélevés d’avril 2014 à mars 2016, pour couvrir toutes les saisons. [1] L’agence classe les résultats en quatre paliers : la carence sous 10 ng/mL, le déficit modéré entre 10 et 20, l’insuffisance entre 20 et 30, puis le seuil jugé adéquat à partir de 30 ng/mL.

Avec ces repères, 6,5 % des adultes sont en carence, 28,0 % en déficit modéré et 38,4 % en insuffisance. Seuls 26,7 % atteignent le seuil adéquat. [1] Additionner tout ce qui se trouve sous 30 ng/mL donne 72,9 % des adultes : c’est ce seuil, et non celui de la carence, qui produit les pourcentages les plus élevés. En regroupant les deux premiers paliers, notre calcul donne 34,5 % des adultes sous 20 ng/mL. Or 20 ng/mL est la borne basse de la zone que le Groupe de recherche et d’information sur les ostéoporoses (GRIO) juge optimale en population générale ; le seuil de 30 ng/mL est visé pour les personnes atteintes ou menacées d’ostéoporose. [4]

Infographie : répartition des adultes selon leur taux sanguin de vitamine D dans l'étude Esteban, avec et sans complément, et publics les plus exposés.
Dans l’étude Esteban, 34,5 % des adultes avaient moins de 20 ng/mL de vitamine D dans le sang, contre 11,9 % chez ceux qui prenaient un complément ou un médicament. Infographie : Centre CLÉA.

Le détail le plus parlant concerne ceux qui prenaient déjà quelque chose. Un adulte sur dix déclarait un complément au moins trois jours par semaine ou un médicament à base de vitamine D dans les trois mois précédents. [1] Parmi eux, 11,9 % restaient sous 20 ng/mL, contre 37,1 % chez ceux qui ne prenaient rien, selon notre addition des données publiées. Ces deux groupes ne se ressemblent pas pour autant : un quart des femmes de 55 à 74 ans prenait un médicament à base de vitamine D, contre 3,4 % de l’ensemble des hommes adultes. [1] L’écart montre surtout qu’un apport régulier déplace les taux sanguins, pas que chaque adulte en tirerait un bénéfice de santé.

En ce moment

Des besoins que l’assiette couvre rarement seule

La peau fabrique l’essentiel de notre vitamine D sous l’effet des rayons UVB : selon le GRIO, environ 90 % des réserves du corps en proviennent. [4] L’Anses estime qu’exposer sa peau 15 à 20 minutes en fin de matinée ou dans l’après-midi assure un apport suffisant. [8] Quand les journées raccourcissent et que les bras restent couverts, cette source s’amenuise, et l’alimentation ne prend pas le relais : les adultes français en tirent en moyenne 3,1 microgrammes par jour, pour une référence fixée à 15 microgrammes. [8]

À lire aussi :  Quel alcool pour le foie gras ? Nos secrets de dosage

L’Anses désigne les publics les plus vulnérables : les personnes âgées, dont la capacité à absorber et à fabriquer la vitamine D diminue, les nouveau-nés et nourrissons, les femmes enceintes, les femmes ménopausées, les personnes à la peau mate ou foncée, celles qui suivent un régime excluant viande, poisson, œufs et laitages, et les malades dont l’intestin absorbe mal. [8] C’est à ces situations que les textes officiels réservent la supplémentation, pas à l’ensemble de la population.

Qui ?Ce que prévoient les textesSource
Enfants et adolescentsApport quotidien jusqu’à 18 ans, par un médicamentANSM, pédiatres [5] [6]
Personnes âgéesSupplémentation jugée indispensable en gériatrie, sans dosage préalable en institutionHAS [2]
Ostéoporose ou risque de fractureDosage, puis petite dose quotidienne avec calciumGRIO [4]
Adultes en bonne santéNi supplément au-delà des apports de référence, ni dosage systématiqueEndocrine Society [7]

Adolescents : trois sur quatre sous 20 ng/mL

Le groupe le plus mal loti dans l’étude Esteban n’est pas celui des seniors. Chez les 15-17 ans, 12,8 % étaient en carence et 61,9 % en déficit modéré, soit, selon notre calcul, 74,7 % sous 20 ng/mL. Seuls 4,1 % atteignaient le seuil adéquat, contre la moitié des 11-14 ans. [1] Ce creux survient alors que la supplémentation, prévue en France dès les premiers jours de vie, doit être poursuivie jusqu’à 18 ans, pendant toute la croissance osseuse, rappelle l’ANSM. [5]

Les doses ont été revues. Le courrier signé en janvier 2025 par la Société française de pédiatrie, les sages-femmes et la Société française de pharmacie clinique retient 400 à 800 UI par jour de 0 à 18 ans, et 800 à 1 600 UI par jour en cas de peau noire, d’obésité, de régime végan ou d’absence d’exposition au soleil. [6] Les ampoules n’y figurent qu’en solution de repli, pour les 2-18 ans qui ne prennent pas leur dose quotidienne : sans facteur de risque, 50 000 UI tous les trois mois, ou 80 000 à 100 000 UI en automne puis en hiver. [6] Ces signataires demandent aussi que la vitamine D de l’enfant soit prescrite comme un médicament et non achetée en complément alimentaire, une consigne que l’ANSM avait déjà formulée après des surdosages chez de jeunes enfants. [5] [6]

Personnes âgées : une supplémentation jugée indispensable par les experts réunis par la HAS

Pour les plus âgés, la Haute Autorité de santé a tranché dans son évaluation d’octobre 2013, qui portait sur l’intérêt du dosage sanguin. Son groupe de travail y constate que la supplémentation, avec ou sans calcium, réduit significativement le risque de chute après 60 ans, quel que soit le taux de départ. [2] Associée au calcium, elle diminue aussi les fractures non vertébrales chez les plus de 65 ans, les personnes ostéoporotiques, les femmes ménopausées et les résidents d’établissements. [2] Les experts entendus le 26 avril 2013, dont le gériatre du groupe, ajoutent qu’« en population gériatrique, il est indispensable de supplémenter en vitamine D », et qu’en institution, cela doit se faire « de manière pragmatique, sans dosage préalable ». [2]

À lire aussi :  Vitamine D : ce qu’apportent 70 g de hareng fumé au naturel et comment varier vos repas avec les sardines ou le saumon

Le gain reste modeste en valeur absolue : selon les populations, la baisse du risque de fracture correspond à 0,4 à 2,5 points de pourcentage. [2] Il justifie pourtant d’y penser, d’autant que les hommes de 55 à 74 ans sont les seuls adultes dont la situation s’est dégradée en dix ans : leur part en carence est passée de 3,1 % en 2006 à 8,8 % en 2015. [1] L’Endocrine Society, société savante américaine dont les recommandations de 2024 sont coparrainées par la Société européenne d’endocrinologie, propose d’ailleurs une supplémentation sans dosage à partir de 75 ans. [7]

Adultes en bonne santé : ni ampoule systématique, ni prise de sang de contrôle

Pour un adulte de moins de 75 ans sans maladie ni facteur de risque, l’Endocrine Society déconseille de dépasser les apports de référence, soit 600 UI par jour jusqu’à 70 ans, et de doser la vitamine D en routine : aucun essai n’a établi de taux sanguin associé à un bénéfice précis dans cette population. [7] La HAS avait déjà conclu qu’en dehors de situations reconnues par ailleurs (suspicion de rachitisme ou d’ostéomalacie, suivi après une greffe de rein ou une chirurgie de l’obésité, chutes répétées chez la personne âgée, traitements de l’ostéoporose qui le prévoient), l’utilité clinique du dosage n’était pas démontrée. [2] Pour débuter une supplémentation destinée à prévenir les chutes, son groupe de travail ne recommande pas de dosage systématique. [2] Ce que cette prise de sang apporte, ou non, face à une fatigue qui dure est détaillé dans notre article consacré au dosage de la vitamine D.

Illustration d’un échange entre un patient et un médecin autour d’une feuille d’analyse.

Le cas des femmes enceintes est à part. L’Endocrine Society y propose une supplémentation, car les essais suggèrent une baisse du risque de pré-éclampsie, de naissance prématurée ou de petit poids de naissance ; les doses testées étaient le plus souvent données chaque jour ou chaque semaine. [7] En France, la Société française de pédiatrie conseillait en 2012 une dose unique de 80 000 à 100 000 UI au début du septième mois. [9] La notice actuelle de l’ampoule d’Uvedose 100 000 UI, publiée sur la base de l’ANSM, indique pourtant que ce médicament n’est pas recommandé pendant la grossesse ni l’allaitement « en raison de son fort dosage », une hypercalcémie prolongée pouvant nuire à l’enfant à naître. [3] La forme et la dose se décident donc avec la sage-femme ou le médecin qui suit la grossesse.

À lire aussi :  Découvrez les bienfaits du marc de raisin pour votre santé

Ampoules espacées : pourquoi les spécialistes préfèrent les petites doses quotidiennes

L’ampoule de 100 000 UI reste autorisée chez l’adulte : sa notice prévoit une ampoule tous les trois mois en prévention, et une à deux par mois en traitement d’une carence, sans dépasser 600 000 UI par an, soit six ampoules. [3] Chez l’enfant, la même notice précise qu’il est préférable d’administrer des doses quotidiennes en gouttes, l’ampoule n’intervenant que lorsque la prise de chaque jour n’est pas respectée. [3]

Chez l’adulte, c’est le GRIO, société savante consacrée à l’ostéoporose, qui a durci le ton dans sa position publiée en 2025. Les fortes doses espacées, de l’ordre de 60 000 UI par mois ou plus prises au long cours, pourraient accroître le risque de chute, de fracture et de décès prématuré dans certains groupes, alors que 800 à 1 000 UI par jour associées à du calcium réduisent chutes et fractures. [4] Dans un essai cité par le GRIO, une dose annuelle de 500 000 UI a même augmenté les chutes et les fractures chez 2 256 femmes de plus de 70 ans. [4] Faute de formes quotidiennes partout disponibles et remboursées, le GRIO admet encore les prises espacées, mais avec la plus faible dose possible, 50 000 UI au plus, et l’intervalle le plus court. [4] L’Endocrine Society va dans le même sens à partir de 50 ans. [7]

Un homme âgé assis sur un banc de parc en hiver, le visage tourné vers un soleil bas.
Après 60 ans, la supplémentation en vitamine D réduit le risque de chute, selon le groupe de travail réuni par la HAS ; la peau, qui fabrique l’essentiel de nos réserves au soleil, reste couverte une bonne partie de l’hiver.

Compléments en vente libre : le piège du cumul

Le risque inverse existe. La vitamine D est toxique à haute dose : elle provoque alors une hypercalcémie, un excès de calcium dans le sang. [2] Selon les données reprises par la HAS, l’intoxication reste rare et semble peu probable sous 10 000 UI par jour. [2] Le danger vient surtout des compléments alimentaires, dont certaines gouttes contiennent de 500 à 10 000 UI chacune : l’ANSM a rapporté des surdosages chez de jeunes enfants, avec des dépôts de calcium dans les reins. [5] Elle demande de vérifier la quantité par goutte, de ne pas multiplier les produits contenant de la vitamine D et d’éviter les achats sur Internet. [5] La notice des ampoules rappelle la même règle chez l’adulte : additionner toutes les sources, médicament, complément et lait enrichi compris. [3]

Illustration d’un repas de poisson, pommes de terre, oignon rouge et persil.

Reste l’assiette, qui ne suffit pas à elle seule mais compte. L’Anses conseille deux portions de poisson par semaine, dont une de poisson gras comme le hareng, la sardine, le saumon ou le maquereau. Les produits laitiers fournissent un quart des apports des adultes, le poisson près d’un cinquième ; jaune d’œuf et champignons comme les girolles ou les cèpes complètent la liste. [8]

Sources et références

[1] Santé publique France — Étude de santé sur l'environnement, la biosurveillance, l'activité physique et la nutrition (Esteban 2014-2016). Volet Nutrition. Chapitre Dosages biologiques : vitamines et minéraux, décembre 2019
https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/262214_spf00001438.pdf

[2] Haute Autorité de santé — Utilité clinique du dosage de la vitamine D, texte court du rapport d'évaluation technologique, octobre 2013
https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2013-10/utilite_clinique_du_dosage_de_la_vitamine_d_-_texte_court.pdf

[3] ANSM, base de données des médicaments — Notice d'Uvedose 100 000 UI, solution buvable en ampoule, mise à jour le 7 octobre 2025
https://agence-prd.ansm.sante.fr/php/ecodex/notice/N0438866.htm

[4] Pickering M-E, Souberbielle J-C, Boutten A et al., au nom du GRIO — Supplémentation quotidienne ou intermittente en vitamine D chez les personnes avec ou à risque d'ostéoporose : position du GRIO, Revue du rhumatisme, 2025
https://www.larhumatologie.fr/app/uploads/2025/08/Supplementation_vitamineD.pdf

[5] ANSM — Vitamine D chez l'enfant : recourir aux médicaments et non aux compléments alimentaires pour prévenir le risque de surdosage, consulté le 31 octobre 2026
https://ansm.sante.fr/actualites/vitamine-d-chez-lenfant-recourir-aux-medicaments-et-non-aux-complements-alimentaires-pour-prevenir-le-risque-de-surdosage

[6] Bacchetta J, Linglart A, Navas D, Prot-Labarthe S et al. (Société française de pédiatrie, Société française de pharmacie clinique, Collège national des sages-femmes, Conseil national de l'Ordre des sages-femmes) — Courrier conjoint sur la prescription de vitamine D chez l'enfant, 23 janvier 2025
https://sfpc.eu/wp-content/uploads/2025/01/Vitamine-D-Courrier-Conjoint.pdf

[7] Endocrine Society — Vitamin D for the Prevention of Disease: An Endocrine Society Clinical Practice Guideline, 3 juin 2024
https://www.endocrine.org/clinical-practice-guidelines/vitamin-d-for-prevention-of-disease

[8] Anses — Vitamin D: why do I need an adequate intake and how can I make sure I get it?, 2 mars 2022
https://www.anses.fr/en/article/vitamin-why-do-i-need-adequate-intake-and-how-can-i-make-sure-i-get-it

[9] Vidailhet M, Mallet E, Bocquet A et al., Comité de nutrition de la Société française de pédiatrie — La vitamine D : une vitamine toujours d'actualité chez l'enfant et l'adolescent, Archives de pédiatrie, 2012
https://www.sfpediatrie.com/sites/www.sfpediatrie.com/files/medias/documents/recovitamined_vidailhet__0.pdf

La parole aux lecteurs

Commentaires

Chaque commentaire est relu par la rédaction avant publication.

Aucun commentaire publié pour l’instant. Votre expérience ou votre question peut être la première.

Réagir à cet article

Votre expérience, une question, une précision : la rédaction lit tout.

Règles de publication
  • Chaque commentaire est lu par la rédaction avant d’être publié, parfois quelques heures après l’envoi.
  • Sont refusés : publicité, liens, propos injurieux ou discriminatoires, accusations visant une personne ou un établissement nommés, informations de santé sur une autre personne, coordonnées personnelles.
  • Un nom de famille ou un détail qui permettrait de vous reconnaître peut être retiré avant publication.
  • Les liens et la mise en forme sont supprimés automatiquement.

  • Relu avant publication
  • Liens retirés
  • Email masqué

Dans la même rubrique