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La soupe revient avec le froid : un bol de brique apporte environ une portion de légumes, un bol maison deux, et près d’un tiers du sel conseillé

Briques de soupe en hausse de 400 % en Belgique, 12,7 litres par Français et par an : la soupe revient avec le froid. Mais un bol de brique apporte environ une portion de légumes contre deux fait maison, et jusqu'à 30 % du sel de la journée.

Relu par Antoine BOUQUET
Un bol de velouté de potimarron fumant sur une table en bois, à côté d'un potimarron coupé, de tranches de pain, d'un œuf à la coque et de châtaignes.
Un velouté de potimarron maison, servi avec du pain et un œuf : avec le froid, la soupe revient sur les tables, et ce qu'on met à côté du bol compte autant que la recette.

Il a suffi d’une première semaine d’octobre fraîche pour que la soupe reprenne sa place. En Belgique, l’enseigne Delhaize a vu ses ventes de briques de soupe grimper de 400 % sur cette seule semaine, selon RTL info. Un fabricant belge y produit 20 tonnes de soupe par semaine d’octobre à avril et double son équipe de préparation des légumes l’hiver venu. [2] En France, la chroniqueuse conso de TF1 Éléonore Payro rappelait le 21 octobre que chaque Français en consomme en moyenne 12,7 litres par an, et que les marques rivalisent de nouveautés pour l’hiver : recettes allégées en sel, enrichies en légumes, voire en protéines. [1]

Derrière cet engouement de saison, un chiffre raconte une autre histoire. Les volumes de soupes vendus en France ont reculé de 18 % en cinq ans, selon le nouveau directeur général de GB Foods France, propriétaire de Liebig et Royco, interrogé par Les Échos. [4] Et c’est précisément ce que les industriels promettent de corriger, la teneur en sel et en légumes, qui décide de ce que vaut un bol pour la santé.

Un marché en recul qui mise sur moins de sel et plus de légumes

Le dirigeant de GB Foods France décrit une « baisse continue de 18 % » des volumes de la catégorie depuis cinq ans. Il l’attribue à une image « vieillotte et industrielle » et à la concurrence du fait maison depuis la crise sanitaire. [4] Éléonore Payro ajoute les hivers trop doux et des recettes jugées « trop salées, avec des ingrédients pas terribles ou trop industriels ». [1]

En ce moment

La riposte des marques vise exactement ces reproches. Liebig lance une gamme de douze soupes à « -25 % de sel », soit 0,45 g de sel pour 100 ml, et élargit une offre en bouteilles présentée comme « enrichie en légumes ». [4] D’autres misent sur des recettes protéinées au skyr, ce fromage blanc islandais très en vogue, ou sur des saveurs thaïes et lentille-chorizo, avec une contrepartie signalée par TF1 : ces nouveautés coûtent un peu plus cher que les potages classiques. [1]

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Ces promesses répondent à un constat déjà documenté. En septembre 2024, l’UFC-Que Choisir avait testé 40 soupes de légumes du commerce, en brique, en bouteille, surgelées et déshydratées, et jugé que peu s’avéraient vraiment satisfaisantes : des légumes dilués dans trop d’eau ou de pommes de terre, trop de sel, des additifs et des arômes. [5] Certaines recettes testées contenaient moins de 10 % de légumes, et l’association désignait la soupe surgelée comme l’alternative la plus saine au fait maison. [6]

Ce que contient vraiment un bol de 250 ml

Pour savoir ce que ces pourcentages changent dans l’assiette, nous avons fait le calcul pour un bol de 250 ml, en comptant qu’un millilitre de soupe pèse à peu près un gramme. Deux repères officiels servent de règle : une portion de légumes correspond à 80 à 100 grammes, et il en faut au moins cinq par jour selon le Programme national nutrition santé [8] ; côté sel, l’Organisation mondiale de la santé recommande aux adultes de rester sous 5 grammes par jour. [7]

  • Les légumes. Les industriels s’imposent un minimum d’environ 40 % de légumes, quand une soupe maison en contient plutôt 80 %, selon la diététicienne Isabelle Rigaud, interrogée par TF1 lors du test de l’UFC. [6] Un bol à 40 % apporte donc environ 100 g de légumes, soit une portion. Le même bol fait maison en apporte autour de 200 g, soit deux des cinq portions de la journée.
  • Le sel. Si 0,45 g pour 100 ml représente 25 % de moins, la recette de référence en contient environ 0,60 g. Un bol classique apporte alors près de 1,5 g de sel, 30 % du plafond quotidien de l’OMS ; la version allégée, environ 1,1 g, soit un peu moins d’un quart.
Infographie : dans un bol de 250 ml, environ 100 g de légumes pour une brique à 40 % contre 200 g fait maison, environ 1,5 g de sel pour une recette de référence contre 1,1 g en version allégée, et 51 bols par an en France contre 104 en Belgique.
Une brique à 40 % de légumes couvre environ une portion, une soupe maison deux, et le sel d’un bol classique pèse 30 % du repère quotidien de l’OMS. Infographie : notre rédaction, d’après TF1info, RTL info, Les Échos, l’OMS et le Programme national nutrition santé.

Ces ordres de grandeur dessinent la vraie différence entre deux bols qui portent le même nom. Pour une même quantité, le fait maison apporte deux fois plus de légumes, donc de fibres, et laisse le choix du sel. Une brique peut tout à fait dépanner, à condition de lire son étiquette : la proportion de légumes figure dans la liste des ingrédients, la teneur en sel dans le tableau nutritionnel, exprimée pour 100 ml. C’est aussi ce que conseille Marine Visse, diététicienne à Sens, dans L’Indépendant de l’Yonne : comparer les étiquettes et privilégier les recettes riches en légumes et pas trop salées, les soupes en brique ou surgelées restant de bonnes solutions quand le temps manque. [3]

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Un repas d’automne composé de lentilles et de courge, accompagné de pain complet, de noix et d’un verre d’eau.

Hydratation, satiété : pourquoi la soupe a sa place l’hiver

La soupe garde des atouts que l’automne rend plus utiles. Composée en grande partie d’eau, elle participe à l’hydratation au moment où l’on ressent moins spontanément le besoin de boire, rappelle Marine Visse. Son volume, son eau et ses fibres, quand les légumes sont mixés entiers plutôt que filtrés, contribuent aussi à la sensation de satiété. [3] D’où son conseil de mixer la soupe sans la filtrer : une soupe maison conserve alors une grande partie des qualités nutritionnelles de ses légumes. [3]

Les Français restent pourtant loin des habitudes de leurs voisins. Le Belge consomme en moyenne 26 litres de soupe par an, selon RTL info, soit environ deux fois plus. [2] Ramené à notre bol de 250 ml, cela fait environ 51 bols par an en France, à peu près un par semaine, contre une centaine en Belgique. Le fabricant interrogé par la chaîne belge y voit une tradition : on y mange de la soupe l’hiver, même si rien n’empêche d’en manger l’été. [2]

Lentilles, œuf, pain : compléter le bol pour en faire un repas

Le principal piège tient moins à la soupe qu’à l’usage qu’on en fait. Une soupe uniquement composée de légumes est peu énergétique et pauvre en protéines : prise comme seul dîner, elle risque de ne pas couvrir les besoins, et la faim revient vite, prévient Marine Visse. [3] La diététicienne propose de l’enrichir plutôt que de la remplacer :

  • des protéines dans le bol ou à côté : lentilles corail, pois chiches, haricots blancs, tofu, ou un œuf, du poisson, de la volaille ;
  • des féculents : quelques pommes de terre, des vermicelles, des croûtons ou un morceau de pain ;
  • éventuellement un produit laitier, une tartine de fromage par exemple. Un peu de crème, de fromage ou d’huile d’olive n’est pas interdit : tout dépend de l’équilibre global du repas. [3]
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Illustration à la gouache : une cocotte vide entourée de poireaux, carottes, potimarron, oignon et pommes de terre, avec des bols de lentilles corail et de pois chiches, deux œufs, du pain et du fromage.
Lentilles, pois chiches, œuf, pain ou fromage : ce qu’on ajoute au bol ou à côté transforme une soupe de légumes en repas complet.

C’est aussi ce que tentent les industriels avec leurs soupes protéinées. Mais un bol de soupe de légumes suivi d’une omelette et d’un morceau de pain, l’exemple de repas complet que donne Marine Visse, remplit le même rôle sans dépendre d’une brique plus chère. [3] Parmi ses trois idées de saison figure d’ailleurs une soupe de lentilles corail, carottes et cumin, plus rassasiante grâce aux protéines végétales, aux fibres et au fer apportés par les lentilles. [3]

Image de l'article Protéines et muscles : faut-il un complément en vieillissant ?

La diététicienne met enfin en garde contre l’excès inverse : il n’est pas nécessaire de remplacer tous ses dîners par un bol de soupe pour prendre soin de sa santé ou de son poids, et la soupe ne doit pas devenir un repas systématiquement restrictif. [3]

Sources et références

[1] Tanguy Jaillant / TF1info (chronique d'Éléonore Payro) — « Vous avez des protéines et des légumes… » : les Français en consomment en moyenne 12,7 litres par an, ce plat sera la grande star de l'hiver, 21 octobre 2026
https://www.tf1info.fr/conso/vous-avez-des-proteines-et-des-legumes-les-francais-en-consomment-en-moyenne-12-7-litres-an-ce-plat-sera-la-grande-star-de-l-hiver-2471143.html

[2] Thomas D'Alessandro / RTL info — Ce produit phare de l'automne fait son grand retour et fait bondir les ventes, 19 octobre 2026
https://www.rtl.be/actu/belgique/societe/ce-produit-phare-de-lautomne-fait-son-grand-retour-et-fait-bondir-les-ventes-je/2026-10-19/article/803774

[3] L'Indépendant de l'Yonne — Nutrition. Les conseils de Marine Visse, diététicienne à Sens : la soupe, un concentré de bienfaits dans notre assiette, 21 octobre 2026
https://independantdelyonne.com/nutrition-les-conseils-de-marine-visse-dieteticienne-a-sens-la-soupe-un-concentre-de-bienfaits-dans-notre-assiette/

[4] Camille Wong / Les Échos — « Il y a un gros travail à accomplir pour remettre la soupe au goût du jour » : la recette de Liebig pour enrayer la chute des ventes, 19 octobre 2026
https://www.lesechos.fr/industrie-services/conso-distribution/il-y-a-un-gros-travail-a-accomplir-pour-remettre-la-soupe-au-gout-du-jour-la-recette-de-liebig-pour-enrayer-la-chute-des-ventes-2257633

[5] UFC-Que Choisir — Soupes de légumes : en manque de verdure, 19 septembre 2024
https://www.quechoisir.org/commentaires-sur-le-comparatif-soupes-de-legumes-en-manque-de-verdure-n131322/

[6] TF1info — Où sont les légumes ? La composition des soupes industrielles pointée du doigt, 19 septembre 2024
https://www.tf1info.fr/conso/ou-sont-les-legumes-la-composition-des-soupes-industrielles-pointee-du-doigt-dans-une-etude-de-l-ufc-que-choisir-2320519.html

[7] Organisation mondiale de la santé — Réduction de l'apport en sodium, aide-mémoire
https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/salt-reduction

[8] Programme national nutrition santé — Au moins 5 fruits et légumes par jour (dépliant)
https://www.ch-toulon.fr/fileadmin/documents/patients/sante_publique/alimentation_prevention_sante/5fruits_et_legumes_par_jours_.pdf

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