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Vous ouvrez trois boîtes de sardines par semaine comme le conseillent des vidéos ? Une seule apporte déjà jusqu’aux trois quarts des oméga-3 de la semaine

Dans un article du 3 novembre, 60 Millions de consommateurs relève les pièges des sardines en boîte : poissons frits avant la mise en boîte, huile non précisée, sucre dans les sauces, origine discrète. Nos calculs à partir de la table Ciqual de l'Anses montrent qu'une seule boîte peut déjà fournir les trois quarts des oméga-3 conseillés pour la semaine.

Relu par Antoine BOUQUET
Vidéo : combien d’oméga-3, de calcium et de sel dans une boîte de sardines, et combien en manger par semaine selon l’Anses. Images d’illustration.
Sommaire

Sur les réseaux sociaux, la sardine en boîte est devenue un produit vedette, vantée par des influenceurs notamment pour la peau, au point de créer des ruptures de stock dans certains magasins. [1] Elle a pour elle un prix encore abordable et une place basse dans la chaîne alimentaire, qui lui fait accumuler moins de contaminants que le thon. [1] Restent deux questions de consommateur : toutes les boîtes se valent-elles, et combien faut-il en ouvrir ? Certaines vidéos en conseillent trois ou plus par semaine, un rythme que le magazine écarte d’emblée : « Oubliez donc les trois boîtes de sardines ou plus conseillées dans certaines vidéos. » [1]

Sardines en boîte : ce que 60 Millions de consommateurs a repéré sur les étiquettes

Première surprise, rarement écrite sur l’emballage : la plupart des sardines en conserve sont frites avant d’être mises en boîte, et la cuisson à la vapeur reste rare. [1] Les conserveurs y voient un avantage. La marque Pointe de Penmarc’h explique au magazine que la friture rend le poisson tendre et, paradoxalement, moins gras, « car moins perméable à l’huile d’olive qui remplit ensuite la boîte ». [1] Le reste se lit au dos, en petits caractères :

  • L’huile fait le prix. Les sardines à l’huile coûtent environ 14 à 30 € le kilo, selon la nature et la qualité de l’huile ; pour l’olive, mieux vaut une huile vierge extra. Les premiers prix sont généralement à l’huile de tournesol, et une simple mention « huile végétale » peut cacher du soja, comme sur les sardines de Méditerranée du Phare du Cap Bon. Parmentier joue, lui, l’argument des oméga-3 avec de l’huile et des graines de lin. [1]
  • Les recettes à la tomate ou aromatisées contiennent souvent du sucre et des épaississants, qui adoucissent le goût et lient la sauce. [1]
  • Le lieu de fabrication ne dit rien du lieu de pêche. Les sardines vendues en France viennent surtout du golfe de Gascogne et des côtes marocaines. Sur le côté des boîtes Cap Rousset, du nom d’une plage des Bouches-du-Rhône, on lit en petits caractères « fabriqué au Maroc ». [1]
  • La saison compte. Les sardines pêchées entre juin et octobre sont plus riches en matières grasses, et le Label Rouge impose une teneur minimale en gras. [1] Or c’est justement dans cette graisse que se logent les oméga-3.

Combien d’oméga-3 dans une boîte de sardines ? Nos calculs

Les oméga-3 qui font la réputation de la sardine sont dits « à longue chaîne » : l’EPA et le DHA. Le corps en fabrique peu à partir des oméga-3 des végétaux, la conversion étant modérée vers l’EPA et très faible vers le DHA, d’où l’intérêt des poissons gras. [3] L’Anses fixe pour un adulte un apport conseillé de 500 mg d’EPA et de DHA par jour, soit 3,5 g par semaine. [3]

Illustration d’un repas de poisson, pommes de terre, oignon rouge et persil.

Nous avons rapporté ce repère au contenu d’une boîte, à partir de la table de composition Ciqual de l’Anses, en retenant 90 g de poisson égoutté, le format de la boîte Cap Rousset citée par le magazine (125 g, dont 90 g égouttés). [4][8] Le résultat dépend de la fiche, c’est-à-dire des poissons qui ont été analysés :

Boîte de 90 g égouttésEPA + DHAPart du repère de la semaineCalcium
Sardines à l’huile d’olive2,6 g75 %718 mg
Sardines à la tomate2,3 g66 %340 mg
Sardines à l’huile1,5 g43 %300 mg
Filets sans arêtes, huile d’olive1,5 g44 %97 mg
Thon au naturel0,1 g3 %6 mg

L’écart entre les fiches ne vient pas de l’huile : ni l’olive ni le tournesol n’apportent d’EPA ou de DHA, tout vient du poisson. Une boîte de sardines entières couvre donc, selon l’échantillon, de 43 à 75 % du repère de la semaine, ce qui est cohérent avec l’avertissement du magazine sur la saison et le gras du poisson. [1][4] Face au thon au naturel, la comparaison est sans appel : une boîte de sardines à l’huile en apporte environ quinze fois plus, selon notre calcul. [4]

En ce moment

Infographie aux couleurs de Centre CLÉA sur le contenu d'une boîte de sardines d'environ 90 g égouttés, selon la table Ciqual de l'Anses. Oméga-3 EPA et DHA par boîte, comparés au repère Anses de 3,5 g par semaine : sardines à l'huile d'olive 2,6 g, soit 75 % ; sardines à la tomate 2,3 g, soit 66 % ; sardines à l'huile 1,5 g, soit 43 % ; filets sans arêtes 1,5 g, soit 44 % ; thon au naturel 0,1 g, soit 3 %. Calcium par boîte : 718 mg pour les sardines entières contre 97 mg pour les filets sans arêtes, environ 7 fois moins. Sel d'une boîte nature : 0,6 à 0,7 g, environ 13 % des 5 g par jour à ne pas dépasser selon l'OMS, autant qu'une boîte de thon au naturel. Combien de boîtes par semaine : l'Anses conseille du poisson deux fois par semaine, dont un poisson gras et un autre poisson, en variant espèces et provenances ; trois boîtes par semaine reviennent à manger trois fois le même poisson gras. Au dos de la boîte, chercher la mention Sardina pilchardus.
Une boîte de sardines égouttée apporte de 1,5 à 2,6 g d’oméga-3 EPA et DHA, soit 43 à 75 % du repère de la semaine, et environ sept fois moins de calcium quand on retire les arêtes. Infographie : Centre CLÉA.

Arêtes et sel : deux détails qui changent la valeur d’une boîte

Les filets sans arêtes rassurent ceux qui n’aiment pas croquer le poisson, mais ils perdent l’un de ses meilleurs atouts. Dans la table Ciqual, une boîte de sardines entières à l’huile d’olive apporte 718 mg de calcium, contre 97 mg pour la même quantité de filets sans arêtes : environ sept fois moins, selon notre calcul. [4] Le calcium de la sardine se trouve dans ses arêtes, qui se mangent avec le poisson.

Le sel, lui, est moins inquiétant qu’on pourrait le croire pour une conserve nature. Les fiches Ciqual de sardines indiquent 0,7 à 0,75 g de sel pour 100 g, soit 0,6 à 0,7 g par boîte : environ 13 % de la limite de 5 g par jour fixée par l’Organisation mondiale de la santé pour un adulte, et autant qu’une boîte de thon au naturel. [4][5] Les mauvaises surprises se logent plutôt dans les recettes cuisinées, où le magazine conseille de lire la liste d’ingrédients pour repérer le sucre et les additifs. [1]

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Combien de boîtes de sardines par semaine selon l’Anses

Le repère officiel ne parle pas de boîtes, mais de poisson en général. L’Anses conseille d’en manger deux fois par semaine, en associant un poisson gras riche en oméga-3, comme la sardine, le maquereau, le hareng ou le saumon, et un autre poisson, comme le colin, le merlu, le cabillaud ou la sole, tout en variant les espèces et les lieux d’approvisionnement. [2] Une boîte de sardines peut donc tenir la place du poisson gras de la semaine, et fournir à elle seule une large part des oméga-3 conseillés.

Trois boîtes par semaine, comme dans certaines vidéos, reviennent à manger trois fois le même poisson gras. La règle de variété de l’Anses n’est pas une affaire de goût : elle sert à couvrir les besoins en oméga-3 tout en limitant le risque de surexposition à certains contaminants, qui ne s’accumulent pas de la même façon selon les espèces et les zones de pêche. [2] La sardine en concentre moins que le thon, mais elle ne dispense pas de cette alternance. [1][2]

Des sardines plus petites et souvent importées : ce que la boîte ne dit pas

Le poisson lui-même change. Pêcheurs et chercheurs constatent depuis une dizaine d’années une baisse de la taille des sardines et des anchois, que l’Ifremer attribue sans doute à des changements du zooplancton liés au réchauffement climatique, avec la disparition progressive des plus gros organismes dont ils se nourrissent. La sardine du golfe de Gascogne, dont environ 24 000 tonnes sont débarquées chaque année, a aussi été classée parmi les populations surpêchées. [6]

Sur le pont d'un bateau de pêche à l'aube, deux mains en gants orange versent de petites sardines argentées d'un filet vert dans une caisse blanche remplie de glace.
Sur un bateau de pêche, des sardines tout juste sorties du filet, image d’illustration. Selon l’Ifremer, la taille des sardines pêchées en France baisse depuis une dizaine d’années.

Cette évolution remonte jusqu’au rayon. Le format des boîtes fixe la taille des sardines que les conserveurs achètent, et ceux-ci se tournent de plus en plus vers l’importation, souvent du Maroc, même quand la marque est française. [6] Pour l’économiste de l’Ifremer Fabienne Daurès, la teneur en oméga-3 elle-même « pourrait baisser du fait de la réduction de la taille des sardines et les changements dans la composition du plancton ». [6]

Une jeune femme tient une boîte de sardines et s’interroge sur la tendance beauté.

L’étiquette garde au moins une protection. Le nom « sardines », seul, est réservé par un règlement européen de 1989 à une seule espèce, Sardina pilchardus. La DGCCRF a ainsi enjoint la société Nautilus-Food de cesser de vendre comme « Petites sardines » et « Sardines » des sprats et des sardinelles, deux autres poissons. [7] Au dos de la boîte, le nom latin et la zone de pêche, distincte du lieu de fabrication, disent ce que le devant ne montre pas.

Sources et références

[1] 60 Millions de consommateurs — Laura Hendrikx, Sardines en boîte : certaines marques vous mèneraient-elles en bateau ?, 3 novembre 2026
https://www.60millions-mag.com/aliments-boissons/article/sardines-en-boite-certaines-marques-vous-meneraient-elles-en-bateau-20261103/

[2] Anses — Manger du poisson : pourquoi ? comment ?
https://www.anses.fr/fr/article/manger-du-poisson-pourquoi-comment

[3] Anses — Actualisation des apports nutritionnels conseillés pour les acides gras, rapport d'expertise collective, mai 2011
https://www.anses.fr/system/files/NUT2006sa0359Ra.pdf

[4] Anses — Table de composition nutritionnelle des aliments Ciqual 2020, fiches 26040, 26035, 26034, 26231 et 26039, calculs de la rédaction pour 90 g égouttés
https://ciqual.anses.fr/

[5] Organisation mondiale de la santé — Réduction de l'apport en sodium, principaux repères
https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/sodium-reduction

[6] Ifremer — Regards sur la filière des petits pélagiques, de la mer à l'assiette, 9 janvier 2025
https://www.ifremer.fr/fr/actualites/regards-sur-la-filiere-des-petits-pelagiques-de-la-mer-l-assiette

[7] DGCCRF — La SAS Nautilus-Food SA enjointe de cesser une pratique commerciale de nature à induire en erreur sur l'espèce de poisson commercialisée
https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/laction-de-la-dgccrf/injonctions-et-sanctions/la-sas-nautilus-food-sa-enjointe-de-cesser-une-pratique-commerciale-de-nature-induire-en-erreur

[8] Open Food Facts — Sardines à l'huile de tournesol Cap Rousset, 125 g (90 g égoutté)
https://world.openfoodfacts.org/product/3251870002770/sardines-a-l-huile-de-tournesol-cap-roussetferrigno

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