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Le vaccin contre le choléra n’est pas conseillé à la plupart des voyageurs, même pendant la pire épidémie que la RDC ait connue depuis des décennies selon l’OMS

L'OMS alerte sur la pire épidémie de choléra depuis des décennies en République démocratique du Congo, avec plus de 60 000 cas depuis janvier. En France, la maladie reste rare, 32 cas déclarés entre 2010 et 2024, presque tous rapportés de voyage, et le vaccin n'est recommandé qu'à certains voyageurs.

Relu par Antoine BOUQUET
Sous une tente de soins, une main gantée de bleu tend un gobelet de métal rempli de solution de réhydratation aux lèvres d'un malade allongé sur un lit de camp, un seau posé dessous.
Sous une tente de soins, un soignant fait boire une solution de réhydratation à un malade, le geste qui sauve la plupart des patients du choléra. Image d'illustration. En République démocratique du Congo, l'OMS compte plus de 60 000 cas et 1 800 morts depuis janvier 2026.
Sommaire

Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, l’a dit sans détour le 4 novembre à Genève : la République démocratique du Congo, déjà frappée par Ebola, connaît « sa pire épidémie de choléra depuis des décennies ». [1] Vue de France, la question du lecteur est simple : ce choléra peut-il voyager jusqu’ici, et faut-il se faire vacciner avant de partir en Afrique ? Les chiffres français répondent mieux que l’inquiétude. Dans l’Hexagone, la maladie se compte en cas isolés, presque tous rapportés de voyage. Mayotte, en revanche, a vécu en 2024 ce que donne une introduction du vibrion dans des quartiers privés d’eau potable. Quant au vaccin, il existe, se boit, mais n’est pas recommandé à la plupart des voyageurs.

Choléra en RDC : pourquoi l’OMS parle de la pire épidémie depuis des décennies

Le choléra est une infection intestinale due à une bactérie, Vibrio cholerae, qui se transmet par l’eau ou les aliments souillés par des selles de malades. [7] En RDC, la majorité des cas vient du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, les deux provinces de l’est où sévit aussi Ebola. « Ce qui est préoccupant, c’est que des cas sont désormais signalés le long du bassin du fleuve Congo, ce qui signifie que cela pourrait s’étendre jusqu’à Kinshasa », a ajouté le patron de l’OMS. [1] La saison des pluies, en cours, favorise la propagation, et les conflits armés rendent une partie des zones touchées difficiles d’accès. L’année 2025 avait déjà enregistré le plus grand nombre de cas signalés depuis plus de vingt-cinq ans ; selon l’OMS, 2026 « s’annonce encore plus grave ». [1]

En ce moment

Le terrain confirme l’accélération. Dans la zone de santé de Kibua, en territoire de Walikale, au Nord-Kivu, 393 cas et 29 décès étaient notifiés au 2 novembre, contre 114 cas suspects recensés au 13 octobre. [2][3] Dans le dernier bilan mensuel du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), daté du 27 octobre, la RDC arrive en tête des décès dans le monde : 288 nouveaux morts pour 9 236 nouveaux cas en quatre semaines. [4]

Le chiffre le plus parlant est celui des morts rapportés aux malades. Avec plus de 60 000 cas et 1 800 décès depuis janvier, environ 3 % des malades recensés sont morts, selon notre calcul. En 2024, à l’échelle du monde, l’OMS comptait 560 823 cas et 6 028 décès, soit 1,1 %. [1][6] Le taux de la RDC est donc près de trois fois plus élevé. Le choléra tue par déshydratation, et une réhydratation précoce guérit la majorité des patients : [7] un tel écart signale surtout des malades qui n’arrivent pas à temps jusqu’aux soins, ce que l’OMS relie aux difficultés d’accès aux traitements. [1] Pour freiner l’épidémie, le Groupe international de coordination de l’approvisionnement en vaccins a alloué 7,4 millions de doses pour 2026, et une nouvelle demande est en cours d’examen. [1]

Soignant en combinaison blanche, lunettes et masque, tenant un flacon et une seringue entre ses gants jaunes devant les tentes d'un centre de traitement d'Ebola, dans une lumière de fin d'après-midi.

En France, le choléra reste une maladie rapportée de voyage

La France recense chaque cas : le choléra est une maladie à déclaration obligatoire depuis 1902. [13] Le bilan de Santé publique France est mince. Entre 2010 et 2024, 32 cas ont été déclarés dans tout le pays, et aucun décès, soit deux cas par an en moyenne. Ce tableau s’arrête au 28 mars 2024, date de la dernière mise à jour publiée. [5] Les malades se sont surtout contaminés en Haïti et en Asie dans les années 2010. L’Afrique n’apparaît que pour quatre cas, entre 2022 et 2024. La résurgence mondiale du choléra depuis 2021 n’a pas fait augmenter de façon significative les cas importés, note l’agence. [5]

Infographie aux couleurs de Centre CLÉA sur le risque de choléra vu de France. Cas de choléra déclarés en France par année de 2010 à 2024 : 6, 1, 4, 1, 1, 1, 0, 0, 2, 5, 0, 0, 7, 2 et 2, soit 32 cas et aucun décès, bilan arrêté au 28 mars 2024 ; en 2022, 4 des 7 cas ont été contractés en France, dont 3 via des produits venus de zone d'endémie. Mayotte, de mars à juillet 2024 : 221 cas en 117 jours, près de 7 fois les 32 cas de 2010-2024, dont 199 contractés sur l'île et 22 importés, 14 passages en réanimation et 5 décès dus au choléra, plus 2 en partie. République démocratique du Congo depuis janvier 2026, selon l'OMS : 60 000 cas et plus de 1 800 décès, soit 3,0 % de décès parmi les malades, contre 1,1 % dans le monde en 2024. Avant un voyage, le vaccin n'est pas recommandé à tous : il est indiqué surtout pour les soignants et humanitaires auprès de malades en zone d'épidémie et les personnels sous mandat de l'ONU ; les autres voyageurs demandent l'avis d'un centre de vaccinations internationales. Vaxchora : une dose au moins 10 jours avant l'exposition ; Dukoral : deux doses à une semaine d'écart, finies une semaine avant le départ. Base de la prévention : eau sûre et mains lavées.
32 cas de choléra déclarés en France entre 2010 et 2024 et aucun décès, contre 221 cas à Mayotte en 117 jours en 2024 ; en RDC, environ 3 % des malades meurent cette année, près de trois fois la moyenne mondiale de 2024. Infographie : Centre CLÉA.

Une exception mérite d’être connue. En 2022, sur les sept cas de l’année, quatre ont été contractés en France sans voyage : trois étaient liés à la consommation de produits importés d’une zone où le choléra circule, le dernier est resté d’origine inconnue. [5] Dans l’Hexagone, l’eau traitée et chlorée et l’hygiène de base suffisent généralement à bloquer la transmission, et le vibrion se transmet très peu d’une personne à l’autre quand ces règles sont respectées. Santé publique France fait une réserve pour certaines parties de la Guyane et de Mayotte, où l’assainissement fait parfois défaut. [5]

Mayotte en 2024 : ce que le choléra a fait sur le sol français

L’épidémie de 2024 est partie de cas importés des Comores voisines, touchées depuis février de cette année-là, ou du continent africain. [6][8] Le premier cas a été repéré le 18 mars ; le premier cas contracté sur l’île a été confirmé le 22 avril. Jusqu’au dernier cas, le 12 juillet, 221 personnes sont tombées malades, regroupées en huit foyers dans des quartiers densément peuplés, avec un accès limité ou nul à l’eau potable. [8][9] En 117 jours, Mayotte a donc compté près de sept fois plus de cas que la France entière en quinze ans, selon notre calcul.

  • 199 malades se sont contaminés sur l’île, 22 ont été importés des Comores ou du continent africain, soit environ un cas sur dix ;
  • 14 ont été hospitalisés en réanimation ;
  • 5 décès ont été imputés au choléra et 2 autres en partie ; [8]
  • toutes les souches analysées étaient résistantes à deux antibiotiques courants, l’azithromycine et la ciprofloxacine, mais sensibles à la doxycycline. [9]

Le pic est survenu le 18 juin. La décrue a suivi la campagne de vaccination et un renfort de l’accès à l’eau potable dans les quartiers précaires. 35 810 personnes ont été vaccinées, environ 70 % de la population visée, avec Vaxchora, en une dose, dans 85 % des cas. [10] Fin 2025, le HCSP constatait que le choléra ne sévissait plus sur l’île. Le dernier cas, en janvier 2025, était importé de Tanzanie par avion. Dans son avis du 28 novembre 2025, le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) demande un stock local de vaccins pour réagir dès un nouveau cas, mais aucune vaccination préventive tant qu’aucun cas n’est confirmé. [10] Le même avis note que la maladie continue de se propager dans les pays d’Afrique de l’Est les plus proches de l’île, le Mozambique, la Tanzanie et le Malawi. [10]

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Vaccin contre le choléra : qui doit le faire avant un voyage ?

La réponse officielle surprend souvent : la vaccination contre le choléra n’est généralement pas recommandée aux voyageurs. C’est la position du HCSP dans ses recommandations sanitaires aux voyageurs, actualisées en juin 2026. Il constate que la recrudescence mondiale se poursuit « sans qu’un surrisque spécifique ne soit objectivé pour les voyageurs », le risque restant faible pour un séjour dans de bonnes conditions d’hygiène. [6] L’OMS a d’ailleurs demandé dès 1973 qu’il ne soit plus exigé d’aucun voyageur. [11] Le HCSP réserve la vaccination à deux profils :

  • les personnels qui soignent des malades en situation d’épidémie, soignants ou humanitaires ;
  • les personnels déployés sous mandat de l’ONU dans les pays où le choléra est présent.

Pour les autres voyageurs qui se rendent dans une région où le choléra est épidémique, comme l’est de la RDC aujourd’hui, le HCSP conseille un avis spécialisé dans un centre de vaccinations internationales, qui évalue le risque personnel : durée du séjour, conditions de vie sur place, accès à l’eau. [6] Si la vaccination est retenue, deux vaccins oraux sont disponibles, et le calendrier compte :

  • Vaxchora : une seule dose à boire, au moins 10 jours avant l’exposition, à partir de 2 ans ; contre-indiqué pendant la grossesse, l’allaitement et en cas d’immunodépression ; pas d’antibiotique dans les 14 jours qui précèdent ni dans les 10 jours qui suivent ; [6]
  • Dukoral : deux doses à au moins une semaine d’écart à partir de 6 ans, trois entre 2 et 6 ans, à terminer au moins une semaine avant l’exposition, soit au moins deux semaines à prévoir. [6]
Dans un cabinet de consultation, une main tient un petit gobelet de liquide blanchâtre, un vaccin buvable, au-dessus d'un bureau où sont posés un passeport, un carnet de vaccination jaune ouvert et un sachet vide.
Le vaccin contre le choléra se boit : une dose de Vaxchora au moins 10 jours avant le départ, ou deux doses de Dukoral, pour les rares voyageurs à qui un centre de vaccinations internationales le conseille.

La protection n’est pas totale. Vaxchora a été évalué en exposant des volontaires à la bactérie : son efficacité atteignait 79,5 % trois mois après la dose. [10] Les deux vaccins ne sont pas remboursés pour un voyage ; la Haute Autorité de santé n’a rendu un avis favorable au remboursement de Vaxchora que dans le cadre des recommandations propres à Mayotte. [11][12] Les personnes vaccinées doivent garder les mêmes précautions d’hygiène et de prudence avec l’eau et la nourriture. [11]

Eau, glaçons, diarrhée au retour : les gestes qui protègent vraiment

Pour un voyageur, la protection tient d’abord dans quelques gestes, rappelés par le ministère des Affaires étrangères : [7]

  • ne boire que de l’eau en bouteille, bouillie ou traitée, et éviter les glaçons ;
  • laver fruits et légumes à l’eau chlorée, manger des aliments bien cuits ;
  • se laver souvent les mains, au savon de préférence ou avec une solution hydroalcoolique.

Le plus souvent, l’infection reste discrète : une diarrhée bénigne, voire aucun symptôme. Dans 5 à 10 % des cas, une diarrhée sévère avec vomissements apparaît entre 12 heures et 5 jours après l’exposition, et la déshydratation peut tuer en quelques heures sans traitement. [7] Dans les formes graves, un malade peut perdre jusqu’à trente litres d’eau par jour. [11] C’est ce délai qui compte au retour d’une zone touchée.

Un homme, sac à dos à l'épaule et valise derrière lui, reçoit une injection dans le haut du bras par une main gantée de bleu, dans une pharmacie baignée de lumière dorée.

Une diarrhée très abondante, des vomissements, de la fièvre ou une grande faiblesse dans les cinq jours qui suivent le retour justifient de consulter immédiatement. Le traitement repose sur la réhydratation, par des solutés de réhydratation orale bus en grande quantité, ou par perfusion dans les cas sévères. [7] Le médecin ou le biologiste qui suspecte un choléra doit le signaler sans délai à l’agence régionale de santé, pour que le cas importé soit pris en charge au plus vite. [13]

Sources et références

[1] Le Monde avec AFP — En RDC, l'OMS alerte sur la « pire épidémie de choléra depuis des décennies », avec 1 800 morts, sur fond de crise liée à Ebola, 4 novembre 2026
https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/11/04/en-rdc-l-oms-alerte-sur-la-pire-epidemie-de-cholera-depuis-des-decennies-avec-1-800-morts-sur-fond-de-crise-liee-a-ebola_6806432_3212.html

[2] Actualite.cd — Zone de santé de Kibua à Walikale : 393 cas de choléra et 29 décès enregistrés au 2 novembre, 5 novembre 2026
https://actualite.cd/index.php/2026/11/05/zone-de-sante-de-kibua-walikale-393-cas-de-cholera-et-29-deces-enregistres-au-2-novembre

[3] Actualite.cd — Walikale : 114 cas suspects de choléra dont 13 décès enregistrés dans la zone de santé de Kibua entre mars et octobre, 19 octobre 2026
https://actualite.cd/2026/10/19/walikale-114-cas-suspects-de-cholera-dont-13-deces-enregistres-dans-la-zone-de-sante-de

[4] ECDC — Cholera, Multi-country (World), Monitoring global outbreaks, Monthly update, 27 octobre 2026
https://www.ecdc.europa.eu/en/public-health-events/2006-eip-00031/2026-10-27

[5] Santé publique France — Choléra : données (cas déclarés en France de 2000 à 2024 par lieu d'infection et par année) et notre action, calculs de la rédaction
https://www.santepubliquefrance.fr/cholera/donnees

[6] Haut Conseil de la santé publique — Recommandations sanitaires aux voyageurs, édition 2026, chapitre Choléra (établies le 12 juin 2026)
https://afpa.org/content/uploads/2026/07/2026_Recommandations-sanitaires-aux-voyageurs_01-07-2026.pdf

[7] France Diplomatie — Conseils aux voyageurs, risques sanitaires : choléra, mis à jour le 5 juin 2026
https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/fiches-pratiques/risques/les-principaux-risques-sanitaires/cholera

[8] Santé publique France — Choléra à Mayotte, point de situation au 29 juillet 2024
https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/bullreg_cholera_mayotte_20240729_vf.pdf

[9] Mazzilli S et al. — Outbreak of Vibrio cholerae O1, Mayotte, France, April to July 2024, Eurosurveillance, 29 août 2024
https://doi.org/10.2807/1560-7917.ES.2024.29.35.2400518

[10] Haut Conseil de la santé publique — Avis relatif à l'actualisation des recommandations vaccinales contre le choléra à Mayotte, 28 novembre 2025
https://www.hcsp.fr/Explore.cgi/Telecharger?NomFichier=hcspa20251128_actualdesrecommdevaccincholramay.pdf

[11] Vaccination Info Service (professionnels) — Choléra, mis à jour le 5 août 2026
https://professionnels.vaccination-info-service.fr/Maladies-et-leurs-vaccins/Cholera

[12] Haute Autorité de santé — Vaxchora (vaccin contre le choléra vivant, recombiné, oral), avis de la Commission de la transparence du 29 mai 2024
https://www.has-sante.fr/jcms/p_3526096/fr/vaxchora-vaccin-contre-le-cholera-vivant-recombine-oral-vaccin-anticholerique

[13] Santé publique France — Choléra : notre action (surveillance par la déclaration obligatoire)
https://www.santepubliquefrance.fr/cholera/notre-action

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