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Une simple piqûre faite peu après un infarctus a fait reculer de 41 % les décès de l’année suivante dans un essai international : le vaccin contre la grippe

Dans la semaine qui suit une grippe, le risque d'être hospitalisé pour un infarctus est multiplié par six. Chez les malades du cœur, le vaccin contre la grippe, gratuit pour eux, est relié à moins de décès et d'accidents cardiaques, mais moins de trois malades chroniques de moins de 65 ans sur dix l'ont fait l'hiver dernier.

Relu par Antoine BOUQUET
Vidéo Centre CLÉA : la semaine qui suit une grippe, le risque d'infarctus et ce qu'a mesuré l'essai IAMI sur le vaccin. Images d'illustration.
Sommaire

Une grippe ne se contente pas d’abattre pour quelques jours. Le virus déclenche dans tout l’organisme une forte réaction inflammatoire, avec fièvre, accélération du cœur et sang plus prompt à coaguler. Chez quelqu’un dont les artères portent des plaques de cholestérol, ce cocktail peut faire céder l’une d’elles : une infection comme la grippe « va déstabiliser les plaques de cholestérol », explique le Pr François Roubille, cardiologue aux soins intensifs du CHU de Montpellier, interrogé le 2 novembre par Linternaute. [7] Un caillot se forme alors sur la plaque rompue et bouche l’artère : c’est l’infarctus.

Ce lien est connu depuis longtemps, mais les cardiologues en tirent désormais une conclusion pratique. En 2025, la Société européenne de cardiologie (ESC) a publié un texte de consensus qui fait de la vaccination un « pilier fondamental » de la prévention cardiovasculaire, aux côtés des mesures déjà établies. [6] Le Pr Roubille, qui l’a cosigné, la place « au même titre » que l’activité physique ou l’arrêt du tabac [7], et la Société française de cardiologie y a consacré fin octobre une émission destinée aux médecins sur sa plateforme Cardio-online. [8] Reste à savoir ce que les chiffres montrent vraiment, et pour qui.

En ce moment

Grippe et infarctus : six fois plus d’hospitalisations dans les sept jours

La mesure la plus nette du danger vient d’une étude canadienne publiée en 2018 dans le New England Journal of Medicine. Les chercheurs ont repris, en Ontario, toutes les hospitalisations pour infarctus survenues dans l’année précédant et l’année suivant une grippe confirmée par un test de laboratoire : 364 au total. Chaque patient servait ainsi de témoin à lui-même. [1] Dans les sept jours suivant le prélèvement, on a compté 20 hospitalisations pour infarctus, contre 3,3 par semaine en moyenne le reste du temps, soit un taux d’incidence six fois plus élevé (rapport de 6,05). [1] Autrement dit, la semaine de la grippe a concentré autant d’infarctus que six semaines ordinaires, selon notre calcul.

Deux détails changent la façon de voir le risque. Le pic est bref : aucune hausse n’a été observée après le septième jour. [1] Il dépend aussi du virus : le rapport atteint 10,1 après une grippe B et 5,2 après une grippe A, quand le virus respiratoire syncytial (VRS) et les autres virus respiratoires font moins, entre 2,8 et 3,5. [1] Ces malades avaient été testés, donc souvent assez atteints pour consulter ou être hospitalisés : l’étude décrit la grippe qui pèse, pas un simple rhume.

Un homme d'une soixantaine d'années, fiévreux, assis dans son lit la nuit, la main droite plaquée sur la poitrine, son épouse posant une main sur son épaule ; mouchoirs, thermomètre et verre d'eau sur la table de chevet.
Cloué au lit par la grippe, un homme porte la main à sa poitrine sous le regard inquiet de son épouse. Image d’illustration. Dans les sept jours qui suivent une grippe, le taux d’hospitalisation pour infarctus est six fois plus élevé qu’en temps normal.

Vacciné juste après un infarctus : ce que l’essai IAMI a changé

Savoir que la grippe déclenche des infarctus ne prouve pas que le vaccin les évite. Pour le vérifier, il fallait un essai où le hasard décide qui reçoit le vaccin et qui reçoit une injection d’eau salée. C’est ce qu’a fait l’essai IAMI, mené dans 30 centres de huit pays et publié en 2021 dans la revue Circulation. [2] Les 2 532 participants analysés avaient presque tous fait un infarctus et ont été vaccinés, ou non, peu après. Ni eux ni leurs médecins ne savaient ce qu’ils avaient reçu. [2]

Une femme d'environ 70 ans, manche relevée, assise et détendue dans une pharmacie lumineuse, pendant qu'une pharmacienne prépare une injection.

Sur douze mois, 5,3 % des vaccinés ont connu un décès, un nouvel infarctus ou un caillot dans leur stent, contre 7,2 % dans le groupe placebo. [2] Rapporté à 1 000 patients, cela fait 53 accidents graves au lieu de 72, soit environ un accident évité pour 51 personnes vaccinées, selon notre calcul. L’écart le plus net porte sur la mortalité : 2,9 % de décès chez les vaccinés contre 4,9 %, soit 41 % de décès en moins, c’est-à-dire 20 décès de moins pour 1 000 patients en un an. Les décès d’origine cardiovasculaire suivent la même pente, 2,7 % contre 4,5 %. [2]

L’infarctus lui-même a moins bougé : 2,0 % de nouveaux infarctus chez les vaccinés contre 2,4 % sous placebo, une différence trop faible pour exclure le hasard dans cet essai. [2] Celui-ci a en outre été arrêté avant d’atteindre le nombre de participants prévu, à cause de la pandémie de Covid-19. [2] Ce que l’essai établit le plus solidement, c’est donc que le vaccin a sauvé des vies chez des patients qui sortaient d’un infarctus, davantage qu’il n’a empêché un second infarctus.

Infographie aux couleurs de Centre CLÉA. Dans la semaine suivant une grippe confirmée, 20 hospitalisations pour infarctus par semaine contre 3,3 les autres semaines, en Ontario, soit six fois plus, sans hausse mesurée après le 7e jour. Essai IAMI, pour 1 000 patients de chaque groupe suivis 12 mois après un infarctus : 53 décès, infarctus ou caillots dans un stent avec le vaccin contre 72 avec un placebo ; 29 décès contre 49 ; 20 infarctus contre 24, écart non significatif. Vaccinés contre la grippe en France l'hiver 2025-2026 : 56,7 % des 65 ans et plus, 28,9 % des moins de 65 ans à risque, pour un objectif de 75 %.
Après un infarctus, l’essai IAMI a compté 29 décès en un an pour 1 000 patients vaccinés contre la grippe, contre 49 sous placebo ; l’écart sur l’infarctus seul n’est pas significatif. Infographie : Centre CLÉA, d’après le New England Journal of Medicine, Circulation et Santé publique France.

Méta-analyses : un bénéfice concentré chez ceux dont le cœur est déjà touché

Les méta-analyses, qui additionnent les essais pour gagner en précision, vont dans le même sens et précisent à qui le vaccin profite le plus.

  • Six essais, 9 001 patients (JAMA Network Open, 2022) : 3,6 % d’accidents cardiovasculaires majeurs chez les vaccinés contre 5,4 % chez les autres, soit un risque réduit d’environ un tiers. Le bénéfice se concentre sur les personnes qui avaient fait un infarctus ou un syndrome coronarien aigu dans l’année ; il n’apparaît pas chez les autres participants. [3]
  • Cinq essais, 5 659 malades des artères du cœur (Travel Medicine and Infectious Disease, 2025) : en les regroupant, l’effet sur l’infarctus lui-même devient visible, avec un risque relatif de 0,66, soit environ un infarctus évité pour 67 patients vaccinés. [4]
  • 23 études, dont 7 essais, chez des malades coronariens ou insuffisants cardiaques (American Journal of Cardiology, 2026) : moins de décès et moins d’infarctus chez les vaccinés, avec un bénéfice le plus marqué dans les quatre mois suivant l’injection. [5]

Ces résultats tracent une frontière claire. Les preuves les plus fortes concernent les personnes qui ont une maladie des artères du cœur, et surtout celles dont l’infarctus est récent. Chez un adulte en bonne santé, la grippe augmente aussi le risque d’infarctus pendant quelques jours, mais aucun essai n’a montré que le vaccin y change la santé de son cœur. C’est d’ailleurs le public que les recommandations françaises visent en priorité, et celui pour qui le vaccin est gratuit.

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Grippe : qui peut se faire vacciner gratuitement quand on a le cœur fragile

La campagne 2026-2027 a commencé le 13 octobre en France hexagonale et aux Antilles. [11] Le vaccin est pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie pour les personnes à risque de grippe grave, et la liste des maladies du cœur concernées est large. [9]

  • Toutes les personnes de 65 ans et plus, sans autre condition. Les vaccins Efluelda, plus fortement dosé, et Fluad, qui contient un adjuvant, leur sont préférentiellement destinés. [9] [11]
  • À tout âge à partir de 6 mois, les malades du cœur et des vaisseaux : insuffisance cardiaque, maladie des valves, troubles du rythme, maladie des artères du cœur, angine de poitrine, cardiopathie congénitale, ainsi que les personnes ayant un antécédent d’infarctus, de pontage ou d’accident vasculaire cérébral (AVC). [9]
  • Les personnes diabétiques, celles qui ont une obésité avec un indice de masse corporelle (IMC) de 40 ou plus, les femmes enceintes et les malades chroniques des poumons, des reins ou du foie. [9]

Ces personnes reçoivent en principe un bon de l’Assurance maladie, à présenter en pharmacie. Celles qui ne l’ont pas reçu peuvent le demander à leur médecin, à leur pharmacien, à un infirmier ou à une sage-femme, qui peuvent le leur délivrer. [9] Une prescription est obligatoire pour tous les vaccins contre la grippe depuis le 10 juillet 2026, mais le pharmacien et l’infirmier peuvent l’établir eux-mêmes, sous conditions. [11] La protection s’installe en deux semaines environ, et une seule injection suffit pour la saison. [9]

Sept malades chroniques de moins de 65 ans sur dix n’ont pas utilisé leur bon

Cette gratuité reste peu utilisée. Selon Santé publique France, 56,7 % des 65 ans et plus et 28,9 % des moins de 65 ans à risque ont été vaccinés contre la grippe l’hiver dernier, pour un objectif de 75 %. [10] Les moins de 65 ans comptés ici sont ceux qui avaient reçu un bon : plus de sept sur dix ne s’en sont donc pas servis. Le message reste associé au grand âge, alors qu’un quinquagénaire qui a fait un infarctus fait précisément partie des patients chez qui l’essai IAMI a mesuré le bénéfice. Le consensus de l’ESC ne s’arrête d’ailleurs pas à la grippe : il traite aussi de la Covid-19, du pneumocoque et du VRS [6], et la Société française de cardiologie a consacré la seconde partie de son émission au pneumocoque. [8]

Un flacon de vaccin en verre posé entre une feuille d’automne orangée et une surface couverte de givre.

Le moment compte aussi. Les malades du cœur vaccinés tirent le plus de bénéfice dans les quatre mois qui suivent l’injection, selon la méta-analyse publiée en 2026. [5] Une vaccination faite à l’automne couvre donc l’hiver, à condition de précéder l’arrivée du virus, puisqu’il faut environ deux semaines pour être protégé. [9]

Sources et références

[1] Kwong JC et al. — Acute Myocardial Infarction after Laboratory-Confirmed Influenza Infection, New England Journal of Medicine, 25 janvier 2018 (PMID 29365305)
https://doi.org/10.1056/NEJMoa1702090

[2] Fröbert O et al. — Influenza Vaccination After Myocardial Infarction: A Randomized, Double-Blind, Placebo-Controlled, Multicenter Trial (IAMI), Circulation, 2 novembre 2021 (PMID 34459211)
https://doi.org/10.1161/CIRCULATIONAHA.121.057042

[3] Behrouzi B et al. — Association of Influenza Vaccination With Cardiovascular Risk: A Meta-analysis, JAMA Network Open, 1er avril 2022 (PMID 35486404)
https://doi.org/10.1001/jamanetworkopen.2022.8873

[4] Liu X et al. — Association between influenza vaccination and prognosis in patients with ischemic heart disease: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials, Travel Medicine and Infectious Disease, 2025 (PMID 39710016)
https://doi.org/10.1016/j.tmaid.2024.102793

[5] Hosseini K et al. — Mortality and Morbidity Benefit After Influenza Vaccination in High Cardiovascular Risk Population: A Systematic Review and Meta-analysis, American Journal of Cardiology, 2026 (PMID 41951138)
https://doi.org/10.1016/j.amjcard.2026.03.040

[6] Société européenne de cardiologie (ESC) — Vaccination as a new form of cardiovascular prevention: an ESC Clinical Consensus Statement, communiqué du 3 juin 2025
https://www.escardio.org/news/press/press-releases/vaccination-as-a-new-form-of-cardiovascular-prevention-an-esc-clinical-consensu/

[7] Linternaute — Pr François Roubille, cardiologue : « La vaccination doit être considérée comme un geste de prévention au même titre que l'activité physique, l'arrêt du tabac… », 2 novembre 2026
https://www.linternaute.com/sante/id/11311661-article-vaccination-coeur/

[8] Cardio-online (Société française de cardiologie) — Vaccination antigrippale et prévention cardiovasculaire, émission spéciale, 28 octobre 2026
https://www.cardio-online.fr/ressources-scientifiques/emissions-ateliers-pratiques-en-cardiologie/2026/vaccination-antigrippale-et-prevention-cardiovasculaire

[9] Vaccination Info Service (Santé publique France) — Grippe : le vaccin, les personnes concernées et la vaccination en pratique
https://www.vaccination-info-service.fr/Les-maladies-et-leurs-vaccins/grippe

[10] Santé publique France — Vaccination des femmes enceintes, des seniors et des adultes à risque en France en 2025, bulletin national, 8 octobre 2026
https://invs.santepubliquefrance.fr/vaccination/bulletin-national/vaccination-des-femmes-enceintes-des-seniors-et-des-adultes-a-risque-en-france-en-2025

[11] Vidal — Grippe et Covid-19 : tous les détails de la campagne de vaccination 2026-2027 (d'après le DGS-Urgent du 22 septembre 2026), 24 septembre 2026
https://www.vidal.fr/actualites/38333-grippe-et-covid-19-tous-les-details-de-la-campagne-de-vaccination-2026-2027.html

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