Le calendrier tombe bien : le Mois sans tabac commence ce dimanche 1er novembre, et le dépistage que l’Institut national du cancer (INCa) expérimente depuis mai associe justement un scanner des poumons et une aide à l’arrêt. Ce programme de recherche, baptisé IMPULSION, doit recruter 20 000 volontaires en 18 à 24 mois pour préparer un dépistage organisé du cancer du poumon dans tout le pays, à l’horizon 2030 si les résultats se confirment. [1] Pour un fumeur de 55 ans, la question n’est donc plus seulement de savoir s’il remplit les critères, mais aussi si sa région est ouverte. Et la réponse a changé depuis l’été.
Dépistage du cancer du poumon par scanner : huit régions ouvertes, pas cinq
Les inclusions ont démarré en mai dans cinq régions pilotes : Île-de-France, Hauts-de-France, Pays de la Loire, Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur. [2] [3] Trois autres ont suivi sans grand bruit. Le CHU de Toulouse inclut des volontaires depuis le 18 septembre, ce qui ouvre l’Occitanie. [6] L’agence régionale de santé (ARS) du Grand Est a lancé le programme fin septembre, en prévenant que la liste des centres était encore en cours de consolidation et que tous les territoires n’étaient pas couverts au départ. [5] La Bretagne a rejoint le programme le 21 octobre, avec sept centres de radiologie à Brest, Lannion, Lorient, Quimper, Rennes, Saint-Brieuc et Vannes, qui ouvrent progressivement. [4]
| Situation au 1er novembre | Régions | Date |
|---|---|---|
| Ouvert | Île-de-France, Hauts-de-France, Pays de la Loire, Auvergne-Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur | mai 2026 |
| Ouvert | Occitanie | 18 septembre 2026 |
| Ouvert | Grand Est | fin septembre 2026 |
| Ouvert | Bretagne | 21 octobre 2026 |
| Prévu | Normandie | à compter d’octobre 2026 |
| Prévu | Bourgogne-Franche-Comté | à compter de décembre 2026 |
| En programmation | Centre-Val de Loire, La Réunion | non fixée |
| Plus tard | Corse, Antilles, Nouvelle-Aquitaine | courant 2027 |
L’effet de cette extension se mesure. D’après les estimations de population de l’Insee, 15,2 millions de personnes de 50 à 74 ans vivent dans ces huit régions, soit 73 % de la tranche d’âge, contre une sur deux avec les seules régions pilotes de mai (calcul de la rédaction). [9] Ce chiffre dit où vivent les personnes de l’âge visé, pas combien remplissent les critères de tabagisme. Et une région ouverte ne garantit pas un centre à côté de chez soi : chacune compte de 5 à 15 centres de radiologie habilités, qui ouvrent au fil de l’étude. [2]
En ce moment

Pour la Normandie, inscrite au calendrier prévisionnel « à compter d’octobre 2026 », mieux vaut vérifier au 34 33 que les centres de sa zone accueillent déjà des volontaires. [3] Ailleurs, rien n’interdit de se manifester : selon la MSA, les infirmiers ont désormais pour consigne d’orienter les personnes qui remplissent les critères vers le numéro et le site nationaux du programme, quel que soit l’avancement du déploiement dans leur région. [3]
20 paquets-années ou 30 ans de tabac : qui peut passer le scanner
Trois conditions s’additionnent. Il faut avoir de 50 à 74 ans, fumer encore ou avoir arrêté depuis moins de 15 ans, et avoir fumé suffisamment longtemps. [1] [2] Cette exposition se compte en paquets-années : un paquet-année correspond à 20 cigarettes manufacturées par jour pendant un an, ou à deux paquets par jour pendant six mois. [11] Le seuil le plus cité, 20 paquets-années, correspond par exemple à un paquet par jour pendant 20 ans ou à deux paquets par jour pendant 10 ans. [1]
Ce seuil n’est pourtant pas le seul. L’INCa et l’ARS du Grand Est retiennent aussi les personnes ayant fumé plus de 15 cigarettes par jour pendant plus de 25 ans, ou plus de 10 cigarettes par jour pendant plus de 30 ans. [1] [5] Converti en paquets-années, ce dernier repère descend à 15. Un fumeur de 11 cigarettes par jour depuis 31 ans totalise 17 paquets-années : il reste sous les 20 souvent répétés, mais il entre dans les critères (calcul de la rédaction). C’est précisément le profil du petit fumeur de longue date, qui se croit hors du champ en entendant parler de paquets-années.
À l’inverse, un ancien fumeur qui a arrêté il y a 16 ans n’entre pas, quelle qu’ait été sa consommation, pas plus qu’une personne de 75 ans. [1] Et l’inscription ne vaut pas participation : l’éligibilité est vérifiée à chaque étape. [3]
S’inscrire au dépistage : le 34 33, le site officiel ou un soignant
Deux portes d’entrée mènent au programme. La première passe par un professionnel de santé : médecin généraliste, pharmacien, sage-femme, infirmier ou kinésithérapeute peut repérer une personne concernée et l’orienter. [5] La seconde est directe : le 34 33, au prix d’un appel local, ou le site depistage-cancer-poumon.fr, qui vérifient l’éligibilité puis donnent accès à la liste des médecins du programme. [2] [3] Le parcours compte ensuite quatre étapes.
- La consultation d’inclusion. Un médecin investigateur du programme confirme l’éligibilité, explique le déroulement du dépistage et recueille l’accord de participation. [2]
- L’aide à l’arrêt. À un fumeur, une consultation de tabacologie est proposée, au cabinet ou en téléconsultation, idéalement avant le scanner, et peut être suivie de deux autres. Ne pas avoir arrêté de fumer n’empêche pas de participer. [1] [2]
- Le scanner. Il se passe dans un centre de radiologie agréé, avec sa carte Vitale. Il dure moins de 10 minutes, sans injection. Un premier radiologue lit les images, puis un second, aidé d’un système d’intelligence artificielle. [2] [3]
- Le résultat. La personne et son médecin traitant le reçoivent sous 15 jours. Sans anomalie, un nouveau scanner est prévu un an plus tard, puis tous les deux ans. En cas d’anomalie, une consultation et d’autres examens sont programmés. [7]
Si un cancer est diagnostiqué, la personne est orientée vers une équipe spécialisée en oncologie thoracique, avec un soutien psychologique. Le scanner peut aussi révéler d’autres anomalies, comme un emphysème, des signes de fibrose, des calcifications sur les artères du cœur ou une fragilité osseuse : elles figurent sur le compte rendu, que l’on peut reprendre avec son médecin. [2]

L’aide à l’arrêt n’est pas un détail du parcours. Selon les études internationales citées par l’INCa, associer le dépistage à l’arrêt du tabac réduit de 38 % le risque de décès par cancer du poumon, et le sevrage rend le dépistage lui-même plus efficace. [2]

Pris en charge à 100 % dans le programme, à 70 % en dehors
Dans IMPULSION, le scanner est pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie, sans reste à charge. La consultation d’inclusion, la consultation d’aide à l’arrêt, les soins d’un cancer découvert et ceux des autres maladies repérées au scanner sont remboursés aux conditions habituelles. [1] [3]
Hors du programme, un scanner thoracique prescrit par un médecin suit la règle commune : comme tout acte d’imagerie, il est remboursé à 70 % du tarif de l’Assurance maladie, la complémentaire santé pouvant couvrir le reste selon le contrat. [8] Certaines reprises présentent ce taux comme l’option des régions non encore couvertes. C’est en réalité le remboursement de n’importe quel scanner, pas une version allégée du dépistage : il ne donne accès ni à la double lecture avec intelligence artificielle, ni au calendrier de suivi, ni à l’accompagnement au sevrage du programme. IMPULSION existe justement pour répondre aux questions que la Haute Autorité de santé avait posées dans son avis actualisé de 2022 avant tout dépistage généralisé. [1]
Pourquoi scanner des fumeurs qui ne se plaignent de rien
Le cancer du poumon a touché 33 438 hommes et 19 339 femmes en 2023, et il reste la première cause de décès par cancer en France, avec 30 896 morts en 2022. [2] Il évolue longtemps sans bruit : dans près de 73 % des cas, il est découvert à un stade avancé, quand les traitements sont plus limités, et sa survie nette à cinq ans ne dépasse pas 20 %. [4] [2] Repéré au stade I, quand la tumeur est petite et localisée, il se soigne bien plus souvent : sur 100 personnes diagnostiquées à ce stade, 84 sont en vie trois ans plus tard. [10]
Les grands essais internationaux NLST et NELSON ont montré une baisse de 20 à 25 % de la mortalité par cancer du poumon chez les personnes dépistées par scanner. [1] L’INCa estime qu’un dépistage organisé pourrait éviter environ 13 000 décès en cinq ans en France. [2] Ce que doit mesurer IMPULSION, c’est la façon d’y parvenir ici : combien de cancers le scanner détecte dans la population française, et quelle organisation est la plus sûre et la plus efficace pour la généraliser. [2]

L’enjeu grandit chez les femmes. Entre 2003 et 2023, le taux d’incidence du cancer du poumon est resté quasi stable chez les hommes (−0,2 %), mais il a progressé de 5 % chez les femmes, conséquence d’un tabagisme féminin qui s’est intensifié dans les années 1980 et 1990, au moment où celui des hommes commençait à reculer. [2]
Sources et références
[1] Institut national du cancer — IMPULSION, le programme pilote de dépistage des cancers du poumon en France, présentation du programme, mise à jour du 27 mai 2026
https://www.cancer.fr/professionnels-de-sante/prevention-et-depistages/depistage-et-detection-precoce/depistage-du-cancer-du-poumon/presentation-du-programme
[2] Institut national du cancer — Dépistage du cancer du poumon : les inclusions du programme de recherche IMPULSION sont ouvertes, communiqué de presse, mai 2026
https://www.cancer.fr/presse/depistage-du-cancer-du-poumon-les-inclusions-du-programme-de-recherche-impulsion-sont-ouvertes
[3] MSA Île-de-France — Cancer du poumon : le programme IMPULSION pour un dépistage précoce, mis à jour le 26 octobre 2026
https://iledefrance.msa.fr/lfp/programme-impulsion-cancer-poumons
[4] ARS Bretagne — Dépistage du cancer du poumon : la Bretagne rejoint le programme pilote IMPULSION, 21 octobre 2026
https://www.bretagne.ars.sante.fr/depistage-du-cancer-du-poumon-la-bretagne-rejoint-le-programme-pilote-impulsion
[5] ARS Grand Est — Impulsion : le Grand Est expérimente le dépistage du cancer du poumon, 28 septembre 2026
https://www.grand-est.ars.sante.fr/impulsion-le-grand-est-experimente-le-depistage-du-cancer-du-poumon
[6] CHU de Toulouse — Début des inclusions au CHU dans l'étude Impulsion pour le dépistage du cancer du poumon, 18 septembre 2026
https://www.chu-toulouse.fr/debut-des-inclusions-au-chu-dans-l-etude-impulsion-pour-le-depistage-du-cancer
[7] ARS Provence-Alpes-Côte d'Azur — Cancer du poumon : lancement du programme pilote de dépistage IMPULSION en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, communiqué de presse, 19 mai 2026
https://www.paca.ars.sante.fr/cancer-du-poumon-lancement-du-programme-pilote-de-depistage-impulsion-en-region-provence-alpes-cote
[8] Assurance maladie (ameli.fr) — Tableaux récapitulatifs des taux de remboursement, consulté le 1er novembre 2026
https://www.ameli.fr/assure/remboursements/rembourse/tableau-recapitulatif-taux-remboursement
[9] Insee — Estimation de la population au 1er janvier par région, sexe et âge quinquennal (fichier 2023), consulté le 1er novembre 2026 ; calculs de la rédaction
https://www.insee.fr/fr/statistiques/1893198
[10] Programme IMPULSION — site officiel du dépistage du cancer du poumon, consulté le 1er novembre 2026
https://www.depistage-cancer-poumon.fr/
[11] ARS Pays de la Loire — Dépistage du cancer du poumon : le programme pilote IMPULSION est lancé en Pays de la Loire, 1er juin 2026
https://www.pays-de-la-loire.ars.sante.fr/depistage-du-cancer-du-poumon-programme-pilote-impulsion-en-pays-de-la-loire






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