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Depuis fin octobre, les cacahuètes reviennent dans les rubriques santé comme une découverte toute fraîche. L’article qui a relancé le sujet, publié en octobre dans la revue Food & Function, est en réalité le second volet d’un seul et même essai, mené au centre médical universitaire de Maastricht, aux Pays-Bas, entre février 2023 et juillet 2024 [2][3]. Le résultat sur la mémoire, lui, était paru dès décembre 2025 dans Clinical Nutrition [1]. Les deux textes, lus ensemble, disent ce que l’arachide a changé, chez qui, et à quelle dose.
Cacahuètes et mémoire : ce que l’essai de Maastricht a mesuré dans le cerveau
Les 31 volontaires avaient en moyenne 67 ans et étaient en bonne santé. Chacun a vécu deux périodes de 16 semaines, dans un ordre tiré au sort : l’une avec 60 g par jour de cacahuètes grillées avec leur peau, sans sel, l’autre sans cacahuètes, avec 8 semaines de pause entre les deux [1]. Ce schéma dit « croisé » compare chaque personne à elle-même, ce qui compense en partie le petit effectif. Les participants ont tenu la consigne : la médiane de suivi atteint 100 % [1].
En ce moment
Le critère principal était le débit sanguin du cerveau, mesuré par une IRM qui « marque » magnétiquement le sang des artères du cou, sans produit de contraste. Comparé à la période sans cacahuètes, il a augmenté de 3,6 % pour le cerveau entier et de 4,5 % dans la matière grise, celle des neurones [1]. La pression artérielle systolique, le chiffre du haut, a baissé de 5 mmHg [1].
Côté mémoire, le gain tient à un seul exercice : rappeler, après un délai, des mots appris plus tôt. Les participants en ont retrouvé 1,4 de plus en moyenne, soit +5,8 %, avec une marge d’incertitude qui part de zéro [1]. Les autres épreuves de la batterie de tests de Cambridge, qui mesurent la planification, l’attention ou la vitesse de réaction, n’ont pas bougé [1].
Le second volet a cherché un mécanisme. Les chercheurs ont mesuré comment le débit sanguin du cerveau réagit à une dose d’insuline donnée par spray nasal, un test de la sensibilité du cerveau à cette hormone, qui s’émousse avec l’âge. Après la période cacahuètes, une seule zone de l’hémisphère droit, proche de l’hippocampe, une structure clé de la mémoire, réagissait différemment, avec une réponse plus faible de 5,4 mL par 100 g de tissu et par minute [2]. Les auteurs y voient un effet « potentiellement bénéfique ». La graisse du foie, la glycémie, les graisses du sang et les marqueurs d’inflammation sont restés inchangés [2].


Un signal encore fragile, financé par la filière de l’arachide
Ces résultats valent pour un profil précis. L’essai excluait les personnes diabétiques, les fumeurs et celles qui prennent un traitement contre l’hypertension, le cholestérol ou le sucre dans le sang [3]. L’essai est par ailleurs financé par The Peanut Institute, organisme américain lié à la filière de l’arachide, inscrit comme partenaire dans le registre de l’étude [1][3].
La même équipe avait obtenu un résultat de même sens en 2023, avec 60 g par jour d’un mélange de noix, pistaches, noix de cajou et noisettes chez 28 personnes de 65 ans en moyenne : débit sanguin plus élevé dans plusieurs zones du cerveau et mémoire verbale en hausse de 16 % [4]. Cet essai était financé par l’International Nut and Dried Fruit Council, organisation internationale de la filière des fruits à coque et des fruits secs [4]. Deux essais concordants, donc, mais menés par le même laboratoire et sur le même modèle.
Un troisième essai, mené à l’université de Loma Linda, en Californie, et publié en août 2026, n’a rien trouvé. Il visait des personnes de 60 à 80 ans en surpoids, avec au moins deux facteurs de risque cardiovasculaire et une plainte de mémoire : après 12 semaines à 42 à 86 g par jour de cacahuètes et de beurre de cacahuète, ni la mémoire ni l’activité du cerveau ne différaient de celles du groupe témoin [5]. L’étude, plus petite (27 personnes analysées), était aussi financée par The Peanut Institute, et le groupe cacahuètes a pris du poids pendant que le groupe témoin en perdait [5].
60 g par jour : ce que la dose de l’essai pèse en calories et en sel
60 g de cacahuètes grillées sans sel apportent 352 kcal, environ 18 % du repère de 2 000 kcal utilisé sur les étiquettes, selon nos calculs à partir des données de l’USDA [7]. En 16 semaines, chaque volontaire de Maastricht en a mangé 6,7 kg. Sans rien retirer ailleurs, cela revient à ajouter chaque jour l’équivalent d’un petit repas.
Le sel est l’autre piège, car les cacahuètes de l’essai étaient nature, alors que celles de l’apéritif le sont rarement. D’après la table Ciqual de l’Anses, la même dose de 60 g apporte de quelques milligrammes à 1,7 g de sel selon le produit [6]. L’Organisation mondiale de la santé conseille de rester sous 5 g par jour [8] :
| Cacahuètes | Sel dans 30 g | Sel dans 60 g | Part des 5 g (60 g) |
|---|---|---|---|
| Grillées sans sel ajouté | 0,005 g | 0,01 g | moins de 1 % |
| Grillées salées | 0,4 g | 0,8 g | 16 % |
| Grillées à sec, salées | 0,5 g | 1,1 g | 22 % |
| Enrobées d’un biscuit | 0,8 g | 1,7 g | 34 % |
La baisse de 5 mmHg de la pression artérielle observée à Maastricht a donc été obtenue sans le sel que contient un paquet d’apéritif ordinaire, qui en apporte jusqu’à un tiers du maximum quotidien à cette dose.
Quelle portion de cacahuètes après 60 ans, sans excès de sel ni de calories
Le repère officiel ne parle pas de cacahuètes. Le Programme national nutrition santé recommande « une petite poignée par jour » de fruits à coque non salés, ni sucrés ni au chocolat, et cite les noix, noisettes, amandes et pistaches [9]. L’arachide est botaniquement une légumineuse, comme le pois, mais nature, elle en partage l’essentiel du profil : 52 g de lipides, surtout insaturés, 23 g de protéines et près de 9 g de fibres pour 100 g [6].
La petite poignée, souvent estimée à 30 g, représente la moitié de la dose testée, soit 176 kcal. Tout dépend de ce qu’elle remplace. Prise à la place de 30 g de biscuits apéritifs soufflés, elle ajoute 29 kcal mais retire environ 0,7 g de sel, selon nos calculs à partir de la table Ciqual [6][7]. Ajoutée au reste sans rien retirer, la dose de l’essai finit, elle, par compter sur la balance, comme l’a montré le groupe de Loma Linda [5].

Les personnes allergiques à l’arachide, exclues de l’essai, n’ont évidemment pas à tenter l’expérience [3]. Pour les autres, la version qui se rapproche de l’essai est simple à repérer en rayon : des cacahuètes grillées, si possible avec leur peau rouge, et la mention « sans sel ajouté », plutôt que le mélange salé ou enrobé.

Le beurre de cacahuète n’est pas un équivalent automatique : la table Ciqual lui attribue 0,97 g de sel pour 100 g, contre 0,018 g pour la cacahuète grillée sans sel [6]. Celui de l’essai de Loma Linda était fabriqué avec les mêmes cacahuètes, sans aucun autre ingrédient [5].
Sources et références
[1] Kerkhof L, Mensink RP, Plat J, Nijssen KMR, Joris PJ — Longer-term skin-roasted peanut consumption improves brain vascular function and memory: A randomized, single-blind, controlled crossover trial in healthy older adults, Clinical Nutrition, vol. 55, décembre 2025, p. 170-179
https://doi.org/10.1016/j.clnu.2025.10.020
[2] Kerkhof L, Mensink RP, Plat J, Nijssen KMR, Joris PJ — Daily consumption of unsalted, skin-roasted peanuts beneficially affects regional brain insulin responsiveness in older adults: results of a longer-term randomized controlled trial, Food & Function, vol. 17, n° 20, octobre 2026, p. 9354-9364
https://doi.org/10.1039/d6fo03208g
[3] ClinicalTrials.gov — Longer-term Effects of Peanut Consumption on Brain Function in Older Men and Women, NCT05724654, Maastricht University Medical Center
https://clinicaltrials.gov/study/NCT05724654
[4] Nijssen KMR, Mensink RP, Plat J, Joris PJ — Longer-term mixed nut consumption improves brain vascular function and memory: A randomized, controlled crossover trial in older adults, Clinical Nutrition, juillet 2023
https://doi.org/10.1016/j.clnu.2023.05.025
[5] Chiriac G, Barnes SR, Venezia JH, Lee GJ, Sabate J, Rajaram S — Effects of peanut consumption on task-related brain activation, cognition and neuroinflammation in older adults with memory complaints: a randomized controlled trial, Frontiers in Nutrition, vol. 13, 21 août 2026
https://doi.org/10.3389/fnut.2026.1817518
[6] Anses — Table de composition nutritionnelle des aliments Ciqual 2020 (cacahuètes grillées sans sel ajouté, salées, grillées à sec salées, enrobées d'un biscuit ; biscuit apéritif soufflé ; beurre de cacahuète)
https://ciqual.anses.fr/
[7] USDA FoodData Central — Peanuts, all types, dry-roasted, without salt (FDC 173806)
https://fdc.nal.usda.gov/fdc-app.html#/food-details/173806/nutrients
[8] Organisation mondiale de la santé — Réduction de la consommation de sel, aide-mémoire
https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/salt-reduction
[9] Manger Bouger (Santé publique France) — Augmenter les fruits à coque non salés : noix, noisettes, amandes, etc.
https://www.mangerbouger.fr/l-essentiel/les-recommandations-sur-l-alimentation-l-activite-physique-et-la-sedentarite/augmenter/augmenter-les-fruits-a-coque-non-sales-noix-noisettes-amandes-etc







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