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Pourquoi le vaccin qui avait aidé à éteindre Ebola au Congo en 2020 reste à l’essai face à l’épidémie qui y a déjà tué plus de 5 000 personnes ?

L'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo a dépassé les 5 000 morts, 5 372 au 30 octobre selon l'institut de santé publique congolais : c'est la deuxième plus meurtrière de l'histoire. Contre le virus Bundibugyo en cause, aucun vaccin n'est homologué, ce qui change toute la riposte. En France, le risque d'importation reste jugé très faible.

Relu par Antoine BOUQUET
Soignant en combinaison blanche, lunettes et masque, tenant un flacon et une seringue entre ses gants jaunes devant les tentes d'un centre de traitement d'Ebola, dans une lumière de fin d'après-midi.
À l'entrée d'un centre de traitement d'Ebola, un soignant en combinaison de protection tient un flacon et une seringue entre ses gants jaunes. Image d'illustration. Le vaccin Ervebo, homologué contre le virus Ebola Zaïre, n'est donné contre le virus Bundibugyo que dans un cadre de recherche : en Ituri, environ une personne a été vaccinée pour trois malades.
Sommaire

Le seuil a été franchi dans le rapport du 29 octobre, avec 5 026 décès confirmés. Le lendemain, le bilan a encore bondi : en harmonisant ses données, la province de l’Ituri, épicentre de l’épidémie dans le nord-est du pays, a réintégré 314 décès qui n’apparaissaient pas jusque-là dans le décompte, ce qui porte la létalité à 51,6 % des malades confirmés. [1][2] Un malade sur deux meurt, donc, et la question qui revient chez ceux qui se souviennent de 2018 est simple : il existe un vaccin contre Ebola, pourquoi ne l’utilise-t-on pas pour arrêter l’épidémie ? La réponse tient dans le nom du virus en cause, et dans ce qui se passe avant même qu’un malade arrive dans un centre de soins.

Ebola en RDC : la deuxième épidémie la plus meurtrière, loin derrière 2014-2016

Une seule épidémie d’Ebola a tué davantage. En Afrique de l’Ouest, entre 2014 et 2016, plus de 28 600 personnes avaient été infectées et 11 325 étaient mortes, en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia surtout, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). [4] L’épidémie congolaise atteint aujourd’hui 47 % de ce bilan et environ 36 % du nombre de cas, d’après notre calcul. [1][4] La comparaison des cas reste approximative : le bilan congolais ne compte que les cas confirmés au laboratoire, quand celui de 2014-2016 additionnait cas suspects, probables et confirmés.

Ce qui frappe davantage, c’est la vitesse. Déclarée le 15 mai 2026, l’épidémie a dépassé 5 000 morts en 167 jours, soit environ cinq mois et demi. En 2014, l’OMS avait été alertée le 23 mars, et le décompte était encore sous les 5 000 morts au point du 4 novembre, avant d’atteindre 5 160 décès au 9 novembre. [2][5][6] Il avait donc fallu environ sept mois et demi, selon notre calcul. Quant à l’épidémie du Nord-Kivu et de l’Ituri, de 2018 à 2020, longtemps la deuxième de l’histoire, elle avait fait 3 470 cas et 2 287 morts en 22 mois. [7] La RDC en compte déjà trois fois plus, avec 10 414 cas confirmés dans huit provinces. [1]

En ce moment

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Infographie aux couleurs de Centre CLÉA. Morts des trois plus grandes épidémies d'Ebola : Afrique de l'Ouest 2014-2016, 11 325 ; RD Congo depuis mai 2026, 5 372 ; Nord-Kivu et Ituri 2018-2020, 2 287. Seuil des 5 000 morts franchi en 5 mois et demi, contre environ 7 mois et demi en 2014. Vaccin : 88 personnes vaccinées par malade en 2018-2020, une pour trois malades en Ituri en 2026. 62 % des décès notifiés du 28 au 30 octobre hors des centres de traitement, contre 33 % en 2018-2020 ; contacts suivis à 85,8 % pour un objectif de 95 %. En France, risque très faible.
Le bilan de l’épidémie congolaise comparé aux deux précédentes plus grandes épidémies d’Ebola, l’écart de vaccination avec 2018-2020 et la part des malades qui meurent hors des centres de traitement. Infographie : Centre CLÉA, d’après l’INSP (RDC), l’OMS, l’ECDC et le CEPI ; ratios et pourcentages calculés par la rédaction.

Pourquoi le vaccin Ervebo ne suffit pas contre le virus Bundibugyo

« Ebola » désigne en réalité une famille de virus. Trois d’entre eux causent de grandes épidémies : le virus Ebola dit « Zaïre », le virus Soudan et le virus Bundibugyo, celui qui circule aujourd’hui en RDC. Or les vaccins et les traitements homologués ne visent que le premier ; il n’en existe aucun contre la maladie à virus Bundibugyo, rappelle l’OMS. [8]

C’est toute la différence avec 2018-2020. À l’époque, le virus en cause était le Zaïre, et le vaccin Ervebo (rVSV-ZEBOV) avait été administré en « anneau » autour de chaque malade : ses contacts, puis les contacts de ses contacts. Au total, 303 905 personnes avaient été vaccinées, soit 99 % de celles qui y avaient droit. [7] Rapporté aux 3 470 malades, cela représente environ 88 personnes vaccinées par malade, selon notre calcul.

Cette fois, l’OMS et son groupe d’experts sur la vaccination proposent d’utiliser Ervebo surtout dans le cadre d’un protocole de recherche, pour vérifier s’il protège aussi contre le virus Bundibugyo par une éventuelle protection croisée. [10] Les chiffres de vaccination restent donc modestes :

  • En Ituri, 2 215 personnes ont reçu Ervebo avec l’appui de Médecins sans frontières, tout en participant à la recherche sur son efficacité ; rapporté aux 7 380 malades confirmés de la province, cela fait environ une personne vaccinée pour trois malades, d’après notre calcul. [1]
  • À Beni, au Nord-Kivu, 800 personnes ont été vaccinées après l’arrivée de 2 000 doses, sur 7 105 attendues, soit 11,3 %. [1]
  • Au Bas-Uélé, la vaccination dite compassionnelle s’est achevée avec 1 943 personnes vaccinées sur 13 202 ciblées, soit 14,7 %. [1]

La piste qui pourrait changer la donne s’appelle Tumaini (« espoir », en swahili). Cet essai de phase 2/3 a vacciné son premier participant le 23 octobre à Bunia. Il teste plusieurs candidats en parallèle, toujours en vaccinant les contacts des malades : Ervebo d’abord, puis deux vaccins conçus contre le virus Bundibugyo, développés par Moderna et par l’université d’Oxford avec le Serum Institute of India, qui doivent y entrer prochainement. [11] Ses résultats ne sont pas encore connus. Et même en 2018-2020, avec un vaccin efficace, il avait fallu 22 mois pour éteindre une épidémie trois fois plus petite, dans une région déjà en guerre. [7]

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Dessin d’une soignante masquée associant un geste de protection à un tube de prélèvement, pour évoquer soins rapides et analyses en parallèle.

Des malades qui meurent avant d’avoir été soignés

Sans vaccin, la riposte repose sur des gestes plus anciens : repérer vite les malades, les isoler, suivre chacune des personnes qu’ils ont côtoyées pendant 21 jours, enterrer les morts sans danger. Les rapports de l’Institut national de santé publique congolais (INSP) montrent où ce dispositif cède. Du 28 au 30 octobre, 61 des 98 décès notifiés, soit 62 %, sont survenus dans la communauté, hors des centres de traitement, d’après notre calcul. [1][2][3] Pendant l’épidémie de 2018-2020, cette part avait été de 33 % sur toute la durée. [7] La comparaison porte sur trois jours d’un côté, sur 22 mois de l’autre, mais l’écart dit la même chose que l’OMS : beaucoup de malades sont repérés trop tard. « Ce sont des personnes que nous n’avons jamais eu l’occasion d’essayer de sauver », a résumé le Dr Patrick Otim, responsable de programme à l’OMS, auprès de l’Associated Press. [12]

Dans un village aux maisons de terre et aux toits de tôle, une agente de santé masquée et gantée, en gilet bleu clair, pointe un thermomètre sans contact vers le front d'un homme debout devant sa porte, un carnet ouvert à la main ; derrière lui, une femme et deux enfants regardent depuis le seuil.
Dans un village du nord-est de la RDC, une agente de santé prend la température d’un habitant devant sa maison, sous le regard de sa famille. Image d’illustration. En Ituri, le suivi des contacts atteint 90,8 % ; il descend à 73,2 % dans la Tshopo, où la grève du personnel de santé et les agressions contre les équipes le perturbent.

Le suivi des contacts, justement, plafonne. Le 30 octobre, 32 306 des 37 674 personnes à surveiller ont été vues, soit 85,8 %, pour un objectif de 95 %. Le taux tombe à 81,7 % au Nord-Kivu et à 73,2 % dans la Tshopo, où la grève du personnel de santé et les agressions contre les équipes perturbent toujours les visites. [1] Le même rapport signale un bâtiment de centre de traitement incendié à Bafwasende et des infirmiers menacés au Haut-Uélé. [1] Au Nord-Kivu, les centres sont occupés à 88 %, et 145 patients sont pris en charge en dehors d’eux. [1] Dans l’Ituri, le personnel d’un centre de traitement de Tchomia a cessé le travail le 30 octobre pour réclamer quatre mois de salaires impayés, rapporte l’Associated Press. [12]

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Ebola en France : un risque d’importation jugé très faible

Pour les personnes qui vivent en France, l’ampleur de l’épidémie ne change pas l’évaluation. Les modélisations de l’Inserm et de Santé publique France jugent très faible le risque d’importation dans l’Hexagone et à Mayotte, où la surveillance a été renforcée dès le mois de mai en raison de sa situation géographique. [13] Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) estime lui aussi très faible la probabilité d’infection pour les habitants de l’Union européenne, compte tenu du très faible risque d’importation et de transmission secondaire. [9] Le virus ne se transmet que par contact direct avec les liquides du corps d’une personne qui a déjà des symptômes, ou lors des rites funéraires. [13]

Depuis mai, quatre malades liés à l’épidémie ont été soignés dans l’Union européenne, en Allemagne, aux Pays-Bas et en France, et tous travaillaient dans le soin ou l’humanitaire en RDC. [9] Le virus a aussi touché le Kenya, avec neuf cas dont deux décès, et le Nigeria, d’où une patiente a été évacuée vers la Suisse. [9]

Gros plan d'un moustique piquant un avant-bras sur la terrasse en bois d'une maison d'hôtes, avec en arrière-plan flou des rizières inondées et des palmiers au crépuscule.

Pour les voyageurs qui rentrent d’une zone touchée, la consigne officielle est de prendre sa température chaque jour pendant 21 jours, la durée maximale d’incubation. En cas de fièvre à 38 °C ou plus, ou d’autres symptômes, il faut appeler le 15 en signalant son séjour et attendre ses consignes, sans aller chez le médecin ni directement aux urgences. [13][14]

Sources et références

[1] Institut national de santé publique (RDC) — Rapport de situation de la 17e épidémie de maladie à virus Ebola, SitRep n°169, 30 octobre 2026 (publié le 31 octobre)
https://insp.cd/wp-content/uploads/2026/10/final_draft_SitRep_MVE_RDC_N_169_30-10-2026.pdf

[2] Institut national de santé publique (RDC) — SitRep n°168, 29 octobre 2026
https://insp.cd/wp-content/uploads/2026/10/final_draft_SitRep_MVEBDB_168_29_10_2026.pdf

[3] Institut national de santé publique (RDC) — SitRep n°167, 28 octobre 2026
https://insp.cd/wp-content/uploads/2026/10/SitRep_MVEBDB_167_28_10_2026_VF.pdf

[4] Organisation mondiale de la santé — Ebola outbreak 2014-2016, West Africa
https://www.who.int/emergencies/situations/ebola-outbreak-2014-2016-west-africa

[5] Organisation mondiale de la santé — Ebola response roadmap situation report, 12 novembre 2014 (via ReliefWeb)
https://reliefweb.int/report/liberia/ebola-response-roadmap-situation-report-update-12-november-2014

[6] ECDC — Epidemiological update: outbreak of Ebola virus disease in West Africa, 13 novembre 2014
https://www.ecdc.europa.eu/en/news-events/epidemiological-update-outbreak-ebola-virus-disease-west-africa-13-november-2014

[7] Organisation mondiale de la santé — Ebola virus disease, Democratic Republic of the Congo, Disease Outbreak News, 26 juin 2020
https://www.who.int/emergencies/disease-outbreak-news/item/2020-DON284

[8] Organisation mondiale de la santé — Maladie à virus Ebola, aide-mémoire
https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/ebola-disease

[9] ECDC — Ebola disease: Multi-country outbreak 2026, mise à jour du 30 octobre 2026
https://www.ecdc.europa.eu/en/ebola-disease-multi-country-outbreak-2026

[10] ECDC — Ebola disease outbreak caused by Bundibugyo virus, Multi-country, 2026, point du 27 octobre 2026
https://www.ecdc.europa.eu/en/public-health-events/2026-eip-00026/2026-10-27

[11] CEPI — First participant vaccinated in pivotal Phase 2/3 Bundibugyo vaccine trial in DRC, 23 octobre 2026
https://cepi.net/first-participant-vaccinated-pivotal-phase-23-bundibugyo-vaccine-trial-drc

[12] The Associated Press (repris par L'actualité) — Le nombre de décès attribuable à l'Ebola au Congo dépasse les 5000, 31 octobre 2026
https://lactualite.com/actualites/le-nombre-de-deces-attribubale-a-lebola-au-congo-depasse-les-5000/

[13] Gouvernement — Ebola : point de situation et mesures mises en œuvre
https://www.info.gouv.fr/communique/ebola-point-de-situation-et-mesures-mises-en-oeuvre

[14] France Diplomatie — Virus Ebola, fiche pratique pour les voyageurs
https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/fiches-pratiques/risques/virus-ebola

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