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Inès, 24 ans, morte d’une encéphalite japonaise après un voyage en Asie : un virus de moustique rare, mais qui doit vraiment se faire vacciner ?

Inès, 24 ans, est morte d'une encéphalite japonaise après un voyage au Cambodge et en Thaïlande. Ce virus de moustique ne devient grave qu'une fois sur 250, mais tue jusqu'à 30 % des malades : qui doit se faire vacciner avant de partir en Asie ?

Relu par Antoine BOUQUET
Gros plan d'un moustique piquant un avant-bras sur la terrasse en bois d'une maison d'hôtes, avec en arrière-plan flou des rizières inondées et des palmiers au crépuscule.
Un moustique pose sur un avant-bras au coucher du soleil, devant des rizières d'Asie du Sud-Est : c'est à ces heures et dans ces paysages que les moustiques Culex transmettent l'encéphalite japonaise.

Elle avait 24 ans et un itinéraire qui devait passer par le Cambodge et la Thaïlande. Inès est morte le 1er août 2026 au CHU de Nice, après avoir contracté en Asie une encéphalite japonaise, une infection virale du cerveau transmise par des moustiques. Ses parents ont raconté son histoire sur son compte Instagram, une publication relayée le 21 octobre par Le Dauphiné libéré : « Soignée à Bangkok – avec les meilleurs soins – pendant des semaines, Inès s’est battue, mais la maladie a été plus forte et l’a emportée. » Rapatriée en France en état de mort cérébrale, elle est décédée peu après. [1]

Leur message ne cherche pas à faire peur. « Son histoire doit servir. Avant de partir en Asie ou ailleurs, informez-vous », écrivent-ils, en regrettant que l’indication du vaccin « dépend de la connaissance des médecins, de la destination, de la durée du séjour et des activités prévues ». [1] Cette phrase dit l’essentiel du problème : l’encéphalite japonaise est rare chez les voyageurs, mais dévastatrice quand elle se déclare. La vraie question n’est donc pas « faut-il avoir peur de l’Asie ? », mais « qui est réellement exposé, et que faire avant de partir ? ».

Un virus de moustique qui reste le plus souvent silencieux

Le virus de l’encéphalite japonaise appartient à la famille des flavivirus, comme ceux de la dengue, de la fièvre jaune ou du West Nile. Certaines reprises de l’histoire d’Inès ont écrit que la maladie pouvait être « associée » à la dengue ou à la fièvre jaune : l’OMS parle en réalité de virus apparentés, c’est-à-dire cousins, et non d’infections qui surviendraient ensemble. [2] Il se transmet par des moustiques du genre Culex, qui se reproduisent dans les eaux stagnantes, en particulier les rizières. Le virus circule entre ces moustiques, les porcs et des oiseaux d’eau comme les hérons. L’humain n’est qu’un hôte accidentel : il ne transmet pas la maladie à son entourage. [2][4]

En ce moment

La grande majorité des infections passent inaperçues ou se limitent à de la fièvre et des maux de tête. Selon l’OMS, environ 1 infection sur 250 évolue vers une forme grave : forte fièvre brutale, raideur de la nuque, désorientation, convulsions, parfois coma. Chez ces malades, la létalité peut atteindre 30 %, et 20 à 30 % des survivants gardent des séquelles neurologiques ou cognitives définitives. [2] L’incubation dure de 4 à 14 jours selon l’OMS, de 5 à 15 jours selon l’Institut Pasteur de Lille. [2][3] Surtout, il n’existe aucun traitement antiviral : à l’hôpital, les soins visent à soutenir le patient et à traiter les complications, sans pouvoir s’attaquer au virus lui-même. [2][3]

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Infographie : sur 250 infections par le virus de l'encéphalite japonaise, 249 passent inaperçues ou restent bénignes et 1 devient grave, avec jusqu'à 30 % de décès chez les malades ; calendrier du Cambodge et de la Thaïlande avec un pic de transmission de mai à octobre ; risque de 1 sur 20 000 à 1 sur 5 000 par semaine pour un voyageur non vacciné ; vaccin Ixiaro en 2 doses, non remboursé.
Sur 250 infections, une seule devient grave, mais jusqu’à 30 % de ces malades en meurent : au Cambodge et en Thaïlande, le virus circule toute l’année, avec un pic de mai à octobre. Infographie : Centre CLÉA, d’après l’OMS, Vaccination Info Service et MesVaccins.

Ce caractère silencieux explique une confusion fréquente dans les chiffres. L’OMS estime à environ 100 000 le nombre de cas cliniques par an dans le monde, avec quelque 25 000 décès : il s’agit de malades qui ont des symptômes, pas de l’ensemble des personnes infectées, bien plus nombreuses. [2] Les estimations varient d’ailleurs selon les sources, Vaccination Info Service retenant 68 000 cas symptomatiques par an. [5] Dans les pays où le virus circule, la maladie touche surtout les enfants de moins de 15 ans, car la plupart des adultes y ont été immunisés par une infection dans l’enfance. [2] Un voyageur européen, lui, arrive généralement sans aucune protection naturelle.

Cambodge, Thaïlande : un risque toute l’année, plus fort de mai à octobre

La transmission est installée dans 24 pays d’Asie du Sud-Est et du Pacifique occidental, où vivent plus de 3 milliards de personnes. [2] Le Cambodge et la Thaïlande en font partie. Au Cambodge, des cas sont signalés dans la plupart des provinces, avec une saison de pointe de mai à octobre. En Thaïlande, le pic court aussi de mai à octobre, surtout dans le nord, et plusieurs cas de voyageurs ont été rapportés ces dernières années dans des stations balnéaires et des zones côtières du sud, selon les données des CDC américains reprises par MesVaccins. [6]

Les parents d’Inès disent qu’elle a été contaminée « en Asie », sans préciser où. Certaines reprises situent la contamination en Thaïlande, alors que son itinéraire passait aussi par le Cambodge : le lieu exact n’est pas connu. [1] Une chose est sûre en revanche : soignée plusieurs semaines avant sa mort le 1er août, elle a voyagé pendant la période de plus forte circulation du virus dans ces deux pays. [1][6]

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Pour un voyageur non vacciné, le risque reste faible. Vaccination Info Service l’estime entre 1 sur 20 000 et 1 sur 5 000 par semaine de séjour en zone d’endémie, selon les circonstances : saison des pluies, irrigation des rizières, nuits passées dehors. [4] Pour un séjour d’un mois dans les conditions les plus exposées, cela représente de l’ordre de 1 risque sur 1 250. Trente-quatre cas ont été rapportés chez des Occidentaux entre 1978 et 2007. [4] C’est peu, et c’est justement pour cela que la maladie reste méconnue et que la question du vaccin se règle au cas par cas.

Illustration d’un habitant à sa fenêtre donnant sur un jardin, avec un moustique tigre au premier plan.

Le vaccin n’est pas recommandé à tous, mais à des profils précis

En France, la vaccination contre l’encéphalite japonaise n’est pas recommandée systématiquement pour tout voyage en Asie. Elle l’est, dès l’âge de 2 mois, dans trois situations : [4]

  • un séjour en milieu rural dans une région où le virus circule, quelle qu’en soit la durée, avec une exposition importante : rizières irriguées, proximité d’élevages de porcs, période d’épidémie, mais aussi nuits à la belle étoile sans moustiquaire, camping, travail en extérieur, vélo ou randonnée ;
  • une expatriation dans un pays de la zone de circulation du virus ;
  • toute autre situation jugée à risque par le médecin.

Dans ses recommandations 2026, le Haut Conseil de la santé publique précise que les séjours en ville et dans les zones touristiques exposent à un risque très faible. [7] Ce n’est donc pas la destination seule qui compte, mais ce que l’on y fait : un circuit de randonnée entre villages et rizières n’a pas le même profil qu’une semaine à Bangkok. Cette évaluation demande un vrai échange avec un médecin, et c’est elle qui manque souvent quand un voyage se prépare au dernier moment.

Illustration à la gouache : un porc dans un enclos et un héron dans une rizière inondée reliés par des flèches en pointillés à un moustique agrandi, et à droite une voyageuse qui applique un répulsif sur son bras devant un lit protégé par une moustiquaire.
Le virus circule entre moustiques, porcs et oiseaux d’eau dans les campagnes rizicoles : l’humain n’est qu’un hôte accidentel, qui se protège par le vaccin quand il est indiqué et par les gestes anti-moustiques.

Le seul vaccin disponible en France est l’Ixiaro, un vaccin inactivé. Chez l’adulte, le schéma comprend deux doses à quatre semaines d’intervalle, à J0 et J28. En cas de départ imminent, les 18-65 ans peuvent recevoir un schéma accéléré de deux injections à une semaine d’intervalle, à J0 et J7. Un rappel est prévu au moins 12 mois plus tard en cas d’exposition continue. [4] Le vaccin n’est pas remboursé par l’Assurance maladie, même si certaines mutuelles prennent en charge les vaccins du voyage. [4] Il n’est pas obligatoire en France : c’est une vaccination recommandée selon le séjour, à aborder lors d’une consultation de conseil aux voyageurs, en s’y prenant assez tôt pour que le schéma standard ait le temps d’être complet.

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Moustiques du soir : les gestes qui protègent, vaccin ou pas

Le moustique qui transmet le virus pique surtout au crépuscule et à l’aube, reste actif toute la nuit et se trouve plutôt à l’extérieur qu’à l’intérieur des habitations. [4] Les mesures de protection concernent donc tous les voyageurs, vaccinés ou non : vêtements couvrants, si possible imprégnés d’insecticide, répulsif cutané, moustiquaire pour dormir, climatisation quand elle est disponible. [3][4] Ce sont exactement les conseils que répètent les parents d’Inès : « Ne partez pas sans avoir parlé des risques sanitaires avec un professionnel de santé spécialisé dans les voyages, et protégez-vous des moustiques. » [1]

Avant-bras près d’une porte équipée d’une moustiquaire, dans la lumière du soir.

Au retour, une forte fièvre accompagnée de maux de tête intenses, d’une confusion ou d’une raideur de la nuque dans les deux semaines qui suivent un séjour en zone d’endémie doit faire consulter en urgence, en signalant le voyage au médecin. L’OMS rappelle que l’encéphalite est une urgence médicale, et que seul un test en laboratoire permet de confirmer l’infection par ce virus et d’écarter les autres causes. [2]

Sources et références

[1] Le Dauphiné libéré (La rédaction) — « Son histoire doit servir » : partie en Asie, Inès, 24 ans, est morte après une piqûre de moustique, 21 octobre 2026
https://www.ledauphine.com/societe/2026/10/21/son-histoire-doit-servir-partie-en-asie-ines-24-ans-est-morte-apres-une-piqure-de-moustique

[2] Organisation mondiale de la santé — Encéphalite japonaise, aide-mémoire
https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/japanese-encephalitis

[3] Institut Pasteur de Lille — Encéphalite japonaise, fiche maladie
https://pasteur-lille.fr/fiches-maladies/encephalite-japonaise/

[4] Vaccination Info Service, espace professionnels (Santé publique France) — Encéphalite japonaise, mis à jour le 5 août 2026
https://professionnels.vaccination-info-service.fr/Maladies-et-leurs-vaccins/Encephalite-japonaise

[5] Vaccination Info Service (Santé publique France) — Encéphalite japonaise, mis à jour le 5 août 2026
https://www.vaccination-info-service.fr/Les-maladies-et-leurs-vaccins/Encephalite-japonaise

[6] MesVaccins — Encéphalite japonaise (données épidémiologiques par pays d'après les CDC)
https://www.mesvaccins.net/web/diseases/28-encephalite-japonaise

[7] MesVaccins — Les recommandations sanitaires aux voyageurs en 2026 : Partie I (vaccinations)
https://www.mesvaccins.net/web/news/24270-les-recommandations-sanitaires-aux-voyageurs-en-2026-partie-i-vaccinations

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