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Statines après 75 ans : pourquoi votre histoire cardiovasculaire compte plus que votre âge pour discuter d’un arrêt

SAGA a comparé l’arrêt et la poursuite d’une statine chez des adultes de 75 ans et plus déjà traités, sans maladie cardiovasculaire athéroscléreuse antérieure. L’arrêt a satisfait le critère de non-infériorité sur la mortalité à trois ans. L’essai éclaire une discussion en prévention primaire, pas l’arrêt après un accident cardiovasculaire.

Relu par Antoine BOUQUET
Une patiente âgée et une professionnelle de santé examinent une ordonnance en consultation.

Une statine prescrite depuis des années doit-elle disparaître de l’ordonnance à 75 ans ? L’essai français SAGA/SITE apporte des données pour rouvrir cette discussion chez certaines personnes déjà traitées. Mais le motif de la prescription compte davantage qu’un anniversaire : éviter un premier accident cardiovasculaire et empêcher une récidive ne sont pas la même situation. Les résultats publiés en 2026 concernent la première, pas la seconde. [1]

La première question : pourquoi la statine a-t-elle été prescrite ?

Les statines abaissent le LDL-cholestérol, souvent appelé « mauvais cholestérol ». Son excès contribue à la formation de plaques dans les artères, un processus appelé athérosclérose. Ces plaques peuvent compromettre la circulation sanguine et favoriser notamment un infarctus ou certains AVC. Le traitement vise donc un risque cardiovasculaire, pas seulement un chiffre sur une prise de sang. [3]

Deux histoires médicales doivent être distinguées :

  • En prévention primaire, on cherche à éviter un premier événement chez une personne sans maladie cardiovasculaire athéroscléreuse connue.
  • En prévention secondaire, une maladie est déjà présente : le traitement cherche notamment à éviter une récidive après un accident cardiovasculaire.

Le bénéfice des statines en prévention secondaire est bien établi, y compris chez les personnes âgées. SAGA n’a pas étudié leur arrêt dans cette situation. Présenter cet essai comme une raison de supprimer une statine après un infarctus ou un AVC ferait donc franchir aux résultats une frontière qu’ils n’ont pas explorée. [3]

Cette distinction ne se limite d’ailleurs pas à se souvenir d’une hospitalisation. L’essai excluait les antécédents de maladie cardiovasculaire athéroscléreuse : « je n’ai jamais fait d’infarctus » ne suffit pas à identifier sa situation si une maladie des artères est déjà connue.

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Comparaison entre prévention d’un premier accident et d’une récidive, avec le périmètre de SAGA et son suivi de trois ans.
L’essai porte sur l’arrêt ou la poursuite d’une statine chez des adultes de 75 ans et plus sans antécédent de maladie cardiovasculaire athéroscléreuse. La mortalité toutes causes est étudiée à trois ans.

SAGA concerne un traitement déjà installé, pas une première prescription

L’essai a été conduit dans 297 cabinets de médecine générale. Il a réparti au hasard 1 180 participants entre poursuite et arrêt de la statine, avec un suivi de 36 mois. Ils avaient au moins 75 ans et prenaient ce médicament depuis au moins un an en prévention primaire. L’analyse principale porte sur 1 160 personnes répondant aux critères requis. Leur âge médian était de 80 ans. [1]

La question posée était donc précise : que se passe-t-il lorsque l’on retire un traitement déjà pris, plutôt que de le maintenir ? Elle diffère de celle du démarrage d’une statine chez une personne qui n’en a jamais reçu. On ne peut pas transformer un essai d’arrêt en réponse générale à toutes les prescriptions de statines après 75 ans.

L’âge fixe ici le périmètre de la recherche. Il ne devient pas pour autant une date de fin de traitement. Les participants n’étaient pas tous au seuil de leur 75e anniversaire, et leur histoire médicale restait un critère essentiel de sélection.

Une femme et un médecin regardent ensemble une feuille de résultats lors d’une consultation.

Le résultat porte d’abord sur les décès à trois ans

Pour les participants dont les données étaient disponibles à 36 mois, la mortalité toutes causes était de 7,9 % dans le groupe poursuivant la statine, contre 7,2 % dans le groupe l’arrêtant. L’analyse principale, qui prend aussi en compte les données manquantes par une méthode statistique, conclut à la non-infériorité de l’arrêt pour ce critère. [1]

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Autrement dit, l’arrêt respecte la limite de différence que les chercheurs avaient fixée avant l’essai. Ce n’est ni une égalité exacte, ni la preuve que l’arrêt est meilleur. Le chiffre légèrement plus bas dans le groupe arrêt ne permet pas d’affirmer que supprimer le médicament prolonge la vie.

Le CHU de Bordeaux rapporte aussi l’absence de différence statistiquement significative sur les événements cardiovasculaires majeurs et la qualité de vie. Ces résultats secondaires ne démontrent pas que les deux stratégies sont équivalentes sur les infarctus ou les AVC. Le suivi à trois ans ne tranche pas non plus ce qui se passe au-delà. [2]

Sans accident antérieur ne veut pas dire sans risque

Dans SAGA, 29,5 % des participants avaient un diabète et 77,2 % une hypertension. La prévention primaire n’est pas réservée aux personnes sans problème de santé. Elle décrit l’absence de maladie cardiovasculaire athéroscléreuse antérieure, pas l’absence de facteurs susceptibles de la favoriser. [1]

C’est pourquoi une même date de naissance ne suffit pas à faire une même ordonnance. La tension, le diabète et l’histoire familiale éclairent le risque. La fragilité, la tolérance du médicament, le nombre de traitements, l’espérance de vie et les priorités de la personne éclairent aussi la place qu’occupe cette prévention dans son quotidien. Les auteurs mettent ces dimensions au cœur d’une décision individualisée. [2]

Dessin d’un dossier médical avec une ordonnance, un tensiomètre, un bilan sanguin et des repères familiaux.
Schéma conceptuel : les antécédents et les facteurs de risque apportent des informations que l’âge seul ne donne pas.

L’apport de SAGA est de rendre la réévaluation mieux informée, pas de remplacer une habitude de prescription par une habitude d’arrêt. Pour une personne déjà traitée, retrouver l’indication initiale dans son dossier est ainsi plus utile que de chercher une règle liée à l’âge. Cette discussion se mène avec le prescripteur, sans interrompre seul le traitement.

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Certaines situations restent en dehors de l’essai

Les chercheurs avaient exclu les personnes atteintes de démence, celles incapables de donner leur consentement et celles ayant une maladie évolutive avec une espérance de vie de trois mois ou moins. Certaines formes particulières d’hypercholestérolémie familiale — homozygote ou double hétérozygote — étaient également exclues. Les résultats de SAGA ne décrivent donc pas ces situations médicales. [1]

Sources et références
  1. [1] [1] SAGA/SITE — résumé scientifique original, The Lancet Healthy Longevity, 2026 https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/42580354/
  2. [2] [2] CHU de Bordeaux — résultats de l’étude SAGA, informations août 2026 https://www.chu-bordeaux.fr/Professionnels-recherche/Recherche-clinique-et-Innovation/Actualit%C3%A9s-recherche-clinique-et-innovation-CHU-de-Bordeaux/R%C3%A9sultats-de-l-%C3%A9tude-SAGA-:-Arr%C3%AAt-des-statines-apr%C3%A8s-75-ans/
  3. [3] [3] Inserm — contexte sur les statines et la prévention primaire et secondaire, magazine n°46 https://www.inserm.fr/actualite/cholesterol-faut-il-arreter-prise-preventive-statines-apres-75-ans/

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