Aller au contenu

Diabète de type 5 : pourquoi la glycémie peut grimper chez une personne très mince qui a connu la sous-nutrition

Reconnu en 2025, le diabète de type 5 est associé à une sous-nutrition prolongée et à une production insuffisante d’insuline. Ce profil explique pourquoi une personne très mince peut avoir trop de glucose dans le sang. Mais la silhouette seule ne permet pas de poser le diagnostic.

Relu par Antoine BOUQUET
Avant-bras posé sur une table de consultation, près d’un lecteur de glycémie et d’un autopiqueur.

Une silhouette très mince et trop de sucre dans le sang. L’association peut surprendre si l’on imagine le diabète uniquement chez une personne en surpoids. Elle devient plus compréhensible lorsqu’on regarde ce qui se passe avec l’insuline, plutôt que le chiffre sur la balance.

Le diabète de type 5, reconnu par la Fédération internationale du diabète en 2025, remet cette situation en lumière. Il désigne un profil associé à une sous-nutrition prolongée, surtout décrit chez des personnes jeunes et maigres dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. La FID a annoncé un groupe de travail chargé de préciser les critères diagnostiques et la prise en charge. [4]

Produire de l’insuline et y répondre, ce sont deux choses différentes

Pour comprendre le paradoxe, il faut séparer deux fonctions. Le pancréas produit l’insuline, une hormone qui aide à réguler le glucose sanguin. Les tissus doivent ensuite répondre à son signal pour utiliser ce glucose. La glycémie peut monter si l’hormone manque, même lorsque les tissus restent capables d’y répondre.

Dans le diabète de type 2, la résistance à l’insuline occupe une place importante. Autrement dit, l’organisme répond moins efficacement à l’hormone. Une baisse de la capacité à en produire peut aussi s’y ajouter. Le type 2 ne concerne d’ailleurs pas seulement les personnes en surpoids.

Dans le profil décrit comme type 5, le problème central est plutôt une production insuffisante d’insuline, dans un contexte de sous-nutrition chronique. Être maigre n’empêche donc pas d’avoir une glycémie élevée. Cela ne signifie pas non plus que tous les diabètes chez une personne mince ont la même origine. [1]

À lire aussi :  Une thalasso à Bénodet peut-elle remplacer une cure thermale ?

Ce que les chercheurs ont observé chez des patients très minces

Une étude publiée en 2022 dans Diabetes Care a comparé plusieurs groupes d’hommes en Inde, dont un groupe de patients diabétiques à faible indice de masse corporelle. Après avoir écarté d’autres formes connues de diabète, les chercheurs ont mesuré leur production d’insuline et la réponse de leur organisme à cette hormone.

Dans ce groupe, les patients sécrétaient moins d’insuline que les participants minces sans diabète et ceux ayant un diabète de type 2. Ils étaient pourtant plus sensibles à l’insuline que le groupe de type 2. Le manque de production ressortait donc davantage que la résistance. [2]

Cette étude portait sur un petit groupe sélectionné et uniquement sur des hommes. Elle décrit un fonctionnement métabolique particulier, mais ne permet pas de retracer à elle seule la cause de la maladie ni d’étendre ses résultats à toutes les personnes maigres.

Deux profils simplifiés de glycémie élevée : production insuffisante d’insuline dans le type 5 et réponse moins efficace dans le type 2. Le poids seul ne pose pas le diagnostic.
Ces profils simplifiés montrent pourquoi la quantité d’insuline et la réponse à cette hormone ne se confondent pas. Des mécanismes peuvent se combiner. Sources : FID et Diabetes Care, 2022. [1] [2]
Femme debout près d’une fenêtre donnant sur la végétation

L’histoire nutritionnelle compte davantage qu’une photo de la silhouette

La sous-nutrition chronique ne se résume pas à un repas sauté. Elle renvoie à des apports insuffisants sur une longue période, parfois dès le début de la vie, dans un contexte d’accès difficile à une alimentation suffisante. C’est cette histoire que les médecins cherchent à connaître, et non simplement les habitudes alimentaires de la semaine.

À lire aussi :  Comment soulager une hernie discale et aider à la guérison

Une altération du développement ou du fonctionnement des cellules du pancréas qui produisent l’insuline fait partie des mécanismes proposés. Des travaux chez l’animal donnent des pistes, mais ils ne démontrent pas que chaque patient humain possède un pancréas sous-développé. L’étude de 2022 n’établit pas non plus, à elle seule, que la sous-nutrition a causé le diabète chez chaque participant.

Ce lien reste discuté. Une revue critique publiée en 2025 souligne notamment que faible IMC et sous-nutrition ne sont pas synonymes. On peut être naturellement mince, et l’amaigrissement peut aussi accompagner un diabète déjà présent. Pour comprendre une trajectoire, il faut donc savoir quand le poids a baissé et dans quelles conditions les difficultés alimentaires sont apparues. [3]

Pourquoi la balance ne peut pas donner le type de diabète

Un faible poids est un indice parmi d’autres, pas une étiquette médicale. Un diabète de type 1 peut lui aussi apparaître chez une personne mince. Dans cette forme, le système immunitaire s’attaque aux cellules qui fabriquent l’insuline. Le type 2, de son côté, n’exige pas une obésité pour être envisagé.

L’évaluation rassemble donc l’histoire nutritionnelle et les analyses. La recherche d’auto-anticorps peut aider à distinguer une origine auto-immune, tandis que d’autres examens renseignent sur la production d’insuline. Les critères du type 5 continuent d’être précisés. Ni une silhouette, ni un résultat isolé ne permettent de se classer soi-même dans cette catégorie.

Une soif inhabituelle, des urines fréquentes, une fatigue marquée ou un amaigrissement inexpliqué méritent d’être signalés à un médecin, même sans surpoids. Ces signes peuvent accompagner une glycémie trop élevée, mais ne distinguent pas à eux seuls les différents types de diabète. [1]

À lire aussi :  Comment soigner un tennis elbow et soulager votre coude

Mieux nourrir et mieux suivre la glycémie vont ensemble

Quand une sous-nutrition est présente, la prise en charge doit tenir compte à la fois des besoins alimentaires et du diabète. Le soutien nutritionnel a sa place, avec un traitement adapté au fonctionnement réel du patient. De l’insuline peut être nécessaire selon la situation. Se reconnaître dans un portrait de personne maigre ne justifie donc pas de modifier un traitement sans son médecin.

Des aliments variés pour composer un repas.

Le type 5 invite finalement à changer de regard : une glycémie élevée ne se comprend pas à partir du poids seul. La question utile est de savoir si l’organisme produit assez d’insuline, comment il y répond et quelle histoire nutritionnelle a précédé la maladie. C’est cet ensemble qui aide à orienter les soins, bien davantage qu’une silhouette.

Sources et références
  1. Fédération internationale du diabète — Type 5 diabetes.
    https://idf.org/about-diabetes/type-5-diabetes
  2. Lontchi-Yimagou et collaborateurs — An Atypical Form of Diabetes Among Individuals With Low BMI. Diabetes Care, 2022. DOI : 10.2337/dc21-1957.
    https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9184261
  3. Malnutrition-related diabetes mellitus: Rushing toward “type 5” amid unresolved questions and limited evidence. Diabetes & metabolic syndrome, 2025. Résumé PubMed. DOI : 10.1016/j.dsx.2025.103250.
    https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/40544552
  4. Fédération internationale du diabète — IDF launches new type 5 diabetes working group. 15 avril 2025.
    https://idf.org/news-and-resources/news/new-type-5-diabetes-working-group

Partager cet article

WhatsAppFacebookXE-mail