Le nom du laboratoire peut changer sur une boîte de furosémide sans qu’un autre traitement ait été prescrit. Cette distinction prend un relief particulier avec les tensions sur les comprimés de 20 mg et 40 mg annoncées le 6 octobre 2026 par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). L’agence les relie à des difficultés de production chez Viatris et Zentiva. Elle indique que d’autres laboratoires compensent depuis plusieurs mois le défaut d’approvisionnement de Viatris et leur demande de mettre davantage de boîtes en circulation. Cette mobilisation ne renseigne pas, à elle seule, sur le stock d’une pharmacie. [1]
Pour comprendre une délivrance différente, le bon point de départ n’est donc pas la couleur de l’emballage. Il faut distinguer le nom commercial, les caractéristiques du médicament et les consignes de l’ordonnance. Une substitution par un générique et la prescription d’un autre diurétique sont deux décisions de nature différente.
Le nom sur la boîte n’est pas toute l’identité du médicament
Le furosémide est une substance active : c’est le composant qui produit l’effet recherché du médicament. Il appartient aux diurétiques, qui aident le corps à éliminer l’excès d’eau et de sel. Plusieurs laboratoires peuvent commercialiser des médicaments contenant cette même substance. Le fabricant inscrit sur l’emballage n’est donc pas, à lui seul, la définition du traitement. [1]
Trois repères permettent de rendre la comparaison précise :
- La substance active : le nom « furosémide » permet de reconnaître le composant du médicament, indépendamment du nom commercial.
- Le dosage : la quantité de substance active contenue dans chaque unité, indiquée notamment en milligrammes. Ce n’est pas le nombre de prises à effectuer dans la journée.
- La forme pharmaceutique : par exemple, un comprimé. Cette notion ne se confond pas avec sa couleur ou son contour.
Ces repères servent à comprendre l’explication du pharmacien, pas à décider soi-même d’un remplacement. Un nom de substance identique ne suffit pas si le dosage ou la forme diffèrent. Les tensions annoncées concernent deux dosages, 20 mg et 40 mg : les citer ensemble ne les rend pas interchangeables.

La substitution s’appuie sur un répertoire, pas sur une ressemblance
L’Assurance Maladie explique que le pharmacien peut substituer un médicament prescrit par un générique en s’appuyant sur le répertoire des médicaments génériques établi par l’ANSM. Cet outil regroupe les médicaments entre lesquels la substitution est encadrée. Le choix porte sur le même groupe générique, avec la même substance active, le même dosage et la même forme pharmaceutique. [2]
Ce cadre est plus solide que deux raccourcis opposés : « la boîte a changé, donc le traitement aussi » ou « les comprimés se ressemblent, donc ils se remplacent ». La ressemblance de l’emballage n’est pas le critère de substitution. À l’inverse, un générique peut avoir une taille, une couleur ou un goût différents de ceux du médicament d’origine, rappelle l’Assurance Maladie. Le pharmacien peut aussi prendre en compte une difficulté à avaler ou une intolérance à un excipient, un composant autre que la substance active. [2]
Une éventuelle mention « non substituable » justifiée sur l’ordonnance fait également partie des éléments à prendre en compte. Le répertoire ne dispense pas de lire la prescription ni de tenir compte de la situation de la personne.

Au comptoir, faire préciser ce que remplace la nouvelle boîte
La difficulté la plus concrète peut être de reconnaître un médicament déjà pris, surtout quand plusieurs boîtes sont utilisées chaque jour. L’Assurance Maladie relève ce risque de confusion lié aux changements de couleur de boîte ou d’apparence du comprimé, notamment chez les personnes âgées prenant plusieurs médicaments. L’accompagnement de la substitution a donc une fonction pratique : relier la nouvelle présentation au médicament connu. [2]
Une question simple permet de commencer l’échange : « Cette boîte remplace-t-elle celle que je prenais, ou correspond-elle à un médicament ajouté à mon ordonnance ? » La réponse doit permettre d’identifier la ligne de prescription concernée, puis de faire préciser la substance active, le dosage et la forme. Si les noms sont difficiles à rapprocher, demander au pharmacien d’expliciter cette correspondance sur le conditionnement peut aider à retrouver le bon repère.

Il reste ensuite une distinction importante : un changement de nom commercial n’autorise pas à modifier les prises. Le dosage inscrit sur la boîte et les modalités de prise prescrites ne sont pas la même information. Si un écart apparaît entre l’emballage, l’ordonnance et l’explication reçue, c’est cet écart précis qu’il faut faire clarifier, plutôt que déduire une nouvelle consigne de la présentation des comprimés.
Un autre diurétique relève d’une décision du médecin
Dans son annonce du 6 octobre, l’ANSM invite les médecins à réévaluer la pertinence de poursuivre le furosémide lors du renouvellement et à privilégier un autre diurétique si cela est adapté à la situation du patient. Il ne s’agit plus de choisir un autre fabricant dans le même groupe générique, mais de réexaminer le traitement avec le prescripteur. [1]
Le mot « diurétique » désigne une famille de médicaments, pas une substance unique. Passer à un autre diurétique ne se déduit donc ni d’une boîte indisponible ni d’une apparence comparable. Une telle prescription doit préciser le médicament retenu et ses modalités de prise ; elle ne consiste pas à conserver automatiquement les consignes du furosémide sous un autre nom.
Sources et références
[1] https://ansm.sante.fr/actualites/point-de-situation-sur-les-tensions-en-furosemide-20-mg-et-40-mg-comprimes
[2] https://www.ameli.fr/assure/sante/medicaments/comprendre-les-differents-medicaments/medicaments-generiques/questionsreponses-sur-les-medicaments-generiques/quel-est-le-role-du-pharmacien





