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Steak haché et E. coli : pourquoi l’Anses demande 70 °C à cœur pour un enfant, quand quelques centaines de bactéries peuvent déclencher un SHU

Le hachage fait passer la bactérie E. coli de la surface au cœur de la viande, et un steak haché saignant ne la détruit pas. Pour un jeune enfant, l’Anses demande une cuisson à cœur, à 70 °C : quelques centaines de bactéries peuvent suffire à provoquer un syndrome hémolytique et urémique (SHU). Seize mois après l’épidémie de Saint-Quentin, les repères et les signes qui doivent faire appeler le 15.

Relu par Antoine BOUQUET
Steaks hachés bien dorés dans une poêle, un thermomètre de cuisson planté au centre de l’un d’eux, une petite fille attendant à table en arrière-plan
Dans une cuisine familiale, un steak haché cuit à la poêle, une sonde plantée en son centre, pendant qu’une enfant attend son repas : pour les jeunes enfants, l’Anses recommande une viande hachée cuite à cœur, à 70 °C.

Un steak haché de bœuf servi saignant à un enfant n’offre pas la même sécurité qu’une pièce de bœuf entière cuite de la même façon. La bactérie E. coli, quand elle contamine la viande, se trouve d’abord à sa surface ; le hachage la fait passer au cœur, là où une cuisson rapide ne chauffe pas assez. C’est pour cette raison que l’Anses, l’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, demande pour les jeunes enfants une viande hachée cuite à cœur, à 70 °C [7][9].

Le rappel prend un relief particulier dans l’Aisne. En juin 2025, une épidémie à E. coli liée à des boucheries de Saint-Quentin a rendu malades 32 personnes, dont 31 enfants : dix ont fait un syndrome hémolytique et urémique (SHU), une atteinte grave des reins, et une fillette de 11 ans en est morte [4][5]. L’enquête judiciaire avance : un septième boucher a été mis en examen la semaine dernière, notamment pour homicide involontaire, et le rayon boucherie de TMS Market, fermé depuis juin 2025, a rouvert le 23 octobre ; son gérant conteste toute responsabilité [1][2][6]. La justice dira d’où venait la viande en cause. Les repères de cuisson, eux, valent pour toutes les familles.

Pourquoi le steak haché n’est pas une viande comme les autres face à E. coli

Les bovins portent ces bactéries dans leur tube digestif sans être malades. Lors de l’abattage, elles peuvent passer à la surface des carcasses [7]. Sur une pièce entière, elles restent à l’extérieur, la partie la plus chauffée à la cuisson. Le hachage change la donne : selon l’Anses, il « fait pénétrer dans la masse la contamination des parties externes », si bien que la cuisson « saignante » de la viande hachée n’assure pas une protection sanitaire suffisante [9]. En France, la viande hachée de bœuf insuffisamment cuite figure, avec certains fromages au lait cru, parmi les aliments le plus souvent en cause dans ces épidémies [7].

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Le danger tient aussi à la dose. Il faut très peu de bactéries pour rendre un jeune enfant gravement malade. Lors de l’épidémie française de 2005, liée à des steaks hachés surgelés, ceux-ci contenaient en moyenne six bactéries E. coli O157:H7 par gramme. L’Anses estime que la dose qui a provoqué un SHU chez la moitié des enfants de moins de 5 ans exposés était d’environ 600 bactéries, contre 3 000 entre 6 et 10 ans et de l’ordre du million chez l’adulte [10]. À cette concentration, un steak haché de 100 g en contenait donc, en moyenne, autant que cette dose. C’est pourquoi la consigne vise d’abord les tout-petits : plus l’enfant est jeune, plus la quantité de bactéries capable de le rendre gravement malade est faible.

Illustration de la façade du Buffalo Grill de Châteaufarine et de son enseigne, d’après une référence officielle.

70 °C à cœur : comment cuire un steak haché pour un enfant

La consigne de l’Anses vise les populations les plus fragiles : jeunes enfants et personnes âgées. Pour elles, la viande hachée et les produits à base de viande hachée doivent être cuits à cœur, à 70 °C [7]. L’agence précise qu’au moins 71 °C en fin de cuisson détruit ces bactéries en quelques secondes, et rappelle que les autorités sanitaires américaines recommandent fortement de vérifier cette température avec un thermomètre de cuisson planté au centre de la viande [9]. Les autres repères de l’Anses et de l’ARS pour un foyer avec de jeunes enfants [4][7][9] :

  • Pas de viande ni de poisson crus (tartare, carpaccio) avant 5 ans.
  • Pas de lait cru ni de fromage au lait cru, sauf les pâtes pressées cuites comme le comté ou le gruyère.
  • Pas de pâte crue à base de farine, comme la pâte à gâteau ou à pizza.
  • Mains lavées au savon avant de cuisiner et après avoir manipulé de la viande crue ; planches et ustensiles lavés, cru rangé à part du cuit.
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Un réflexe est trompeur : congeler la viande ne la rend pas sûre. Pendant l’épidémie de Saint-Quentin, l’ARS a demandé de jeter les produits congelés achetés dans les boucheries fermées, en rappelant que le froid ne tue pas les bactéries [4].

Illustration de trois gestes de cuisine : lavage des mains au savon, planche de viande crue tenue à l’écart des aliments prêts à manger, steak haché d’enfant cuit à cœur
Se laver les mains, séparer le cru du cuit et cuire la viande hachée jusqu’au centre : les gestes que l’Anses recommande dans les foyers avec de jeunes enfants. Illustration : Centre CLÉA.

Le SHU, quand la toxine d’E. coli atteint les reins de l’enfant

Toutes les E. coli ne sont pas dangereuses : la plupart vivent dans notre intestin sans dommage. Certaines souches, dites entérohémorragiques, fabriquent une toxine, la shigatoxine, qui passe dans le sang et abîme les petits vaisseaux de l’intestin, des reins et parfois du cerveau [7]. Le syndrome hémolytique et urémique détruit alors des globules rouges et bloque le travail des reins. Il complique 5 à 8 % de ces infections et se soigne à l’hôpital, parfois par dialyse ou transfusion [5][7].

Santé publique France suit ces cas chez les moins de 15 ans depuis 1996. En 2024, 87 enfants ont été signalés, contre 143 en 2023 et 252 en 2022, année d’une épidémie liée à des pizzas surgelées [8]. Le chiffre de 2024 est le plus bas depuis près de vingt ans, mais la maladie touche surtout les plus petits : 60 % des enfants atteints avaient moins de 3 ans, et plus d’un malade sur trois garde des séquelles rénales à long terme [8]. Dix SHU dans la seule agglomération de Saint-Quentin, en quelques semaines, représentent plus d’un dixième des cas signalés dans toute la France en 2024 ; le bilan national de 2025 n’est pas encore publié.

Infographie : cas de SHU chez l’enfant signalés en France de 2019 à 2024, bilan de l’épidémie de Saint-Quentin en juin 2025 et signes d’alerte après un repas
De 252 cas en 2022 à 87 en 2024 : le SHU de l’enfant recule en France, mais l’épidémie de Saint-Quentin en a provoqué 10 en quelques semaines. Infographie : Centre CLÉA, d’après Santé publique France, l’ARS Hauts-de-France, l’Institut Pasteur et l’Anses.

Les signes qui doivent faire appeler le 15

Les premiers symptômes apparaissent en moyenne 3 à 4 jours après le repas, parfois jusqu’à une dizaine de jours : crampes au ventre, diarrhée d’abord liquide puis sanglante, avec peu ou pas de fièvre [5][7]. En 2024, parmi les enfants atteints de SHU qui avaient eu une diarrhée avant l’hospitalisation, près d’un sur deux (46 %) avait vu du sang dans ses selles [8].

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La consigne de l’ARS pendant l’épidémie de Saint-Quentin était simple : appeler le 15 sans attendre en cas de diarrhée avec du sang et des glaires [4]. Le SHU lui-même survient en général dans les sept jours qui suivent le début de la diarrhée. Il se repère à une grande fatigue, une pâleur inhabituelle et des urines nettement moins abondantes [7] ; chez un tout-petit, des couches beaucoup moins mouillées que d’habitude. Ces signes diffèrent d’une intoxication alimentaire plus courante, où les vomissements et la déshydratation sont le principal risque : avec E. coli, c’est le sang dans les selles qui doit alerter.

Verre, cuillère et sachet neutre de réhydratation devant un cartable, illustration du soin à domicile.

La bactérie peut enfin passer d’une personne à l’autre par les mains, surtout dans un foyer où vivent de jeunes enfants. Début juillet 2025, deux enfants d’une même famille ont encore été ajoutés au bilan de Saint-Quentin, et l’ARS rappelait de se laver les mains avant de préparer les repas et après chaque passage aux toilettes [4].

Sources et références

[1] Le Figaro avec AFP — Intoxications mortelles à l’E.coli dans l’Aisne en 2025 : un septième boucher mis en examen, 23 octobre 2026
https://www.lefigaro.fr/flash-actu/intoxications-mortelles-a-l-e-coli-dans-l-aisne-en-2025-un-septieme-boucher-mis-en-examen-20261023

[2] France 3 Hauts-de-France, Laura Perrusson — Intoxications alimentaires dans l’Aisne : un septième boucher a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire, 22 octobre 2026
https://france3-regions.franceinfo.fr/hauts-de-france/aisne/saint-quentin/intoxications-alimentaires-dans-l-aisne-un-septieme-boucher-a-ete-mis-en-examen-et-place-sous-controle-judiciaire-3437796.html

[3] L’Aisne nouvelle — Intoxications à Saint-Quentin : un septième boucher mis en examen, 23 octobre 2026
https://www.aisnenouvelle.fr/id754438/article/2026-10-23/intoxications-saint-quentin-un-septieme-boucher-mis-en-examen

[4] ARS Hauts-de-France — Intoxications alimentaires sévères dans l’agglomération de Saint-Quentin : points de situation, juin-juillet 2025
https://www.hauts-de-france.ars.sante.fr/intoxications-alimentaires-severes-dans-lagglomeration-de-saint-quentin-points-de-situation-0

[5] Institut Pasteur — Escherichia coli food poisoning outbreak: update on the epidemiological situation, 2025
https://www.pasteur.fr/en/whats-new/latest-news/news/escherichia-coli-food-poisoning-outbreak-update-epidemiological-situation

[6] France 3 Hauts-de-France, Anas Daif — Après les contaminations à la bactérie E. coli, cette boucherie a rouvert ses portes et clame toujours son innocence, 24 octobre 2026
https://france3-regions.franceinfo.fr/hauts-de-france/aisne/saint-quentin/apres-les-contaminations-a-la-bacterie-e-coli-cette-boucherie-a-rouvert-ses-portes-et-clame-toujours-son-innocence-3438615.html

[7] Anses — Aliments contaminés par la bactérie E. coli : quels effets sur la santé et comment prévenir les infections ?
https://www.anses.fr/fr/actualite/aliments-contamines-bacterie-e-coli-quels-effets-sante-comment-prevenir-infections

[8] Santé publique France — Syndrome hémolytique et urémique en France. Bilan 2024 (surveillance chez l’enfant de moins de 15 ans), 30 octobre 2025
https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-infectieuses-d-origine-alimentaire/syndrome-hemolytique-et-uremique-pediatrique/documents/bulletin-national/syndrome-hemolytique-et-uremique-en-france.-bilan-2024

[9] Anses — Avis relatif à la prévention des risques microbiologiques liés aux aliments au domicile (saisine 2012-SA-0005), 8 octobre 2013
https://www.anses.fr/fr/system/files/BIORISK2012sa0005.pdf

[10] Anses — Fiche de description de danger biologique transmissible par les aliments : E. coli entérohémorragiques (EHEC)
https://www.anses.fr/fr/system/files/MIC-Fi-EscherichiaColi.pdf

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