Vous avez commencé un antibiotique et vous hésitez devant le dessert ? L’idée de protéger votre microbiote est compréhensible. Mais la nouvelle étude sur le sucre ne vous donne pas une consigne de supprimer les fruits, le pain ou tous les aliments sucrés. Elle ouvre une piste dans un contexte de soins bien particulier, sans définir un nouveau régime pour une prescription en ville.
Un signal chez des adultes hospitalisés pour une greffe
Publiée le 30 septembre 2026 dans Nature, la recherche porte sur des adultes atteints de cancers du sang, hospitalisés pour une allogreffe de cellules hématopoïétiques, les cellules à l’origine des cellules sanguines. Ces personnes recevaient des traitements lourds, notamment une chimiothérapie et des antibiotiques. Leur situation n’est donc pas celle d’un adulte qui suit un traitement à domicile pour une infection courante. [1]
Les chercheurs ont rapproché les repas consommés de prélèvements de selles réalisés pendant l’hospitalisation. Dans leur analyse, une consommation plus élevée de sucres ou d’aliments classés dans une catégorie sucrée était associée à une diversité bactérienne plus faible sous certains antibiotiques à large spectre. Ces médicaments agissent contre un éventail de bactéries. La place de certaines bactéries du genre Enterococcus augmentait également.
La diversité mesurée tient compte des différentes bactéries présentes et de leur répartition. Sa baisse ne correspond pas à un pourcentage de « bonnes bactéries » qui auraient disparu. C’est un indicateur de la communauté microbienne dans les selles, pas une mesure directe de la réussite du traitement de l’infection.
Les expériences chez la souris renforcent la piste, pas le conseil alimentaire
Les auteurs ont aussi testé l’ajout de saccharose, le sucre de table, chez des souris recevant du biapénème, un antibiotique. Les entérocoques se sont davantage multipliés et cette expansion a duré plus longtemps que chez les souris recevant le même antibiotique sans supplément de saccharose. Ce résultat expérimental aide à comprendre le lien possible entre alimentation et microbiote. Il ne démontre pas le bénéfice d’une éviction du sucre chez une personne traitée en ville. [1]
Sucre, dessert et glucides : trois mots à ne pas échanger
Quand on dit « enlever le sucre », de quoi parle-t-on exactement ? Retirer une cuillère de sucre, renoncer à un dessert et supprimer une famille de nutriments ne sont pas le même changement. Pour comprendre cette étude, mieux vaut garder ces trois niveaux séparés.
- Les sucres sont des nutriments, comme le glucose, le fructose ou le saccharose. On peut en trouver naturellement dans un aliment ou en ajouter à une recette.
- Un dessert est servi en fin de repas. Il peut s’agir d’un fruit seul ou d’une préparation, comme un yaourt ou une pâtisserie. Sa composition varie : le mot « dessert » ne décrit pas à lui seul les nutriments qu’il contient.
- Les glucides comprennent les sucres et l’amidon. Parler des sucres ne revient donc pas à désigner indistinctement le pain, les pâtes, les pommes de terre et tout ce qui apporte des glucides.
Dans la recherche, les auteurs ont examiné l’alimentation de deux façons : par catégories d’aliments, puis par nutriments. La catégorie « sucres, sucreries et boissons » ne recouvrait pas tous les aliments contenant des sucres ; les fruits avaient notamment leur propre catégorie. Les analyses détaillées suggèrent une contribution des sucres ajoutés et de certaines boissons formulées, mais le modèle principal sur les sucres ne se limitait pas aux seuls sucres ajoutés.

Sur un emballage, la ligne « dont sucres » et la liste des ingrédients permettent, elles aussi, de regarder des informations différentes : la quantité présente et la composition de la recette. Vous pouvez les lire pour mieux comprendre un produit, sans chercher dans cette étude un seuil à appliquer à votre prochain goûter.

Pourquoi cette étude ne fixe ni portion limite ni aliments interdits
Les repas retenus pour l’analyse étaient ceux des deux jours précédant chaque prélèvement de selles. Il ne s’agissait pas de choisir ce qu’il fallait manger pendant les deux jours avant de commencer l’antibiotique. Cette fenêtre sert à étudier le lien entre les apports alimentaires récents et le microbiote, pas à proposer un calendrier de restriction. [1]
Les patients n’avaient pas été répartis au hasard entre un régime avec sucre et un régime sans sucre. Une infection suspectée, la gravité de l’état de santé, les symptômes et les difficultés à manger pouvaient aussi intervenir. Les analyses statistiques tiennent compte de plusieurs de ces facteurs, sans effacer toutes les différences entre les situations.
Autre particularité : tous les patients avaient reçu au moins un antibiotique pendant la collecte alimentaire. Les comparaisons distinguaient surtout les périodes avec ou sans exposition récente aux antibiotiques pris en compte dans le modèle. Elles ne comparaient pas simplement des personnes sous antibiotiques à des personnes qui n’en auraient jamais reçu.
Pour votre assiette, la limite est concrète : aucune portion « sûre », liste d’aliments interdits ou durée d’éviction n’a été validée par ces travaux. Ils ne démontrent pas qu’un dessert rend votre médicament moins efficace, ni que retirer le sucre permet de guérir plus vite. Les chercheurs demandent des essais prospectifs pour savoir si une modification alimentaire améliore réellement les résultats des soins.
Et les fruits ? L’étude ne justifie pas de les supprimer par principe. Une purée de fruits a aussi été testée dans des expériences chez la souris, mais cela ne constitue pas un essai d’éviction des fruits chez l’humain. Le fait qu’un aliment contienne des sucres ne suffit pas à lui attribuer l’ensemble des résultats observés dans cette cohorte.
Au quotidien, garder les consignes du traitement et vos besoins alimentaires
Pour le médicament, l’ordonnance reste votre repère
La conduite à tenir ne change pas à la lecture de cette actualité : respectez la dose, les moments des prises et la durée prescrite. L’Assurance Maladie recommande de demander conseil en cas d’effet indésirable et de ne pas interrompre le traitement de sa propre initiative. Si vous avez une question sur la prise de votre antibiotique, posez-la au médecin ou au pharmacien plutôt que modifier les prises pour les éloigner d’un dessert. [2]
Vous ressentez des nausées, une diarrhée ou une baisse d’appétit ? Signalez-les au professionnel qui vous suit. La nouvelle recherche ne permet pas d’en attribuer la cause au sucre dans votre repas.
Si manger devient difficile, éviter d’ajouter seul des restrictions
Pendant les traitements d’un cancer, préserver des apports suffisants fait partie des soins. L’Institut national du cancer alerte sur le risque d’aggravation de la dénutrition et de perte musculaire avec les régimes restrictifs. Si des compléments nutritionnels oraux vous ont été prescrits, suivez les doses et la fréquence prévues ; ne les retirez pas parce que leur goût est sucré. Une difficulté à les prendre doit être discutée avec l’équipe médicale. [3]
Pour préparer cet échange, dites simplement ce que vous arrivez à manger, ce qui vous gêne et ce que vous envisagiez de retirer. La question devient alors : « Comment adapter mes repas sans réduire des apports dont j’ai besoin ? » Vous n’avez pas à construire seul un régime à partir d’un résultat de microbiologie.

À votre prochain repas, gardez donc la distinction utile : une piste sur le microbiote chez des patients allogreffés, pas un menu d’exclusion pour tous. Pour décider d’un changement pendant votre traitement, partez de votre ordonnance, de ce que vous parvenez à manger et des conseils du professionnel qui connaît votre situation.
Sources et références
- Dai et al. — Sugar-rich foods exacerbate antibiotic-induced microbiome disruption. Nature, publication en ligne le 30 septembre 2026.
https://www.nature.com/articles/s41586-026-11077-3 - Assurance Maladie — Antibiotiques et antibiorésistance, mise à jour du 22 juillet 2026.
https://www.ameli.fr/assure/sante/medicaments/utiliser-recycler-medicaments/utiliser-antibiotiques - Institut national du cancer — Nutrition pendant les traitements du cancer.
https://www.cancer.fr/personnes-malades/parcours-de-soins/effets-indesirables/nutrition




