Aller au contenu

La pharmacie fait désormais payer aux malades en ALD des médicaments remboursés à 100 % jusqu’en septembre, un reste que leur mutuelle n’est pas tenue de payer

Depuis le 1er octobre, une affection de longue durée (ALD) ne donne plus droit au remboursement à 100 % des médicaments jugés à service médical rendu faible, même quand ils soignent la maladie elle-même. Pour un malade de Parkinson traité par Tasmar, cela fait déjà 1 121 € à payer par an, avant que la Sécu ne réduise encore sa part le 1er janvier 2027.

Relu par Antoine BOUQUET
La main ridée d'un homme âgé tient un flacon brun rempli de comprimés jaunes au-dessus du comptoir d'une pharmacie, une carte verte d'assurance maladie posée à côté, la croix verte lumineuse de la pharmacie en arrière-plan.
Au comptoir d'une pharmacie, un patient âgé tient le flacon de son traitement quotidien. Image d'illustration. Depuis le 1er octobre 2026, les médicaments à service médical rendu faible ne sont plus pris en charge à 100 % en ALD : pour le tolcapone (Tasmar), prescrit dans la maladie de Parkinson, il reste 1 121 € par an à payer.
Sommaire

« L’ALD n’envisage plus le 100 % » : la formule circule depuis quelques jours avec une pétition en ligne qui approche les 10 000 signatures, et plusieurs sites l’ont reprise. [14] Elle grossit le trait. La prise en charge à 100 % des soins liés à une affection de longue durée (ALD) reste la règle pour les consultations, les examens et la grande majorité des médicaments. [3] Ce qui a changé est plus étroit, et plus concret pour ceux qui sont touchés : une catégorie de médicaments, définie par une note de la Haute Autorité de santé, est sortie du 100 %, y compris quand elle soigne la maladie reconnue en ALD.

ALD : les médicaments à service médical rendu faible ne sont plus remboursés à 100 %

Le texte en cause est le décret n° 2026-285 du 16 avril 2026, entré en vigueur le 1er octobre. Il supprime l’exonération des assurés en ALD pour les « frais relatifs aux médicaments à service médical rendu faible ». [1] Ces médicaments sont désormais remboursés à 15 %, comme pour le reste de la population, et l’Assurance maladie précise que « le principe de prise en charge à 100 % des autres soins en lien avec l’ALD n’est pas remis en cause ». [2]

En ce moment

Le service médical rendu (SMR) est la note que la commission de la transparence de la Haute Autorité de santé (HAS) attribue à chaque médicament remboursable, au vu de son efficacité, de ses effets indésirables et des autres traitements disponibles. « Faible » est le dernier échelon avant le déremboursement. Le critère est la note du médicament, pas son lien avec la maladie : un médicament à SMR faible prescrit pour l’ALD elle-même perd lui aussi le 100 %. [1][2] Au 7 novembre, la base de données publique des médicaments compte 216 boîtes commercialisées remboursées à 15 %, soit 190 spécialités. [5]

Deux familles s’y côtoient :

  • des médicaments d’appoint, que beaucoup de malades chroniques prennent à côté de leur traitement principal : Spasfon et phloroglucinol, Gaviscon en sachets, Débridat, des pansements gastriques, des somnifères comme le zolpidem ou la zopiclone ;
  • des traitements de la maladie elle-même : la fampridine, qui améliore la marche dans la sclérose en plaques, le tolcapone (Tasmar) dans la maladie de Parkinson, la vildagliptine et la saxagliptine dans le diabète de type 2, l’agomélatine contre la dépression, ou le Ketosteril, un apport d’acides aminés prescrit dans l’insuffisance rénale chronique. [5][6]

La Fédération française des diabétiques l’a rappelé le 23 octobre : jusqu’au 30 septembre, les gliptines à SMR faible prescrites au titre de l’ALD étaient prises en charge à 100 % ; depuis, les malades « doivent désormais acquitter la part restant à leur charge, comme les autres assurés ». [6]

Au comptoir d'une pharmacie, une main tend un billet de 100 euros vert au-dessus d'une boîte de médicament blanche, devant la croix verte de l'officine.

Ce qu’un malade en ALD paie désormais sur un an

Pour mesurer ce que cela représente, nous avons calculé le reste à payer annuel de cinq de ces traitements de fond, à partir des prix de la base publique des médicaments et de la posologie usuelle de leur résumé des caractéristiques, en retenant le générique quand il existe. [5] Le montant ne compte que la part non remboursée par la Sécurité sociale, avant mutuelle et sans les franchises.

Infographie aux couleurs de Centre CLÉA : ce que paient désormais les malades en ALD pour cinq traitements à service médical rendu faible. Reste à payer par an, hors franchises et avant mutuelle, depuis le 1er octobre 2026 avec un remboursement de 15 %, puis au 1er janvier 2027 au taux visé de 5 % : Ketosteril (insuffisance rénale chronique) 2 361 € puis 2 639 € ; Tasmar, tolcapone (maladie de Parkinson) 1 121 € puis 1 253 € ; fampridine générique (sclérose en plaques) 552 € puis 617 € ; agomélatine générique (dépression sévère) 165 € puis 185 € ; vildagliptine générique (diabète de type 2) 96 € puis 107 €. Jusqu'au 30 septembre 2026, ces traitements étaient pris en charge à 100 % : 0 € à payer. Une mutuelle responsable n'est pas obligée de couvrir ce reste ; la Complémentaire santé solidaire le prend en charge. Fampyra, la marque d'origine de la fampridine : 1 265 € puis 1 414 € par an.
Reste à payer annuel de cinq traitements d’ALD à service médical rendu faible, depuis le 1er octobre 2026 et au taux visé pour 2027, hors franchises et avant mutuelle. Calculs Centre CLÉA d’après la base de données publique des médicaments.

Le tolcapone donne la mesure du changement. À raison de trois comprimés par jour, un malade de Parkinson utilise près de 11 flacons de 100 comprimés par an, à 120,47 € le flacon. Jusqu’en septembre, il ne payait rien. Avec un remboursement à 15 %, il lui reste 1 121 € par an à payer. Le Ketosteril, dosé selon le poids, atteint 2 361 € pour une personne de 70 kg, qui en prend 14 comprimés par jour. À l’autre bout, la vildagliptine laisse 96 € par an. [5]

Le choix entre la marque et le générique pèse lourd. Une boîte de 56 comprimés de Fampyra, la marque d’origine de la fampridine, coûte 114,19 €, contre 49,84 € pour ses génériques : sur un an, le reste à payer passe de 1 265 € avec la marque à 552 € avec un générique. Pour les médicaments d’appoint, les sommes sont plus petites mais s’additionnent : une boîte de 30 comprimés de Spasfon à 3,16 € laisse 2,69 € au patient, 24 sachets de Gaviscon à 4,99 € en laissent 4,24 €. [5]

S’y ajoute la franchise d’un euro par boîte, que les malades en ALD payaient déjà, dans la limite d’un plafond annuel porté de 50 à 70 € le 1er octobre. [9] Les 51 boîtes de Ketosteril d’une année suffisent presque à l’atteindre.

Au 1er janvier 2027, la Sécu remboursera encore moins, sans attendre le PLFSS

Plusieurs reprises rattachent cette baisse au budget de la Sécurité sociale pour 2027. Le projet de loi de financement (PLFSS) a pourtant été rejeté par l’Assemblée nationale le 23 octobre, et le Sénat l’examine en séance du 9 au 18 novembre. [12][13] Selon Medscape, aucune de ses mesures ne vise directement le dispositif ALD. [11] La seconde baisse est déjà écrite ailleurs, dans un décret publié au Journal officiel du 22 août.

À lire aussi :  Suivi de grossesse : pourquoi certaines femmes changent d'avis sur leur suivi

Ce décret n° 2026-811 change, au 1er janvier 2027, la fourchette dans laquelle l’Union nationale des caisses d’assurance maladie (Uncam) fixe la part laissée à l’assuré. Pour les médicaments à SMR faible, le remboursement tombera entre 3 et 7 %, avec 5 % visé par le gouvernement. [4] Ces médicaments relevant déjà du droit commun en ALD, la baisse s’y applique aussi : au taux visé, le reste à payer du tolcapone passerait à 1 253 € par an et celui du Ketosteril à 2 639 €, soit 132 € et 278 € de plus qu’aujourd’hui. [5]

Le même décret épargne en revanche les malades en ALD sur un autre point. Les médicaments à service médical rendu modéré, remboursés à 30 % aux autres assurés, passeront dans une fourchette de 5 à 15 %, mais la notice du texte précise que ce changement vise les assurés « n’étant pas atteints d’une affection de longue durée exonérante ». [4] Pour un diabétique en ALD, la sitagliptine, classée modérée, reste remboursée à 100 %, alors que la vildagliptine, classée faible, ne l’est plus. [6] Le gouvernement justifie ces baisses par le financement des médicaments innovants, auxquels l’Assurance maladie doit consacrer près de 16 milliards d’euros en 2027. [4]

Le dispositif ALD pèse lourd dans ce débat : il couvre 15 millions de personnes en 2025, et la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) évalue à 19,7 milliards d’euros le coût de la prise en charge à 100 %, en hausse de 72 % depuis 2015. [10][11] Le Comité d’alerte sur l’évolution des dépenses d’assurance maladie relève que les économies décidées en 2026, dont la hausse des tickets modérateurs sur les médicaments à SMR faible ou modéré, reposent pour 1,5 milliard d’euros sur des reports vers les complémentaires santé ou directement vers les assurés. [9]

Mutuelle, C2S : qui rembourse ce qui reste

C’est là que la facture peut vraiment se creuser. Les contrats de complémentaire santé dits responsables doivent rembourser le ticket modérateur de la plupart des soins. L’article R. 871-2 du code de la sécurité sociale fait une exception pour plusieurs postes, dont les médicaments à service médical rendu faible ou modéré. [7] Un contrat peut les couvrir, il n’y est pas obligé.

Assise à la table de sa cuisine, une canne noire appuyée contre sa chaise, une femme d'une cinquantaine d'années fronce les sourcils en lisant un long ticket de pharmacie, un pilulier ouvert dans l'autre main.
Dans sa cuisine, une femme atteinte de sclérose en plaques relit le ticket de sa pharmacie, son pilulier à la main. Image d’illustration. Avec un générique de la fampridine, prescrite pour améliorer la marche, le reste à payer atteint 552 € par an depuis octobre.

La réponse se lit sur la ligne pharmacie du tableau de garanties : les contrats distinguent souvent les médicaments remboursés à 65 %, à 30 % et à 15 %, ou parlent de service médical rendu faible ou modéré. Une mention « 100 % BR » sur la ligne des médicaments à 15 % signifie que la mutuelle complète jusqu’au prix de la boîte ; une ligne absente ou à 0 % signifie que le malade paie seul. Avec les taux de 2027, la question pèsera davantage, puisque la part non remboursée passera de 85 % à environ 95 % du prix.

Les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire (C2S) sont protégés : leurs dépenses sont remboursées entièrement dans la limite des tarifs de la Sécurité sociale, sans franchise médicale. [8] Son accès dépend des ressources du foyer, pas de l’ALD.

Illustration conceptuelle de l’accès à une protection santé, avec une personne, un foyer et des ressources symbolisés.

Le taux de chaque médicament se vérifie sur la base de données publique des médicaments ou auprès du pharmacien. Plusieurs de ces traitements ont des équivalents mieux notés par la HAS, comme les autres gliptines dans le diabète : c’est au médecin qui suit l’ALD de dire si un changement a du sens, et la Fédération française des diabétiques rappelle de ne jamais arrêter un traitement seul. [6]

Sources et références

[1] Légifrance — Décret n° 2026-285 du 16 avril 2026 relatif à la participation des assurés aux frais afférents aux médicaments à service médical rendu faible, ainsi que des ayants droit des bénéficiaires d'une rente par suite d'un accident du travail ou liée à une maladie professionnelle, JO du 17 avril 2026
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053907237

[2] ameli.fr — Médicaments à faible SMR prescrits pour une ALD : fin de l'exonération du ticket modérateur, 5 octobre 2026
https://www.ameli.fr/exercice-coordonne/actualites/medicaments-faible-smr-prescrits-pour-une-ald-fin-de-l-exoneration-du-ticket-moderateur

[3] Service-public.gouv.fr — Prise en charge d'une affection de longue durée (ALD) par l'Assurance maladie, vérifié le 15 octobre 2026
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F34068

[4] Légifrance — Décret n° 2026-811 du 21 août 2026 permettant le financement de l'accès aux médicaments les plus innovants en tirant les conséquences de l'évaluation du service médical rendu sur les médicaments parmi les moins efficaces, JO du 22 août 2026
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000054733601

[5] Base de données publique des médicaments (ANSM, HAS, Assurance maladie) — fichiers des spécialités, présentations, prix et avis SMR téléchargés le 7 novembre 2026, et résumés des caractéristiques des produits ; calculs de la rédaction
https://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/telechargement

[6] Fédération française des diabétiques — Évolution du remboursement de certaines gliptines pour les personnes en ALD, 23 octobre 2026
https://www.federationdesdiabetiques.org/index.php/federation/actualites/evolution-du-remboursement-de-certaines-gliptines-pour-les-personnes-en-ald

[7] Légifrance — Code de la sécurité sociale, article R871-2 (garanties des contrats responsables)
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000052861614

[8] Service-public.gouv.fr — Complémentaire santé solidaire (ex-CMU-C)
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F10027

[9] Comité d'alerte sur l'évolution des dépenses d'assurance maladie — Avis n° 2026-3 sur le respect de l'objectif national de dépenses d'assurance maladie, 21 octobre 2026
https://www.securite-sociale.fr/files/live/sites/SSFR/files/medias/COMITE_D-ALERTE/2026/Avis-n-3-21.10.2026.pdf

[10] Drees — 20 milliards d'euros sont consacrés à la prise en charge à 100 % des affections de longue durée (ALD) en 2025, Études et résultats
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/etudes-et-resultats/261007-dispositif-affection-de-longue-duree-ALD-en-2025

[11] Medscape — « La progression des dépenses ALD n'est pas soutenable », Jean-Bernard Gervais, 3 novembre 2026
https://francais.medscape.com/viewarticle/progression-des-d%C3%A9penses-ald-nest-pas-soutenable-2026a100130v

[12] Assemblée nationale — Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027, dossier législatif
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/dossiers/PLFSS_2027

[13] Sénat — Financement de la sécurité sociale pour 2027, dossier législatif, page mise à jour le 6 novembre 2026
https://www.senat.fr/dossier-legislatif/plfss2027.html

[14] MyPetition.org — Maladies chroniques : l'ALD n'envisage plus de couvrir les soins à 100 %
https://www.mypetition.org/petition/social/maladies-chroniques-ald-n-envisage-plus/288533

La parole aux lecteurs

Commentaires

Chaque commentaire est relu par la rédaction avant publication.

Aucun commentaire publié pour l’instant. Votre expérience ou votre question peut être la première.

Réagir à cet article

Votre expérience, une question, une précision : la rédaction lit tout.

Règles de publication
  • Chaque commentaire est lu par la rédaction avant d’être publié, parfois quelques heures après l’envoi.
  • Sont refusés : publicité, liens, propos injurieux ou discriminatoires, accusations visant une personne ou un établissement nommés, informations de santé sur une autre personne, coordonnées personnelles.
  • Un nom de famille ou un détail qui permettrait de vous reconnaître peut être retiré avant publication.
  • Les liens et la mise en forme sont supprimés automatiquement.

Dans la même rubrique