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Les hommes de 70 ans ou plus sont les premiers concernés par le traitement du cancer de la prostate qui détruit la tumeur grâce aux ultrasons, sans incision

Le traitement du cancer de la prostate par ultrasons focalisés (HIFU), sans incision, est remboursé par l'Assurance maladie depuis le 1er janvier 2026. La Haute Autorité de santé le réserve pourtant aux hommes de 70 ans ou plus, et ne détruire que la tumeur reste pour les urologues une technique à évaluer dans des essais cliniques.

Relu par Antoine BOUQUET
Vidéo Centre CLÉA (1 min 15) : le traitement du cancer de la prostate par ultrasons, sans incision, et les hommes à qui la Haute Autorité de santé le réserve.
Sommaire

À la clinique Tivoli de Bordeaux, 44 hommes ont été traités par ultrasons depuis janvier, contre 25 sur toute l’année 2025, et l’établissement en compte 216 depuis mai 2018, selon Le Figaro. [7] La technique ne laisse ni cicatrice ni zone irradiée : une sonde placée dans le rectum, sous anesthésie, concentre des ultrasons sur la prostate, et la chaleur produite au point de convergence détruit le tissu visé, sous contrôle de l’échographie, éventuellement fusionnée avec l’IRM. [2] Le geste se fait en une seule séance de 30 à 90 minutes, le patient couché sur le côté. [9] Reste la question que se pose tout homme à qui l’on vient d’annoncer un cancer de la prostate : est-ce pour lui ? La réponse dépend de son âge, du risque de sa tumeur, et de ce que l’on entend par « traiter seulement la tumeur ».

Ultrasons focalisés (HIFU) : ce que l’Assurance maladie rembourse depuis janvier

Le remboursement s’appuie sur un avis de la Haute Autorité de santé (HAS) rendu le 30 novembre 2023. En première intention, l’agence estime que le traitement par ultrasons focalisés de haute intensité (HIFU, pour high intensity focused ultrasound) peut être proposé à des hommes qui remplissent trois conditions à la fois : [1]

  • un cancer localisé de la prostate à risque intermédiaire, c’est-à-dire ni une petite tumeur peu agressive que l’on surveille, ni une forme à haut risque ;
  • un âge d’au moins 70 ans, avec une espérance de vie estimée à plus de 5 ans compte tenu de l’âge et des autres maladies ;
  • le souhait d’un traitement curatif, chez un patient qui n’est pas candidat aux traitements de référence, la prostatectomie totale ou la radiothérapie, du fait de son âge ou de ses autres maladies.

Un second cas est prévu, celui de la récidive après une radiothérapie : le HIFU peut alors servir de traitement de rattrapage si la récidive est locale, prouvée par biopsie, survenue au moins 2 ans après la fin des rayons et sans métastase à distance. [1] Depuis le 1er janvier 2026, le remboursement n’est plus limité aux centres de l’étude. [9] Un séjour comportant ce geste est payé à l’établissement avec un supplément de 5 192 euros à l’hôpital public et de 4 426 euros en clinique, où les honoraires de l’urologue sont réglés à part, pour couvrir la machine, les consommables et le temps de bloc opératoire. [4]

En ce moment

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Ce cadre ne dit pas tout à fait ce que suggère l’expression « traiter la tumeur sans incision ». L’étude HIFI, qui a convaincu la HAS, a comparé à la chirurgie un HIFU appliqué à toute la prostate ou à la plus grande partie de la glande, pas un traitement limité à la seule tumeur. Ses auteurs écrivent d’ailleurs que les recherches futures devront « évaluer les traitements focaux » (notre traduction). [3]

Ne détruire que la tumeur : une option encore réservée aux essais

Le traitement focal consiste à ne détruire que la lésion principale, repérée à l’IRM et confirmée par des biopsies ciblées, en laissant le reste de la prostate intact. Les recommandations 2024-2026 du comité de cancérologie de l’Association française d’urologie (AFU) sont nettes : la thérapie focale « doit être considérée comme une technique en cours d’évaluation et donc proposée uniquement dans le cadre d’essais thérapeutiques ou de registres prospectifs ». [2] La raison tient à l’absence de résultats publiés à long terme et de consensus sur la sélection des patients, la technique et la surveillance.

Les chiffres disponibles montrent pourquoi ce suivi compte. Dans la plus grande série citée par l’AFU, 1 032 hommes traités par HIFU focal, 85 % n’avaient eu besoin d’aucun autre traitement deux ans plus tard, 59 % à cinq ans et 46 % à huit ans. [2] Selon ces estimations, plus d’un homme sur deux a donc eu besoin d’un traitement de rattrapage dans les huit ans. En contrepartie, 98 % des patients de cette série étaient continents et 12,8 % souffraient d’une dysfonction érectile. [2] Après un traitement focal, le dosage du PSA devient difficile à interpréter : la surveillance repose surtout sur des biopsies à 12 mois, dans la zone traitée et ailleurs, et sur l’IRM. [2]

Pour les hommes plus jeunes, la voie d’accès est donc l’essai clinique. L’essai EMERHIT, promu par le CHU de Bordeaux, tire au sort entre un HIFU focal et une prostatectomie totale 346 hommes de 45 à 75 ans atteints d’un cancer à risque intermédiaire favorable, une seule tumeur de grade ISUP 2 visible à l’IRM, d’un seul côté de la prostate. Il recrute dans une vingtaine de sites depuis mars 2023, et ses résultats principaux ne sont pas attendus avant l’été 2029. [5] Une autre étude, conduite par le groupe Ramsay Santé, suit la qualité de vie de 102 hommes de 40 à 75 ans sexuellement actifs, traités par l’une ou l’autre technique. [6]

Toutes les tumeurs ne s’y prêtent pas. L’AFU déconseille le HIFU pour les cancers à haut risque ou à risque intermédiaire défavorable, ne recommande pas de traiter une lésion située tout à l’extrémité de la prostate, l’apex, trop proche du sphincter qui assure la continence, et limite le volume de la prostate à 50 cm³ : au-delà, il faut d’abord le réduire par une intervention. [2]

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Illustration d’un échange autour d’un dossier médical.

Continence et érection : ce que montre l’étude HIFI

Menée de 2015 à 2019 dans 46 centres français, l’étude HIFI a suivi 3 328 hommes atteints d’un cancer localisé à risque faible ou intermédiaire : 1 967 traités par ultrasons, 1 361 opérés. Trente mois après, la proportion d’hommes n’ayant eu besoin d’aucun traitement de rattrapage n’était pas moins bonne après HIFU qu’après chirurgie. [3] Les écarts portent surtout sur les séquelles.

Un an après le traitementUltrasons (HIFU)Chirurgie
Continence urinaire dégradée29 %44 %
Baisse du score d’érection (sur 25)7 points13 points
Complications graves2,7 %2,1 %
Rétention d’urineenviron 10 %non rapporté

Rapporté à 100 hommes, cela fait 15 hommes de moins dont la continence s’est dégradée (calcul de la rédaction). L’écart sur les complications graves n’est pas significatif. [3] Mais la rétention d’urine, la vessie qui ne se vide plus, a touché environ un homme sur dix après ultrasons, et l’AFU rappelle que l’obstruction des voies urinaires concerne 10 à 30 % des patients selon les séries. [3] [2] La préservation de l’érection, enfin, reste partielle : selon l’AFU, 20 à 50 % des hommes qui avaient des rapports sans médicament avant un HIFU gardent cette fonction intacte. [2]

Infographie : critères de la HAS pour le traitement du cancer de la prostate par ultrasons focalisés (70 ans ou plus, risque intermédiaire, pas candidat à la chirurgie ni à la radiothérapie) ; résultats à un an de l'étude HIFI sur 100 hommes (continence dégradée 29 contre 44, complications graves 2,7 contre 2,1, rétention d'urine environ 10) ; 52 centres équipés en France par région, dont 10 en Occitanie et aucun en Normandie ni en Corse
Critères de la HAS, résultats à un an de l’étude HIFI et répartition des 52 établissements équipés en France selon la carte du fabricant de la machine : 10 en Occitanie, aucun en Normandie, en Corse ni outre-mer. Décompte de la rédaction.

Ces résultats ont une limite que la HAS et les auteurs soulignent : l’étude n’a pas tiré au sort les traitements, et les hommes traités par ultrasons avaient près de dix ans de plus, 74,7 ans d’âge médian contre 65,1 ans, une règle imposée à l’époque pour le bras HIFU. [3] La HAS juge donc « faible » le niveau de preuve sur l’efficacité contre le cancer, et le recul de 30 mois insuffisant pour mesurer la survie sans métastase. [1]

52 centres en France, dont aucun en Normandie

Aucune liste officielle des établissements ne figure dans les textes du remboursement. La carte publiée par EDAP TMS, le fabricant lyonnais de la machine Focal One, recense 52 établissements équipés en France au 1er novembre 2026. [8] Selon notre décompte, ils se répartissent dans 11 des 13 régions métropolitaines, et plus d’un sur trois se trouve en Occitanie (10) ou en Nouvelle-Aquitaine (8), dont quatre à Bordeaux. L’Auvergne-Rhône-Alpes en compte 8 et l’Île-de-France 6. Aucun ne figure en Normandie, en Corse ni outre-mer.

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La technique reste surtout installée dans le privé : notre décompte relève 11 hôpitaux publics, dont 8 CHU (Lyon, Dijon, Rennes, Lille, Nice, Bordeaux, Limoges et Toulouse), pour 41 cliniques et établissements privés, lucratifs ou non. Cette carte est celle d’un industriel, mise à jour par lui : elle peut omettre un établissement ou en garder un qui ne pratique plus le geste. C’est à l’urologue qu’il faut demander où le traitement est réellement proposé, et si un centre proche participe à un essai.

Avant de choisir, les questions à poser à l’urologue

La HAS demande que le choix du HIFU repose sur une décision partagée entre les soignants et le patient, après une information « claire et loyale » sur l’ensemble des techniques et sur les incertitudes, notamment la survie à long terme. [1] Quelques questions aident à situer son cas :

  • Quel est le risque de mon cancer ? Faible, intermédiaire favorable ou défavorable : en première intention, la HAS n’envisage le HIFU qu’au niveau intermédiaire, et une tumeur à faible risque relève habituellement de la surveillance active ou d’un traitement de référence. [1] [2]
  • Traitement total, partiel ou focal ? Seul le traitement de toute la glande ou de la plus grande partie a été comparé à la chirurgie dans l’étude HIFI. [3]
  • Où se trouve la tumeur, et quel est le volume de ma prostate ? Une lésion de l’apex ou une prostate de plus de 50 cm³ compliquent le geste. [2]
  • Quel suivi après ? IRM, biopsies de contrôle et, si besoin, un second traitement, dont les résultats peuvent être affectés par le premier, prévient l’AFU. [2]
Le soir, dans une cuisine, un homme d'environ 70 ans lit un livret d'information hospitalier, l'air soucieux, sa femme posant la main sur son avant-bras
Le soir, à la table de la cuisine, un couple relit le livret remis à l’hôpital : la HAS demande que le choix du HIFU se fasse avec le patient, informé de toutes les techniques et des incertitudes qui demeurent. Image d’illustration.
Échange en consultation autour d’un agenda et de documents.

Pour la HAS, le dossier n’est pas clos. Elle réclame des données comparatives à long terme sur la survie globale et la survie sans métastase, demande que la pratique continue d’être suivie dans le registre centralisé coordonné par l’AFU, et annonce qu’elle réévaluera l’acte. [1]

Sources et références

[1] Haute Autorité de santé — Avis n°2023.0040/AC/SEAP du 30 novembre 2023 relatif à l'inscription du traitement par destruction par ultrasons focalisés de haute intensité (HIFU) par voie rectale d'un adénocarcinome localisé de la prostate
https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2023-12/ac_2023_0040_seap_t840_hifu_prostate_cd_20231130_vd.pdf

[2] Association française d'urologie (comité de cancérologie) — Recommandations françaises, actualisation 2024-2026 : cancer de la prostate, diagnostic et prise en charge de la maladie localisée, Progrès en urologie FMC, 2024
https://www.urofrance.org/recommandation/recommandations-francaises-du-comite-de-cancerologie-de-lafu-actualisation-2024-2026-cancer-de-la-prostate-diagnostic-et-prise-en-charge/

[3] Ploussard G. et al. — Whole-gland or Subtotal High-intensity Focused Ultrasound Versus Radical Prostatectomy: The Prospective, Noninferiority, Nonrandomized HIFI Trial, European Urology, 2025;87(5):526-533
https://doi.org/10.1016/j.eururo.2024.11.006

[4] Agence technique de l'information sur l'hospitalisation (ATIH) — Campagne tarifaire et budgétaire 2026, notice technique complémentaire, nouveautés financement MCO/HAD
https://www.atih.sante.fr/sites/default/files/content/documents/Notice%20technique%20compl%C3%A9mentaire_Financement%202026.pdf

[5] ClinicalTrials.gov — NCT05710861, EMERHIT : essai médico-économique randomisé comparant le traitement focal par HIFU à la prostatectomie totale, CHU de Bordeaux, consulté le 1er novembre 2026
https://clinicaltrials.gov/study/NCT05710861

[6] ClinicalTrials.gov — NCT06945172, qualité de vie après prostatectomie totale ou HIFU focal chez des hommes sexuellement actifs, GCS Ramsay Santé pour l'enseignement et la recherche, consulté le 1er novembre 2026
https://clinicaltrials.gov/study/NCT06945172

[7] Le Figaro — Cancer de la prostate : cette technique sans incision qui permet de traiter les tumeurs en préservant les patients, 31 octobre 2026
https://www.lefigaro.fr/bordeaux/cancer-de-la-prostate-cette-technique-sans-incision-qui-permet-de-traiter-les-tumeurs-en-preservant-les-patients-20261031

[8] EDAP TMS — HIFU Centers Worldwide, carte des établissements équipés, consultée le 1er novembre 2026 ; décompte par région : calcul de la rédaction
https://hifu-prostate.com/hifu-centers/

[9] EDAP TMS et Association française d'urologie — Cancer de la prostate : une innovation thérapeutique désormais prise en charge par l'Assurance maladie, dossier de presse, 3 mars 2026
https://toute-la.veille-acteurs-sante.fr/files/2026/03/DP-Final_Focal-One_BDpdf.pdf

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