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« La caractéristique de l’accident vasculaire cérébral, c’est que ça ne fait pas mal », rappelle le Pr Charlotte Cordonnier, cheffe du service de neurologie vasculaire du CHU de Lille, dans un entretien au Journal des Femmes Santé. Sans douleur, rien ne tire le dormeur du sommeil : il se couche bien portant et découvre au matin qu’un bras ne répond plus ou que les mots ne sortent pas. [1] Pendant longtemps, ce scénario fermait la porte au traitement qui dissout le caillot, parce que personne ne pouvait dire depuis quand le cerveau manquait de sang. Ce n’est plus le cas, à une condition que les familles ignorent souvent : le délai court déjà au moment où l’on découvre les signes, pas à partir du moment où l’on se décide à appeler.
AVC du réveil : trois signes à repérer avant même de se lever
Un AVC survenu la nuit se manifeste comme un AVC de la journée. Le Pr Cordonnier distingue trois grandes familles de signes qui doivent alerter dès le réveil : [1]
- La faiblesse ou la paralysie d’un côté du corps : un bras ou une jambe qui ne répond plus normalement, un côté du visage qui s’affaisse, un sourire devenu asymétrique.
- Les troubles du langage : la personne cherche ses mots, articule mal ou ne comprend plus ce qu’on lui dit.
- Les troubles de la vue : la vision d’un œil perdue d’un coup, ou une vision double.
Une perte d’équilibre brutale ou un mal de tête inhabituel et très intense peuvent aussi signaler un AVC. Le piège du matin, c’est l’attente : on met une jambe engourdie sur le compte d’une mauvaise position, une parole pâteuse sur le compte du réveil, et l’on se recouche « pour voir ». La consigne de la neurologue est l’inverse : « On laisse la personne allongée. On appelle le 15 ou le 112 et on ne lui donne pas à boire, on ne lui donne pas à manger même si les symptômes semblent légers ou finissent par disparaître. » [1] La Haute Autorité de santé (HAS) le formule pour tous les soignants : tout déficit neurologique brutal, transitoire ou prolongé, impose l’appel immédiat du SAMU-Centre 15. [3]
En ce moment

Près de 50 AVC découverts au réveil chaque jour en France
Le phénomène n’a rien de marginal. En 2022, 122 422 adultes ont été hospitalisés pour un AVC en France, dont 95 489 pour un AVC ischémique, celui que provoque une artère bouchée. [6] Aucune statistique nationale ne dit combien ont été découverts au réveil. Une méta-analyse publiée en 2025 dans Neurological Research, qui rassemble 37 études et près de 197 000 patients, fournit le repère le plus solide : 23,1 % des AVC ischémiques dans le monde, et 18,5 % en Europe (entre 14 et 22 % selon l’intervalle de confiance). [5]
Appliquée aux patients français, cette part européenne donne, selon notre calcul, environ 17 700 AVC ischémiques découverts au réveil par an, soit près de 50 par jour, avec une fourchette de 13 400 à 21 000 par an. C’est un ordre de grandeur, pas un comptage : les études réunies sont très hétérogènes. Une étude menée sur l’ensemble des habitants de la région de Cincinnati, aux États-Unis, apporte une autre information utile : les AVC du réveil y ressemblaient aux autres par leurs signes et leur évolution, et au moins 36 % de ces patients auraient pu recevoir une thrombolyse si l’heure d’arrivée n’avait pas compté. [7]

Pourquoi l’IRM peut remplacer l’heure du début de l’AVC
La thrombolyse, une perfusion de médicament qui dissout le caillot, se donne en principe dans les 4 h 30 qui suivent le début des symptômes. Quand l’AVC est découvert au réveil, ce début est inconnu : par prudence, les équipes le fixaient à l’heure du coucher, ce qui plaçait la plupart des dormeurs hors délai. [4]
L’IRM a contourné l’obstacle en lisant l’âge de la lésion dans le cerveau lui-même. Deux réglages de l’appareil, appelés séquences, ne réagissent pas à la même vitesse. La séquence de diffusion montre la zone privée de sang en quelques minutes ; la séquence FLAIR ne la fait apparaître qu’au bout de plusieurs heures. Une tache blanche en diffusion sans trace en FLAIR signale donc un AVC qui date, approximativement, de moins de 4 h 30. [4]

L’essai européen WAKE-UP, publié en 2018 dans le New England Journal of Medicine, a testé cette lecture sur 503 patients dont l’heure de début était inconnue, tirés au sort entre l’altéplase, le médicament de la thrombolyse, et un placebo. À trois mois, 53 % des patients traités n’avaient aucun handicap notable, contre 42 % sous placebo. Autrement dit, environ un patient de plus sur neuf traités s’en sortait sans séquelle gênante. Le prix à payer est connu : 2,0 % d’hémorragies cérébrales avec symptômes contre 0,4 %, et 10 décès contre 3, un écart qui n’atteignait pas le seuil statistique. L’essai a été arrêté avant les 800 patients prévus, faute de financement. [4]
Ce que la HAS a changé en octobre 2025 pour l’AVC constaté au réveil
La HAS a intégré ces résultats dans ses recommandations sur la phase aiguë de l’AVC ischémique, adoptées le 23 octobre 2025. Pour un AVC constaté au réveil, elle prévoit désormais deux voies vers la thrombolyse par altéplase, réservées aux patients pour qui une thrombectomie, le retrait mécanique du caillot, n’est pas prévue. Toutes deux exigent un score de gravité NIHSS d’au moins 4, une échelle de 0 à 42 que les neurologues établissent en examinant la force, la parole, la vue et la sensibilité. [2]
| Ce que montre l’imagerie | Délai à respecter | Niveau de preuve |
|---|---|---|
| IRM : lésion en diffusion, rien en FLAIR | Imagerie dans les 4 h 30 après la découverte des signes | Grade A |
| Scanner ou IRM de perfusion : zone encore sauvable (critères de l’essai EXTEND) | Dans les 9 h à partir du milieu du sommeil | Grade B |
| Grosse artère bouchée (critères DAWN ou DEFUSE 3), pour une thrombectomie | De 6 à 16 h, voire 24 h, après la dernière fois vu sans symptôme | Rappel, sans grade |
Ramenés à un matin ordinaire, ces délais sont courts. Pour une personne couchée à 23 h sans symptôme et trouvée à 7 h avec un bras paralysé, le milieu du sommeil tombe à 3 h : l’IRM doit être faite avant 11 h 30, l’imagerie de perfusion avant midi. La thrombectomie, si une grosse artère est bouchée, reste envisageable jusqu’à 23 h. Une famille qui attend deux heures « pour voir si ça passe » consomme près de la moitié de la fenêtre de l’IRM, avant même le trajet et l’examen. C’est pour cela que la HAS demande un accès prioritaire à l’imagerie cérébrale 24 h sur 24, en privilégiant l’IRM. [2] [3]
Appeler le 15 : les deux heures à donner au médecin régulateur
Au téléphone, deux informations comptent plus que toutes les autres, et elles ne se retrouvent plus une fois aux urgences si personne ne les a notées. La première est la dernière heure à laquelle la personne a été vue sans symptôme : l’heure du coucher, ou plus tard si elle s’est levée dans la nuit et que tout allait bien à ce moment-là. La seconde est l’heure à laquelle les signes ont été découverts. [1] La première sert à calculer le milieu du sommeil et la fenêtre de la thrombectomie ; la seconde ouvre le délai de 4 h 30 pour l’IRM. [2]
Le reste tient en quelques gestes : laisser la personne allongée dans une position confortable, ne lui donner ni à boire ni à manger, car l’AVC peut perturber la déglutition, et suivre les consignes du médecin régulateur. Celui-ci doit proposer en priorité une unité neurovasculaire, un service spécialisé dans la prise en charge des AVC. [1] [3]

Une ordonnance posée sur la table de nuit fait aussi gagner du temps. Les recommandations de la HAS contre-indiquent la thrombolyse chez une personne sous antivitamine K, un anticoagulant, dont l’INR, le test qui mesure la fluidité du sang, dépasse 1,7 ou n’est pas connu ; pour les anticoagulants oraux plus récents, la possibilité de thrombolyse reste à confirmer. [2] Savoir tout de suite quel traitement prend la personne évite à l’équipe de le chercher pendant que la fenêtre se referme.
Sources et références
[1] Journal des Femmes Santé — Professeur Cordonnier, neurologue : « Un AVC peut passer inaperçu quand on dort mais 3 signes alertent au réveil », 29 octobre 2026
https://sante.journaldesfemmes.fr/id/3281307-avc-de-reveil-symptomes/
[2] Haute Autorité de santé — Recommandations sur les traitements de la phase aiguë de l'accident vasculaire cérébral ischémique, fiche adoptée le 23 octobre 2025
https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2025-10/dir2/traitements_de_la_phase_aigue_de_laccident_vasculaire_cerebral_ischemique_-_recommandations.pdf
[3] Haute Autorité de santé — Accident vasculaire cérébral : prise en charge précoce, recommandation de bonne pratique, mise à jour partielle mise en ligne le 28 octobre 2025
https://www.has-sante.fr/jcms/c_830203/fr/accident-vasculaire-cerebral-avc-prise-en-charge-precoce-alerte-phase-prehospitaliere-phase-hospitaliere-initiale-indications-de-la-thrombolyse
[4] Thomalla G. et al. — MRI-Guided Thrombolysis for Stroke with Unknown Time of Onset (essai WAKE-UP), New England Journal of Medicine, 2018;379:611-622
https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa1804355
[5] Zhao Y. et al. — Prevalence of wake-up stroke: a systematic review and meta-analysis, Neurological Research, 2026;48(4):488-499, publié en ligne le 28 juillet 2025
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/40721293/
[6] Santé publique France — Gabet A. et al., Épidémiologie des accidents vasculaires cérébraux en France, BEH hors-série, 4 mars 2025 ; estimations par an et par jour : calcul de la rédaction
https://beh.santepubliquefrance.fr/beh/2025/HS/pdf/2025_HS_3.pdf
[7] Mackey J. et al. — Population-based study of wake-up strokes, Neurology, 2011;76(19):1662-1667
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/21555734/







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