Le 28 septembre, Santé publique France comptait 145 cas autochtones d’infection par le virus West Nile en France hexagonale, c’est-à-dire des personnes contaminées sur place, sans voyage [4]. Trois semaines plus tard, au 19 octobre, le compteur atteint 195 [1]. Cinquante cas de plus, à un rythme d’environ 17 par semaine depuis début octobre [2], alors que la saison 2025, déjà la plus forte jamais observée, s’était arrêtée à 62 cas [5]. Le bilan 2026 en fait plus de trois fois plus.
Derrière ce total, un chiffre retient l’attention : 76 personnes ont fait une forme neurologique, méningite ou encéphalite, et six d’entre elles sont mortes. Santé publique France précise que ces données, recueillies au moment du signalement, ne permettent pas encore de dire si ces décès sont dus au virus [1].
Un compteur qui monte encore alors que le pic est passé
La hausse des dernières semaines ne veut pas dire que l’épidémie s’emballe en ce moment. Rangés selon la date des premiers symptômes, les cas 2026 ont culminé autour de la semaine du 17 août, puis la courbe baisse : pour Santé publique France, le pic épidémique est passé [1]. Ce qui fait grimper le total, ce sont surtout des malades de fin d’été et de septembre dont le diagnostic a été confirmé et déclaré ensuite. Dans le dernier bulletin, le cas le plus récent a eu ses premiers signes le 10 octobre, dans le Val-de-Marne [1].
En ce moment
Le virus continue pourtant de circuler à bas bruit. Le moustique qui le transmet, le Culex, ou moustique commun, est présent partout en métropole et reste actif jusqu’en novembre ; la surveillance renforcée court jusqu’au 30 novembre [1]. Il pique surtout du soir au matin, d’où les gestes à garder quand le soleil se couche, détaillés début octobre, quand le bilan en était encore à 145 cas.
La carte, elle, s’est encore étendue. Au 5 octobre, 26 départements de 7 régions avaient eu au moins un cas [3]. Au 19 octobre, on en compte 30, dans 8 régions, avec l’arrivée de la Corse, des Deux-Sèvres et de la Mayenne [1]. Les Bouches-du-Rhône restent en tête (36 cas), devant la Haute-Garonne (22), le Var (19) et le Vaucluse (18).


Près d’un malade sur deux avec une forme neurologique : un chiffre à lire avec précaution
Sur les 195 cas, 35 n’avaient aucun symptôme : ils ont été repérés par le dépistage systématique des dons de sang, mis en place dans les départements touchés. Les 160 autres étaient malades, et 76 d’entre eux ont eu une atteinte du système nerveux, soit près d’un sur deux (47,5 %) [1]. La proportion grimpe même sur la fin de saison : entre le 5 et le 19 octobre, 16 des 27 nouveaux malades déclarés avaient une forme neurologique [1][3].

Faut-il en conclure que le virus est devenu plus agressif ? Rien ne le montre. Dans la population générale, environ 80 % des infections passent inaperçues, près de 20 % donnent une fièvre passagère, et seulement 1 % environ évoluent vers une forme neurologique [5][6]. Si ces formes pèsent autant dans le bilan, c’est qu’elles conduisent à l’hôpital, où l’on recherche le virus. Une fièvre de quelques jours, elle, est rarement testée. Le total réel des infections est donc bien supérieur à 195, et la part des formes graves bien plus faible.
Même lecture pour les décès : six cette année, tous parmi les formes neurologiques, contre cinq en 2025 pour un total trois fois plus petit [1][5]. La part des décès baisse donc mécaniquement, de 8 % à 3 % des cas, sans que la maladie soit devenue plus bénigne.
Qui risque une forme grave
Une forme neurologique peut survenir à tout âge, mais elle touche surtout deux groupes [5][6] :
- les personnes âgées : l’Organisation mondiale de la santé situe le risque accru au-delà de 50 ans ;
- les personnes dont l’immunité est affaiblie, comme les patients greffés.
Le bilan de la saison 2025 donne une idée de ce profil. L’âge médian des personnes infectées était de 55 ans, celui des personnes décédées de 76 ans, avec quatre hommes pour une femme parmi les morts [5]. Il n’existe ni vaccin pour l’homme ni traitement contre le virus lui-même : une forme neurologique se soigne à l’hôpital, en traitant les symptômes, parfois avec une assistance respiratoire [6].
Les signes qui doivent faire consulter
Les symptômes apparaissent en général 3 à 14 jours après la piqûre [6]. La forme courante ressemble à une grippe d’été : fièvre, maux de tête, fatigue, courbatures, parfois nausées ou petits boutons sur le tronc [6]. Avec de la fièvre dans les deux semaines suivant des piqûres, surtout dans un département où des cas ont été signalés, il est utile d’en parler à son médecin et de lui préciser où l’on a séjourné.
Certains signes indiquent en revanche que le système nerveux est atteint. Ils justifient d’appeler le 15 ou de se rendre aux urgences sans attendre [6] :
- une forte fièvre avec des maux de tête intenses ;
- une nuque raide, douloureuse quand on penche la tête en avant ;
- une confusion, une désorientation ou une somnolence inhabituelle ;
- des tremblements ou des convulsions ;
- une faiblesse musculaire, voire la paralysie d’un bras ou d’une jambe.

Le diagnostic repose sur une prise de sang ou une ponction lombaire qui recherche les anticorps produits contre le virus [6]. Chaque cas confirmé est déclaré à l’agence régionale de santé : c’est ce signalement qui déclenche, dans le département concerné, la sécurisation des dons de sang et d’organes [1].
Sources et références
[1] Santé publique France — Chikungunya, dengue, Zika et West Nile en France hexagonale. Bulletin de la surveillance renforcée du 21 octobre 2026
https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/2026-10/bullnat_arboviroses_20261021.pdf
[2] Santé publique France — Bulletin de la surveillance renforcée des arboviroses du 14 octobre 2026
https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/2026-10/bullnat_arboviroses_20261014.pdf
[3] Santé publique France — Bulletin de la surveillance renforcée des arboviroses du 7 octobre 2026
https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/2026-10/bullnat_arboviroses_20261007.pdf
[4] Santé publique France — Bulletin de la surveillance renforcée des arboviroses du 30 septembre 2026
https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/2026-09/bullnat_arboviroses_20260930.pdf
[5] Santé publique France — West Nile en France hexagonale en 2025. Bilan de la surveillance humaine, 6 mai 2026
https://invs.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/2026-05/bullnat_west_nile_20260506.pdf
[6] Organisation mondiale de la santé — Virus du Nil occidental, aide-mémoire
https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/west-nile-virus







