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Cinq intoxiqués à Ézanville, trois au Mans : le monoxyde de carbone se fait passer pour une grippe, mais un indice simple permet de le démasquer

Maux de tête, nausées, fatigue : le monoxyde de carbone imite la grippe. L'indice qui doit alerter : plusieurs personnes du même logement malades en même temps, en moyenne 2 à 4 par épisode selon les bilans.

Relu par Antoine BOUQUET
Dans une cuisine au crépuscule, un homme ouvre grand la fenêtre en se tenant le front, à côté d'une chaudière murale à gaz, avec un détecteur rond fixé au plafond.
Ouvrir grand la fenêtre, couper les appareils à combustion, sortir : face à des maux de tête près d'une chaudière, surtout s'ils touchent plusieurs personnes du foyer, ce sont les premiers gestes recommandés par Santé publique France.

Dans la nuit du 19 au 20 octobre, peu après 1 heure du matin, les pompiers du Val-d’Oise ont pris en charge cinq personnes à Ézanville, deux adultes et trois enfants, intoxiqués au monoxyde de carbone dans le même logement [1]. Le même jour, au Mans, un couple et son nourrisson ont dû être secourus pour la même raison [2]. Le 21 octobre au soir, à Merdrignac, dans les Côtes-d’Armor, c’est un couple de trentenaires qui a appelé les secours après le déclenchement de son détecteur [3]. Trois épisodes en moins de 48 heures, au moment où les chaudières, poêles et chauffages d’appoint repartent après l’été. Le point commun de ces intoxications n’est pas seulement l’appareil en cause : à chaque fois, plusieurs personnes du même foyer ont été touchées en même temps.

C’est précisément ce détail qui permet de reconnaître une intoxication que l’on prend volontiers pour une grippe. Chaque année en France, environ 3 000 personnes sont intoxiquées accidentellement au monoxyde de carbone et une centaine en meurent, rappelle Santé publique France [4].

Maux de tête, nausées, fatigue : des symptômes qui ressemblent à une grippe

Le monoxyde de carbone, ou CO, naît d’une combustion incomplète, quel que soit le combustible : gaz, bois, charbon, fioul, essence, pétrole [4]. Il ne se voit pas, ne sent rien et n’irrite ni les yeux ni la gorge. Une fois respiré, il se fixe dans le sang à la place de l’oxygène et peut, en moins d’une heure, provoquer des vertiges, une perte de connaissance puis un coma [7]. Une intoxication grave peut tuer en quelques minutes [4].

Le piège tient aux premiers signes. Santé publique France cite des maux de tête, une grande fatigue, des nausées, des vomissements ou des vertiges [4]. Le mal de tête est le symptôme le plus fréquent, et les troubles digestifs, nausées ou vomissements sans diarrhée, sont particulièrement trompeurs, souligne l’ARS Île-de-France [7]. Rien, pris isolément, ne distingue ce tableau d’un virus de saison. L’agence décrit d’ailleurs le CO comme « le grand imitateur », responsable d’« un grand nombre de faux diagnostics de grippe, de gastro-entérites ou d’autres affections bénignes » [8]. Le ministère de la Transition écologique fait le même constat : ces symptômes peuvent être confondus avec la grippe [6].

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Certaines personnes sont plus exposées à ce flou. Chez l’enfant de moins de deux ans, l’intoxication peut se manifester de façon atypique, par des cris par exemple. Chez la personne âgée, des signes peu spécifiques sont parfois attribués à tort à l’âge. Et chez la femme enceinte, le risque est élevé pour le fœtus [11].

Le vrai indice : plusieurs personnes malades au même endroit, au même moment

Une grippe se transmet, mais elle ne frappe pas tous les membres d’un foyer dans la même soirée. Le CO, si : il remplit la pièce, puis le logement. Santé publique France demande de s’alerter quand les symptômes apparaissent rapidement, en présence d’appareils à combustion, et touchent plusieurs personnes ou animaux domestiques en même temps dans un même lieu [4].

Les bilans des autorités sanitaires le montrent en chiffres. Rapportés au nombre d’épisodes déclarés, ils donnent une moyenne de victimes par intoxication, que nous avons calculée :

  • France : environ 3 000 personnes intoxiquées pour quelque 1 300 épisodes déclarés chaque année, soit environ 2,3 personnes par épisode [4] [5] ;
  • Île-de-France, 2025 : 604 personnes dans 227 épisodes, soit 2,7 personnes par épisode ; près de 85 % ont été hospitalisées et 7 sont décédées [7] ;
  • Centre-Val de Loire, 2025 : 178 personnes dans 44 situations, soit 4,0 personnes par situation, dont 49 hospitalisées et aucun décès [9].
Infographie : nombre moyen de personnes intoxiquées par épisode en France, en Île-de-France et en Centre-Val de Loire, appareils en cause à la maison et indices qui doivent alerter.
Une intoxication au monoxyde de carbone touche en moyenne entre 2 et 4 personnes à la fois selon les bilans : c’est l’indice qui la distingue le mieux d’une grippe. Infographie : Centre CLÉA, d’après Santé publique France et les ARS.

L’ARS Île-de-France ajoute deux autres indices à ce premier critère : les symptômes s’atténuent ou disparaissent quand les personnes quittent le logement, et un animal de compagnie se comporte anormalement, voire meurt [7]. Se sentir mieux au travail ou à l’école, puis de nouveau mal en rentrant le soir, correspond exactement à ce deuxième signal.

Un flacon de vaccin en verre posé entre une feuille d’automne orangée et une surface couverte de givre.

Chaudière, poêle, brasero : les appareils en cause à la maison

Les intoxications viennent le plus souvent d’un mauvais usage ou d’un défaut d’entretien [4]. Santé publique France range les sources en trois familles : les appareils raccordés à un conduit, comme les chaudières, chauffe-eau, poêles ou cheminées, mal entretenus ou mal réglés ; les appareils mobiles mal utilisés, chauffages d’appoint, braseros, barbecues, groupes électrogènes ou pompes à eau ; enfin les voitures dont le moteur tourne dans un local fermé comme un garage [4].

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Le bilan 2024 du Centre-Val de Loire donne une idée de leur poids respectif. Dans l’habitat, la chaudière était à l’origine de 56 % des cas, loin devant les groupes électrogènes (8 %), les poêles et radiateurs (7 %), les cheminées avec ou sans insert (7 %) et les barbecues ou braseros utilisés à l’intérieur (5 %) [10]. Un an plus tard, cette dernière part a bondi : en 2025, 21 % des intoxications survenues dans l’habitat de la région étaient liées à un barbecue ou à un brasero allumé à l’intérieur, plus de quatre fois plus qu’en 2024 [9].

Illustration : vue en coupe d'une maison en hiver avec une chaudière, un poêle, un chauffage d'appoint, un brasero, une voiture et un groupe électrogène, dont de fines volutes montent vers une chambre où dorment deux personnes et un chat.
Chaudière, poêle, chauffage d’appoint, brasero ou moteur dans un garage : toutes ces sources produisent un gaz invisible qui gagne les pièces voisines, chambres comprises. Illustration : Centre CLÉA.

Ce bond n’a rien d’anodin. Les ménages en précarité énergétique sont particulièrement exposés, avec des chauffages inadaptés, des installations défectueuses ou des aérations calfeutrées pour garder la chaleur [9]. Le brasero ou le barbecue rentré dans le salon, la gazinière ou le four allumés pour réchauffer la pièce, le chauffage d’appoint laissé en marche toute la soirée : ce sont précisément les gestes que les autorités demandent d’éviter. Un chauffage d’appoint à combustible ne doit pas fonctionner plus de deux heures d’affilée, et une cuisinière, un brasero ou un barbecue ne servent jamais à se chauffer [5] [9].

Que faire si toute la maison a mal à la tête

Au moindre doute, la conduite à tenir tient en quatre gestes [5] [9] :

  • aérer immédiatement en ouvrant portes et fenêtres ;
  • arrêter, si possible, les appareils de chauffage et de cuisson à combustion ;
  • sortir du logement, et ne pas y revenir avant le passage d’un professionnel qualifié ;
  • appeler le 15 (Samu), le 18 (pompiers) ou le 112 ; le 114 pour les personnes sourdes ou malentendantes. Le centre antipoison répond aussi jour et nuit au 01 45 42 59 59.

Mieux vaut appeler pour une fausse alerte que traiter une intoxication comme une grippe. Les personnes intoxiquées, même légèrement, reçoivent de l’oxygène dès leur prise en charge pour accélérer l’élimination du gaz, et les cas les plus graves passent en caisson hyperbare, pour des séances de 90 minutes [11]. Dans la majorité des intoxications aiguës, les symptômes disparaissent en 48 heures. Mais des troubles peuvent apparaître de 2 à 40 jours plus tard : migraines, vertiges, faiblesse musculaire, troubles de la mémoire, de l’audition ou du sommeil [8]. Après une intoxication, un suivi médical par l’hôpital est prévu pendant un an [11], et un trouble qui réapparaît dans les semaines suivantes mérite d’être signalé au médecin.

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À Merdrignac, c’est un détecteur de monoxyde de carbone qui a donné l’alerte [3]. Il ne faut pas le confondre avec un détecteur de CO2, qui mesure un autre gaz, le dioxyde de carbone, et ne réagit pas au monoxyde. Un détecteur de fumée ne repère pas non plus le CO, qui ne fait ni fumée ni odeur.

Avant d’allumer le chauffage : l’entretien annuel et dix minutes d’aération

La première protection se joue avant l’hiver. Santé publique France demande de faire vérifier et entretenir au moins une fois par an, et avant toute remise en route, les installations de chauffage, de production d’eau chaude et les conduits de fumée, par un professionnel qualifié, y compris dans les résidences secondaires [4]. Il faut lui demander une attestation d’entretien, qui prouve que l’appareil a été contrôlé [5].

Homme assis à son bureau faisant une pause, une main posée sur la nuque

Le reste tient à l’air qui circule. Il faut aérer chaque pièce au moins dix minutes par jour, même par grand froid, garder la ventilation en bon état et ne jamais boucher les entrées et sorties d’air [4]. Les groupes électrogènes, braseros et barbecues ne s’utilisent jamais dans un espace clos, garage, cave ou camping-car compris, ni près d’une porte, d’une fenêtre ou d’une bouche d’aération, et un moteur de voiture ne tourne jamais dans un garage fermé [4]. Ce sont les situations que les bilans retrouvent chaque hiver, quand une famille entière croit couver la même grippe.

Sources et références

[1] La Gazette du Val-d'Oise / actu.fr — Cinq personnes, dont trois enfants, hospitalisées après une intoxication au monoxyde de carbone dans le Val-d'Oise, 20 octobre 2026
https://actu.fr/ile-de-france/ezanville_95229/cinq-personnes-dont-trois-enfants-hospitalisees-apres-une-intoxication-au-monoxyde-de-carbone-dans-le-val-d-oise_64949986.html

[2] Ouest-France (Le Maine Libre) — « Inodore, invisible, mortel » : les pompiers alertent sur les risques liés au monoxyde de carbone, 22 octobre 2026
https://www.ouest-france.fr/sante/inodore-invisible-mortel-les-pompiers-alertent-sur-les-risques-lies-au-monoxyde-de-carbone-c4966700-cdf4-11f1-bb5f-3dc5c0feacca

[3] Ouest-France — Un couple de trentenaires intoxiqué au monoxyde de carbone dans cette commune des Côtes-d'Armor, 22 octobre 2026
https://www.ouest-france.fr/societe/faits-divers/un-couple-de-trentenaires-intoxique-au-monoxyde-de-carbone-dans-cette-commune-des-cotes-darmor-bc49b0b2-cdda-11f1-bb5f-3dc5c0feacca

[4] Santé publique France — Intoxications au monoxyde de carbone. Adopter les bons gestes peut sauver des vies, communiqué du 26 novembre 2025
https://www.santepubliquefrance.fr/presse/intoxications-au-monoxyde-de-carbone-adopter-les-bons-gestes-peut-sauver-des-vies

[5] Service-public.gouv.fr — Chaudière, poêle, chauffe-eau... : attention aux intoxications au monoxyde de carbone !
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A14487

[6] Ministère de la Transition écologique — Intoxication au monoxyde de carbone : 5 bons gestes à adopter pour s'en protéger
https://www.ecologie.gouv.fr/actualites/intoxication-monoxyde-carbone-5-bons-gestes-adopter-sen-proteger

[7] ARS Île-de-France — Risque d'intoxication au monoxyde de carbone : l'ARS Île-de-France appelle à la prudence (chiffres clés 2025), calculs de la rédaction
https://www.iledefrance.ars.sante.fr/risque-dintoxication-au-monoxyde-de-carbone-lars-ile-de-france-appelle-la-prudence

[8] ARS Île-de-France — Monoxyde de carbone
https://www.iledefrance.ars.sante.fr/monoxyde-de-carbone-1

[9] ARS Centre-Val de Loire — Monoxyde de carbone : avec le retour du chauffage, adoptons les bons gestes pour éviter les intoxications, communiqué du 19 octobre 2026, calculs de la rédaction
https://www.centre-val-de-loire.ars.sante.fr/monoxyde-de-carbone-avec-le-retour-du-chauffage-adoptons-les-bons-gestes-pour-eviter-les

[10] Préfecture du Loiret — Prévention des risques liés au monoxyde de carbone (bilan régional 2024 de l'ARS Centre-Val de Loire)
https://www.loiret.gouv.fr/index.php/layout/set/print/Actions-de-l-Etat/Securite-et-risques/Securite-civile-risques-et-protection-des-populations/Alerte-information-et-preparation-des-populations/Information-preventive/Campagne-de-prevention-sur-les-risques-courants/Prevention-des-risques-lies-au-monoxyde-de-carbone

[11] Santé.fr — Prise en charge d'une intoxication au monoxyde de carbone (CO)
https://www.sante.fr/prise-en-charge-dune-intoxication-au-monoxyde-de-carbone-co

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