Le mot « kystes » a longtemps donné une image trop étroite du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). Le 12 mai 2026, une initiative internationale réunissant associations de patientes et organisations professionnelles a annoncé un nouveau nom : Polyendocrine Metabolic Ovarian Syndrome, ou PMOS en anglais. Remis en lumière par une tribune publiée dans Le Monde le 16 octobre, ce renommage replace les hormones et le métabolisme au premier plan. Son intérêt est concret : comprendre pourquoi le suivi ne se limite ni à une échographie des ovaires ni à un projet de grossesse. [1, 2]
Un nouveau nom annoncé en mai, une transition encore en cours
Le nom anglais associe trois dimensions : plusieurs mécanismes hormonaux, le métabolisme — la manière dont l’organisme utilise et régule notamment les sucres et les graisses — et les ovaires. Il désigne le syndrome déjà connu, pas une maladie supplémentaire. L’Endocrine Society décrit un travail de quatorze ans, auquel ont participé 56 organisations et qui a recueilli plus de 22 000 réponses à une consultation. Elle annonce l’intégration du nouveau nom dans la mise à jour des recommandations internationales prévue en 2028. [1]
Il est donc possible de rencontrer encore « SOPK » dans les dossiers, les informations de santé ou les échanges médicaux. Garder ce repère tout en expliquant le nouveau nom est plus utile que remplacer un sigle par un autre sans en éclairer le sens. L’annonce de mai n’apporte, à elle seule, ni nouveau test diagnostique ni nouveau traitement.
En ce moment
Les « kystes » du nom courant sont en réalité des follicules
Un follicule ovarien est une petite structure qui contient un ovocyte. Au cours du cycle, certains follicules se développent et l’un d’eux peut parvenir à l’ovulation, c’est-à-dire libérer cet ovocyte. Dans le SOPK, ce processus peut être perturbé. L’aspect dit « polykystique » correspond à de nombreux petits follicules, pas à une accumulation de véritables kystes. [3]
Le piège du nom ancien est aussi de faire de cette image la définition entière du syndrome. Chez l’adulte, le diagnostic repose sur une combinaison de critères et l’exclusion d’autres causes. Lorsque des cycles irréguliers et une hyperandrogénie sont associés, les recommandations internationales de 2023 précisent qu’une échographie n’est pas nécessaire au diagnostic. L’hyperandrogénie désigne un excès d’androgènes, des hormones également présentes chez les femmes, repéré par des signes cliniques ou des analyses. À l’inverse, un aspect ovarien particulier ne suffit pas, à lui seul, à établir un SOPK. [4]

Cycles, peau, moral : relier des signes sans tout attribuer au SOPK
Des règles espacées ou absentes peuvent signaler une ovulation peu fréquente. Une pilosité excessive, une acné ou une chute de cheveux peuvent aussi faire partie du tableau, avec une intensité très variable d’une personne à l’autre. L’intérêt du regard hormonal est de relier ces manifestations plutôt que de les traiter comme des problèmes nécessairement séparés. Mais une acné isolée, par exemple, ne permet pas de poser le diagnostic. [3, 4]
Les signes visibles ne disent pas tout du retentissement. Les recommandations invitent à prendre au sérieux une pilosité gênante même si l’épilation la rend peu visible lors du rendez-vous. Elles prévoient aussi de rechercher des symptômes dépressifs et anxieux et de discuter de la qualité de vie. Le moral et l’image de soi appartiennent au sujet médical, sans que toutes les difficultés psychologiques aient pour cause le syndrome. [4]
Ce déplacement du regard compte : une consultation ne devrait pas être réduite à l’aspect des ovaires, au poids ou à la fertilité. La gêne ressentie et les priorités de la personne aident à choisir les objectifs de prise en charge.

Le métabolisme mérite un suivi, même sans surpoids
L’insuline est une hormone qui aide à réguler le sucre dans le sang. Dans le SOPK, une résistance à son action peut intervenir : l’organisme y répond moins efficacement. Les recommandations reconnaissent cette insulinorésistance comme un mécanisme important du syndrome. Elle ne se confond pas avec un diabète déjà installé. [4]
Le risque de troubles de la régulation du sucre et de diabète de type 2 est augmenté indépendamment de l’âge et de l’indice de masse corporelle. Attendre une prise de poids ou un symptôme très visible pour aborder le métabolisme laisserait donc une partie du suivi de côté. Un risque accru n’annonce pas pour autant un diabète inévitable chez chaque personne.
Les recommandations internationales de 2023 donnent des repères à adapter avec le professionnel qui assure le suivi :
- Au diagnostic : évaluer la régulation du sucre et réaliser un bilan lipidique, qui mesure notamment le cholestérol et les triglycérides, quels que soient l’âge et l’IMC.
- Chaque année : mesurer la pression artérielle.
- Tous les un à trois ans : réévaluer la régulation du sucre selon les facteurs de risque individuels. Le rythme des bilans lipidiques ultérieurs dépend des résultats et du risque cardiovasculaire global. [4]
Ce calendrier est un cadre international de suivi, non une ordonnance identique pour toutes. Il montre surtout pourquoi une prise en charge centrée uniquement sur les règles peut rester incomplète.

Changer de nom ne remplace pas les soins déjà possibles
La tribune d’octobre attire l’attention sur le manque de traitements développés spécifiquement pour ce syndrome. Cette revendication de recherche ne signifie pas qu’aucune prise en charge n’existe. L’Assurance Maladie décrit des soins adaptés aux symptômes, aux anomalies métaboliques et, lorsqu’il existe, au souhait de grossesse. Il n’existe pas de traitement qui guérisse le SOPK, mais plusieurs objectifs peuvent être travaillés avec la patiente. [2, 5]
Régulariser les cycles, prendre en charge une pilosité gênante ou une acné, améliorer une anomalie de la glycémie et accompagner un trouble de l’ovulation ne répondent pas à la même demande. Les choix se discutent selon les symptômes, les résultats du bilan et les priorités personnelles ; un projet de maternité n’est pas un passage obligé pour justifier des soins.
Les objectifs évoluent aussi au fil de la vie. Les recommandations de 2023 considèrent que le diagnostic peut être durable, y compris après la ménopause. L’arrêt des règles ne rend donc pas inutile la transmission de cet antécédent au médecin : il reste une information pour apprécier les facteurs de risque métaboliques et organiser leur suivi. [4]
Sources et références
Sources
[1] Endocrine Society — Polyendocrine Metabolic Ovarian Syndrome: New name to improve diagnosis and care of condition affecting 170 million women worldwide, 12 mai 2026. https://www.endocrine.org/news-and-advocacy/news-room/2026/pcos-name-change
[2] Collectif — Syndrome ovarien métabolique polyendocrinien : « Ce trouble féminin, orphelin thérapeutique, doit être identifié comme une priorité », tribune, Le Monde, 16 octobre 2026. https://www.lemonde.fr/sciences/article/2026/10/16/syndrome-ovarien-metabolique-polyendocrinien-ce-trouble-feminin-orphelin-therapeutique-doit-etre-identifie-comme-une-priorite_6795472_1650684.html
[3] Assurance Maladie — Syndrome des ovaires polykystiques : symptômes, diagnostic et évolution, 12 janvier 2026. https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/syndrome-ovaires-polykystiques/symptomes-diagnostic-evolution
[4] Teede H. J. et al. — Recommendations From the 2023 International Evidence-based Guideline for the Assessment and Management of Polycystic Ovary Syndrome, 2023, sections 1.3, 1.4, 1.7 à 1.9, 2.1 à 2.4 et discussion. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10505534/
[5] Assurance Maladie — Traitement du syndrome des ovaires polykystiques, 9 décembre 2025. https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/syndrome-ovaires-polykystiques/traitement







