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Médicaments contre l’acidité : en avez-vous encore besoin ? Une méthode aide à réduire les prises avec le médecin

Une brochure adressée au patient, en plus d’un outil envoyé à son généraliste : c’est le dispositif de DeprescrIPP présenté par le CHU de Nantes le 7 octobre. L’essai montre l’intérêt de cette information partagée pour réévaluer certains usages prolongés d’IPP avec le prescripteur.

Relu par Antoine BOUQUET
Une patiente lit une brochure en échangeant avec sa médecin au cabinet.

Votre ordonnance comporte toujours le même médicament contre l’acidité, mais vous ne savez plus très bien pourquoi il a été prescrit ? La question mérite une place dans la consultation. Avec DeprescrIPP, les chercheurs nantais ont testé une façon de l’amener : informer directement le patient, en plus d’outiller son médecin.

Une brochure à la maison, un outil au cabinet

Les inhibiteurs de la pompe à protons, ou IPP, diminuent la production d’acide dans l’estomac. Réévaluer leur prescription consiste à vérifier si leur utilité reste la même au fil du temps. C’est dans cette démarche que s’inscrit l’essai mené auprès d’adultes prenant un IPP depuis au moins un an, dans deux territoires de l’ouest de la France.

Dans un premier groupe, une brochure pédagogique était envoyée par courrier aux patients. Leurs généralistes recevaient, de leur côté, une lettre accompagnée d’un algorithme de déprescription : un outil pour guider la décision de réduire ou d’arrêter un traitement. Dans un deuxième groupe, seuls les médecins recevaient la lettre et l’outil. Un troisième poursuivait les soins habituels. [1]

Cette comparaison permet de poser une question précise : que change l’ajout d’une information pour le patient lorsque le médecin dispose déjà d’un appui ? Le dispositif donne aux deux interlocuteurs des supports pour aborder la place du traitement.

Le CHU de Nantes a présenté ces travaux le 7 octobre 2026. L’article scientifique, lui, était paru en ligne le 13 avril dans JAMA Internal Medicine, puis dans le numéro du 1er juin. [1, 2]

Informer les deux interlocuteurs donne un meilleur résultat

À un an, 14,9 % des patients du groupe brochure + outil médecin avaient atteint le seuil étudié, contre 7,7 % avec l’outil médecin seul. La différence était statistiquement significative. Dans le groupe des soins habituels, cette proportion était de 7,0 %. [1]

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Quel seuil, exactement ? Une baisse d’au moins 50 % de la consommation annuelle d’IPP estimée à partir des remboursements. Les chercheurs l’exprimaient en doses journalières définies, ou DDD : une unité standardisée pour comparer les quantités de médicaments. Ce résultat ne signifie ni une demi-dose à chaque prise, ni un arrêt complet chez tous les participants.

À un an, 14,9 % des adultes sous IPP depuis au moins un an recevant une brochure en plus de l’outil médecin réduisent d’au moins 50 % leurs DDD annuelles remboursées, contre 7,7 % avec l’outil médecin seul.
Deux dispositifs comparés à un an chez des adultes sous IPP depuis au moins un an. Le pourcentage représente la part atteignant le seuil de réduction, pas la baisse moyenne des prises. Source : Fournier et al., JAMA Internal Medicine, 2026. [1]

L’apport de la brochure apparaît donc au-delà de celui de l’outil remis au médecin. Pour autant, le seuil de réduction restait atteint par une minorité des patients.

Et les brûlures d’estomac après la réduction ?

L’essai n’a pas détecté de différence statistiquement significative entre les groupes pour le score évaluant l’impact du reflux. Cette mesure concernait un échantillon de 10 % des patients, pas l’ensemble des participants. [1]

Ce suivi à un an ne permet pas de garantir une absence de symptômes ou de rebond acide au début de l’arrêt. Le protocole signalait d’ailleurs qu’une mesure à douze mois pouvait manquer ce rebond précoce. [3] Si une modification est décidée, la conduite à tenir en cas de gêne doit donc faire partie de l’échange.

Une information pour ouvrir la discussion, pas pour arrêter seul

La brochure met le patient dans la boucle, mais la réévaluation reste liée à la raison de la prescription. La Haute Autorité de santé recommande de revoir régulièrement l’intérêt d’un IPP. Certaines situations, comme un œsophage de Barrett ou une œsophagite sévère, peuvent justifier sa poursuite avec un suivi adapté. [4]

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Lors du prochain rendez-vous, vous pouvez partir de trois questions simples : pourquoi cet IPP m’est-il encore utile ? Une réduction est-elle adaptée à ma situation ? Si nous la décidons, que faire si les symptômes réapparaissent et quand refaire le point ? Ces questions aident à préparer une décision avec le prescripteur.

Une patiente échange avec un généraliste dans un cabinet médical.

Le changement proposé par DeprescrIPP tient à cette place donnée au patient : comprendre assez le traitement pour pouvoir en parler. Ne modifiez pas seul vos prises à la lecture des résultats ; utilisez-les pour demander une réévaluation et repartir avec des consignes qui correspondent à votre situation.

Sources et références

[1] Fournier JP et al. Deprescribing Intervention and Reduction of Proton Pump Inhibitor Use in Primary Care: A Cluster Randomized Clinical Trial. JAMA Internal Medicine. 2026;186(6):668–676. DOI : 10.1001/jamainternmed.2026.0584. En ligne le 13 avril 2026 ; numéro du 1er juin 2026.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41973459/

[2] CHU de Nantes. Présentation des résultats de DeprescrIPP, 7 octobre 2026.
https://www.chu-nantes.fr/cp-medicaments-contre-lacidite-gastrique-les-resultats-dune-etude-publiee-par-des-chercheurs-du-chu-de-nantes-et-du-departement-de-medecine-generale-de-nantes-universite-demontrent-lefficacite-dune-methode-simple-pour-reduire-les-traitements-sans

[3] Nguyen-Soenen J et al. Effectiveness of a multi-faceted intervention to deprescribe proton pump inhibitors in primary care: protocol for a population-based, pragmatic, cluster-randomized controlled trial. BMC Health Services Research. 2022;22:219. DOI : 10.1186/s12913-022-07496-3.
https://bmchealthservres.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12913-022-07496-3

[4] Haute Autorité de santé. Bon usage des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP). Fiche validée le 8 septembre 2022.
https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2022-09/fiche_bum_-_bon_usage_des_inhibiteurs_de_la_pompe_a_protons_ipp.pdf

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