Quand on parle de tension, on pense surtout au cœur et aux artères. Pourtant, les vaisseaux reçoivent aussi des commandes du système nerveux. Des chercheurs se sont intéressés à un relais inattendu : des neurones qui participent à l’expiration pourraient entretenir une pression trop élevée. Pour comprendre cette piste, il faut suivre le trajet du signal, du cerveau jusqu’aux vaisseaux.
Quand l’expiration envoie aussi un signal aux vaisseaux
Ces neurones se trouvent dans la région parafaciale latérale, ou pFL, une petite zone du tronc cérébral. Elle intervient dans l’expiration active, lorsque les muscles abdominaux aident à chasser l’air, par exemple pendant une toux ou un rire. Une expiration ordinaire, elle, repose sur l’élasticité des poumons. [3]
Quel rapport avec la tension ? Cette zone communique avec des neurones du système nerveux sympathique, qui participe notamment au contrôle des vaisseaux. Lorsque les signaux favorisant leur contraction augmentent, les vaisseaux se resserrent et la pression monte. Le même circuit peut donc accompagner l’expiration et agir sur la circulation.
Les chercheurs ont étudié ce lien chez des rats rendus hypertendus par des baisses répétées de l’oxygène, appelées hypoxie intermittente. Dans ce modèle, l’activité des neurones pFL entraînait une stimulation excessive des circuits sympathiques au rythme de l’expiration. [1]
Désactiver ces neurones a fait baisser la tension chez le rat
L’équipe ne s’est pas contentée d’observer deux phénomènes en même temps. Elle a activé puis inhibé les neurones pFL avec des outils expérimentaux ciblés. Leur activation déclenchait une expiration active et faisait monter la pression. À l’inverse, leur inhibition supprimait l’excès de stimulation sympathique lié à l’expiration et ramenait la pression à un niveau normal chez les rats hypertendus. [1]
Ce résultat permet de mieux comprendre une hypertension entretenue par le système nerveux dans ce modèle animal. Il reste à établir comment ce relais intervient chez les personnes hypertendues. L’étude, publiée en ligne dès décembre 2025, ne démontre pas une cause commune à toutes les hypertensions humaines.

Une piste dans le cou, et un résultat humain bien différent
Pour agir sur ce circuit, les chercheurs envisagent de passer par les corpuscules carotidiens. Ces petits groupes de cellules, situés dans le cou près des artères carotides, détectent le niveau d’oxygène du sang et envoient des signaux au cerveau. Julian Paton, chercheur à l’université d’Auckland, explique que son équipe veut les cibler pour calmer à distance la région pFL, sans recourir à un médicament qui pénètre dans le cerveau. C’est un objectif de recherche. [3]
Une autre étude a exploré cette piste carotidienne avec le pyridoxal 5′-phosphate, ou PLP, une forme active de la vitamine B6. Les chercheurs ont étudié son action sur le récepteur P2X3, impliqué dans l’excitabilité de ces capteurs. Chez des rats spontanément hypertendus, une perfusion de PLP a réduit la pression artérielle. Il s’agit d’une expérience différente de celle qui inhibait directement les neurones pFL. [2]
Le volet humain a donné un résultat plus limité. Dans un petit essai comparé à un placebo, les participants ont reçu par voie orale du chlorhydrate de pyridoxine, une autre forme de vitamine B6. Leur réponse respiratoire au manque d’oxygène a été atténuée seulement dans le sous-groupe dont ce réflexe était très sensible. Autrement dit, lors du test, leur respiration réagissait moins fortement à la baisse d’oxygène.
En revanche, cet essai bref n’a montré ni baisse significative de la tension au repos, ni atténuation de sa hausse en réponse au manque d’oxygène. Modifier un réflexe respiratoire et faire baisser la pression sont deux résultats différents. La piste mérite donc des essais plus larges, mais son efficacité comme traitement de l’hypertension reste à démontrer. [2]

Ce que cela change si vous êtes suivi pour hypertension
Ces travaux ne donnent pas de raison de commencer une supplémentation en B6 pour faire baisser votre tension. Les auteurs signalent d’ailleurs un risque d’atteinte des nerfs avec une supplémentation prolongée en vitamine B6. [2] Les expériences sur les neurones pFL ne testaient pas non plus l’efficacité d’exercices respiratoires contre l’hypertension.
Si votre tension reste élevée malgré un traitement, gardez le fil du suivi avec votre médecin : vos mesures, les médicaments que vous prenez et les difficultés rencontrées sont des points concrets à aborder. Pour préparer cet échange, vous pouvez retrouver plus haut notre guide sur le relevé de tension à domicile. Et pour faire le point plus largement sur la prévention cardiovasculaire, le décryptage ci-dessous distingue les propositions de CAP CŒUR du rendez-vous Mon bilan prévention déjà existant.

La recherche ouvre ici une question précise : pourrait-on réduire des signaux nerveux excessifs pour mieux contrôler certaines hypertensions ? Le résultat chez le rat ouvre une piste, pas un traitement validé chez l’humain. En attendant, ne changez pas votre ordonnance sur la seule base de ces expériences, et parlez de vos questions à votre médecin.
Sources et références
- Lateral Parafacial Neurons Evoked Expiratory Oscillations Driving Neurogenic Hypertension. — Magalhães KS et coll. — Circulation Research. Publication en ligne le 17 décembre 2025, volume 138, n° 2 (janvier 2026).
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41404666 - Vitamin B6 (Pyridoxal 5′ Phosphate) antagonises carotid body P2X3 receptors in hypertension — Cardiovascular Research, volume 122, n° 2 (mars 2026). DOI : 10.1093/cvr/cvaf195.
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC13017554 - Brain linked to high blood pressure — Université d’Auckland. Communiqué du 6 janvier 2026.
https://www.auckland.ac.nz/en/news/2026/01/06/brain-linked-to-high-blood-pressure.html





