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Les malades de Parkinson qui bougent plus de 8 heures par semaine, jardinage compris, voient leurs symptômes avancer moins vite que les plus sédentaires

Chez des malades de Parkinson suivis jusqu'à sept ans, ceux qui bougeaient plus de 8 heures par semaine ont vu leur mémoire et leurs symptômes moteurs se dégrader moins vite, selon une étude publiée dans Neurology. Un temps d'activité, ménage et jardin compris, bien au-delà du minimum fixé par la Haute Autorité de santé.

Relu par Antoine BOUQUET
Parkinson : plus de 8 heures d'activité par semaine, jardinage compris, et des symptômes qui avancent moins vite. Vidéo Centre CLÉA.
Sommaire

Les participants n’étaient pas des sportifs. On leur demandait simplement combien d’heures par semaine ils passaient à bouger avec un effort au moins modéré, au travail, chez eux ou pendant leurs loisirs. La marche rapide, l’aspirateur, le lavage des vitres ou la tonte de la pelouse entraient dans le compte, au même titre que le tennis en double ou la natation tranquille. Le jogging, le vélo rapide, les sports collectifs ou le port de charges lourdes formaient la part « intense ». [1]

Maladie de Parkinson : 294 patients suivis jusqu’à sept ans selon leurs heures d’activité

L’étude, publiée en ligne le 7 octobre 2026 dans Neurology, la revue de l’Académie américaine de neurologie, porte sur 294 personnes atteintes d’une forme légère à modérée de la maladie, âgées de 66 ans en moyenne. Elles ont été incluses entre 2019 et 2025 dans une cohorte de l’université de Cincinnati, dans l’Ohio, et revues chaque année. [2] Deux tests servaient de thermomètre : le MoCA, un questionnaire noté sur 30 qui mesure la mémoire et la réflexion, et la partie motrice de l’échelle MDS-UPDRS, notée de 0 à 132, où le médecin cote la lenteur, la raideur et les tremblements. Au départ, ce score moteur tournait autour de 23. [1]

En ce moment

Les chercheurs ont rangé les patients en trois groupes : jusqu’à 4 heures d’activité par semaine, de 4 à 8 heures, et plus de 8 heures. Chez les moins actifs, le score de mémoire perdait en moyenne 0,478 point par an, contre 0,090 dans le groupe intermédiaire et 0,007 chez les plus actifs, autrement dit presque rien. Sur le versant moteur, le score des moins actifs s’aggravait de 0,143 point par an, alors qu’il reculait légèrement dans les deux autres groupes. [2] Ces écarts tiennent compte de l’âge, du sexe et de l’ancienneté de la maladie. Pour la mémoire, la différence entre les plus actifs et les moins actifs est nette ; pour les symptômes moteurs, elle est tout juste significative sur le plan statistique. [2]

Infographie aux couleurs de Centre CLÉA sur la maladie de Parkinson et l'activité physique. Minutes d'activité par semaine : minimum recommandé par la HAS, 150 minutes, soit 21 minutes par jour ; groupe le moins actif de l'étude, jusqu'à 240 minutes ; groupe intermédiaire, 240 à 480 minutes ; groupe le plus actif, plus de 480 minutes, soit plus de 69 minutes par jour. Variation estimée par an du test de mémoire MoCA sur 30 : moins 0,478 point, moins 0,090 et moins 0,007 selon le groupe. Variation par an du score moteur MDS-UPDRS-III sur 132, où plus haut veut dire pire : plus 0,143, moins 0,225 et moins 0,783. Étude d'observation sur 294 malades suivis jusqu'à 7 ans à Cincinnati.
Les trois groupes de l’étude publiée dans Neurology comparés au minimum de 150 minutes par semaine fixé par la HAS, et l’évolution annuelle de leurs scores de mémoire et de symptômes moteurs. Infographie : Centre CLÉA.

Prises année par année, ces différences paraissent minuscules sur des échelles de 30 et de 132 points. Elles ont pourtant vocation à s’additionner. Si l’écart mesuré entre les plus actifs et les moins actifs se maintenait sur les sept ans du suivi, il représenterait environ 3,3 points au test de mémoire et 6,5 points sur l’échelle motrice, selon notre calcul. C’est ce que souligne l’un des auteurs de l’étude.

Un homme d'environ 70 ans aux cheveux gris marche d'un pas rapide sur un chemin de berge couvert de feuilles d'automne, à contre-jour dans le soleil bas.

« Les bénéfices possibles de l’activité physique pour les personnes atteintes de Parkinson pourraient dépendre du temps pendant lequel elles restent actives et du fait qu’elles continuent dans la durée. Notre étude a trouvé de petites différences entre les niveaux d’activité, mais elles pourraient devenir plus importantes avec le temps. »

Dong-Woo Ryu, université de Cincinnati, communiqué de l’Académie américaine de neurologie (traduction de la rédaction)

Le temps passé à bouger compte plus que l’intensité de l’effort

L’équipe a mesuré l’activité de trois façons : le temps total, un volume qui donne plus de poids aux efforts intenses, et le seul temps d’activité intense. Prises une à une, les trois mesures vont dans le même sens. Mais une fois le temps total pris en compte, l’activité intense n’était plus liée à l’évolution des scores. [2] Pour un malade de 66 ans, la nuance change tout : ce qui accompagne un déclin plus lent, ce sont les heures cumulées, pas l’obligation de courir ou de s’essouffler.

Ce qui comptait dans le temps d’activité de l’étude

  • Effort modéré : marche rapide, tennis en double, natation tranquille, aspirateur, lavage des vitres, tonte de la pelouse.
  • Effort intense : jogging, vélo rapide, sports collectifs, tennis en simple, pelletage, port de charges lourdes.
  • Lieux pris en compte : le travail, la maison et les loisirs, tout ce que les patients déclaraient sur une semaine type.

Autre résultat qui intéresse directement les patients : l’activité récente restait associée à l’évolution des deux scores même après avoir tenu compte de l’activité des dix années précédentes. [2] Avoir été sportif autrefois ne résume donc pas tout : ce que la personne fait aujourd’hui pèse aussi.

La HAS demande au moins 150 minutes par semaine, l’étude regarde au-delà de 8 heures

En France, la Haute Autorité de santé a publié en juillet 2022 une fiche pour aider les médecins à prescrire de l’activité physique aux patients atteints de la maladie de Parkinson. Elle demande qu’une activité régulière soit prescrite dès le diagnostic, en parallèle de la rééducation. [3] Sa fiche destinée aux patients va plus loin dans le ton : l’activité physique y est présentée comme « un traitement non médicamenteux complémentaire essentiel car sa pratique régulière peut ralentir la progression de la maladie ». [4]

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  • Endurance : au moins 150 minutes d’effort modéré par semaine, ou 75 minutes d’effort intense, découpables en séquences de 10 à 15 minutes.
  • Renforcement musculaire : des jambes 2 à 3 fois par semaine, avec un travail spécifique des doigts, de la main et des muscles respiratoires.
  • Moins de temps assis : se lever ou bouger au moins une minute toutes les heures, marcher pour les petits trajets, prendre l’escalier.
  • Activités conseillées : tai-chi, yoga, danse et marche nordique, de préférence quand le traitement fait effet.

Mis côte à côte, les deux repères ne jouent pas dans la même catégorie. Le seuil de 4 heures de l’étude représente déjà 1,6 fois le minimum de la HAS, et 8 heures en font 3,2 fois, soit en moyenne 69 minutes par jour contre 21. Les deux chiffres ne mesurent pas exactement la même chose : l’étude additionne tout effort au moins modéré, ménage et jardin compris, quand la HAS vise des séances d’endurance qui s’ajoutent aux gestes du quotidien. Mais la lecture pour un patient est claire : 150 minutes sont un plancher, et une journée active en dépasse vite une partie.

Beaucoup de malades restent en dessous de ce plancher. Dans une enquête menée en février 2024 par l’association France Parkinson auprès de 3 347 personnes, 44 % reconnaissaient ne pas atteindre les 150 minutes d’activité modérée recommandées par l’OMS, et 61 % ignoraient ce repère. Parmi ceux qui pratiquaient, seuls 42 % atteignaient 300 minutes d’activité modérée par semaine. [5] Les non-pratiquants citaient d’abord leur état de santé (48 %), puis le manque de motivation (33 %), que l’apathie liée à la maladie peut expliquer. [5]

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Avant d’augmenter son activité

La HAS recommande une consultation médicale d’activité physique avant la prescription, en lien avec le neurologue. Les chutes de tension au lever imposent la prudence lors des exercices qui font varier la pression artérielle. Si l’état fluctue dans la journée, mieux vaut bouger quand le traitement agit, en phase dite « on ». [3] [4]

Une association observée, avec des limites qui comptent

Cette étude suit des patients sans leur imposer d’activité : elle montre que les plus actifs déclinent moins vite, pas que l’activité en est la cause. Une maladie qui progresse vite peut elle-même faire bouger moins. Les heures étaient en outre déclarées par les participants, avec le risque d’erreur que cela suppose, et la plupart avaient encore une bonne mémoire au départ, ce qui invite à la prudence pour les formes plus avancées. [1] Ce résultat rejoint pourtant ce que la HAS retenait déjà en 2022 : sur des modèles animaux, l’activité ralentit l’évolution de la maladie, et chez les patients, les programmes d’exercice améliorent la marche, l’équilibre et le score moteur. [3]

Une femme d'environ 70 ans aux cheveux gris courts, gilet matelassé et gants de jardinage verts, ratisse un tas de feuilles mortes dans son jardin au soleil d'automne, une brouette à côté d'elle.
Une retraitée ratisse les feuilles mortes de son jardin. Image d’illustration. Dans l’étude publiée dans Neurology, ces travaux de jardin entraient dans le temps d’activité au même titre que la marche rapide.

Ce que vous pouvez faire si vous ou un proche avez la maladie de Parkinson

  1. Faire le compte d’une semaine réelle : marche, ménage, jardin, bricolage, escaliers. Il donne la base avant d’ajouter quoi que ce soit.
  2. En parler au neurologue ou au médecin traitant, qui peut prescrire une activité physique adaptée encadrée par des professionnels formés. [4]
  3. Découper le temps en séquences de 10 à 15 minutes réparties dans la journée si une séance longue est trop dure. [3]
  4. Choisir une activité qui plaît, en groupe si possible : danse, tai-chi, marche nordique ou vélo d’appartement.

Dans le parcours de soins d’une affection de longue durée, dont fait partie la maladie de Parkinson, tout médecin qui intervient peut prescrire une activité physique adaptée. Les séances ne sont pas remboursées par l’Assurance maladie, même à 100 %. [6] Seule exception, depuis le 4 mars 2026 : les patients en situation d’obésité complexe suivis dans un parcours coordonné renforcé. Pour les autres, des agences régionales de santé, des collectivités ou des mutuelles financent une partie des séances, selon les territoires et les contrats. [7]

Sources et références

[1] American Academy of Neurology — Greater physical activity associated with slower progression in Parkinson's, communiqué du 7 octobre 2026
https://www.aan.com/PressRoom/Home/PressRelease/5370

[2] Ryu D-W et al. — Physical Activity and Motor and Cognitive Progression in Parkinson Disease: A Longitudinal Cohort Study, Neurology, publié en ligne le 7 octobre 2026, 107(9):e218682 (PubMed 42842855)
https://www.neurology.org/doi/10.1212/WNL.0000000000218682

[3] Haute Autorité de santé — Fiche Prescription d'activité physique. Maladie de Parkinson, validée par le Collège le 13 juillet 2022
https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2022-08/fiche_aps_parkinson_vf.pdf

[4] Haute Autorité de santé — Maladie de Parkinson. L'activité physique pour votre santé, fiche patient, décembre 2022
https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2022-11/ap_fiche_parkinson.pdf

[5] France Parkinson — Activité physique et maladie de Parkinson, enquête auprès de 3 347 personnes, février 2024
https://www.franceparkinson.fr/activite-physique-et-maladie-de-parkinson

[6] Service-public.gouv.fr — Prise en charge d'une affection de longue durée (ALD) par l'Assurance maladie, vérifié le 15 octobre 2026
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F34068

[7] ameli.fr — La prescription d'activité physique adaptée : une thérapeutique non médicamenteuse, 23 mars 2026
https://www.ameli.fr/medecin/sante-prevention/activite-physique-activite-physique-adaptee/prescription-activite-physique-adaptee

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