Le courrier de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) sur la pilule au désogestrel donne deux repères : 67 000 utilisatrices pour un cas supplémentaire estimé de méningiome opéré, et 17 000 lorsque l’exposition dépasse 5 ans. Ces chiffres parlent d’un excès par rapport au risque qui existe déjà sans ce médicament. Ils ne comptent pas tous les méningiomes. [2]
L’envoi de ces lettres a été annoncé le 10 septembre 2026. Les données, elles, viennent d’une étude française publiée dans le BMJ le 11 juin 2025. L’information remise aux patientes prolonge donc un travail déjà connu, plutôt qu’une découverte scientifique d’octobre 2026. [1, 3]
Un cas « supplémentaire » n’est pas un cas au total
Un méningiome est une tumeur qui se développe à partir des enveloppes entourant le cerveau. Il est le plus souvent non cancéreux, mais peut avoir des conséquences graves selon sa localisation. Le calcul présenté ici porte plus précisément sur les tumeurs ayant conduit à une intervention chirurgicale. [1, 4]
Le mot décisif est « supplémentaire ». Les chercheurs cherchent à estimer la part des opérations associée à l’exposition au désogestrel, au-delà des cas qui surviendraient en son absence. Dans leur calcul, il faudrait environ 67 000 utilisatrices, toutes durées d’utilisation confondues, pour compter un cas opéré additionnel. Pour le groupe exposé de façon continue pendant plus de 5 ans, ce nombre descend à environ 17 000. [1, 2]
En ce moment
Un dénominateur plus petit traduit ici un excès plus important : il faut moins d’utilisatrices pour atteindre le même événement supplémentaire estimé. Le papier scientifique donne les valeurs non arrondies de 67 287 et 17 331. Ce sont des estimations de groupe, ni une incidence totale de toutes les tumeurs, ni un taux annuel à appliquer à chaque femme. [1]

Pourquoi 5 ans de prise changent la lecture du risque
Le désogestrel directement étudié était la pilule contenant 75 µg de cette hormone seule. Les chercheurs ont reconstitué les expositions à partir des délivrances remboursées. Une utilisation « en cours » correspondait à au moins une délivrance dans l’année précédant la date retenue pour l’analyse. Ils ont ensuite distingué les durées continues. [1]
Au-delà de 5 ans, l’indicateur de risque relatif atteint 1,70 par rapport à l’absence d’exposition au désogestrel, après prise en compte des facteurs prévus par l’analyse. Autrement dit, le risque observé de méningiome opéré est environ 70 % plus élevé dans ce groupe. Cela ne veut pas dire que 70 % des utilisatrices auront une tumeur : une hausse relative peut porter sur un événement rare. [1]
| Exposition continue | Indicateur relatif (odds ratio) | Intervalle de confiance à 95 % |
|---|---|---|
| De 5 à 7 ans | 1,51 | 1,17 à 1,94 |
| 7 ans ou davantage | 2,09 | 1,51 à 2,90 |
Un indicateur de 1 correspondrait à l’absence de différence avec le groupe de référence. Les intervalles donnent une idée de l’incertitude statistique autour de chaque estimation. Ces résultats décrivent une association plus forte avec la longue exposition, pas un compteur individuel qui déclencherait une tumeur au cinquième anniversaire de la première boîte.

L’étude compte des opérations, pas toutes les tumeurs
Pour mesurer cette association, l’équipe EPI-PHARE a comparé les antécédents médicamenteux de 8 391 femmes opérées d’un méningiome intracrânien entre 2020 et 2023 avec ceux de 83 910 femmes témoins, appariées sur l’année de naissance et le département de résidence. Les 8 391 opérations correspondent à l’ensemble des cas inclus, pas au nombre d’opérations attribuées au désogestrel. [1]

Cette étude est observationnelle : les femmes n’ont pas reçu une contraception tirée au sort pour les besoins d’un essai. Les dossiers permettent de rapprocher une exposition passée et un événement de santé, avec des ajustements statistiques. Ils ne renseignent pas chaque prise réelle et ne permettent pas d’écarter tous les autres facteurs susceptibles d’influencer l’association. [1]
Le choix du critère chirurgical rend les cas identifiables dans les données hospitalières. En revanche, les méningiomes simplement surveillés ou traités uniquement par radiothérapie ne sont pas comptés comme événements dans cette analyse. L’estimation peut donc sous-évaluer le nombre total de méningiomes associés à ces expositions. Elle ne donne pas non plus la probabilité qu’une tumeur déjà diagnostiquée doive être opérée. [1]
Un même chiffre ne décrit pas toutes les utilisatrices
L’âge et les traitements antérieurs modifient aussi la lecture. Les auteurs ont retrouvé une association avec les longues durées avant comme après 45 ans. Cet âge n’est donc pas une frontière en dessous de laquelle tout risque serait exclu. Comme le risque de base augmente avec l’âge, un indicateur relatif comparable peut correspondre à un nombre différent de cas supplémentaires. [1]
Un autre groupe présentait une association plus élevée : les utilisatrices ayant auparavant reçu un progestatif déjà connu pour augmenter le risque de méningiome. Les deux grands dénominateurs du courrier ne remplacent donc pas l’examen de l’histoire médicamenteuse. L’ANSM demande une réévaluation annuelle de la contraception et déconseille de l’arrêter seule, en raison du risque de grossesse non désirée. Un méningiome actuel ou passé relève d’un autre cadre : il contre-indique le désogestrel et l’étonogestrel. [1, 2, 4]

Enfin, l’étude n’observait plus d’excès statistique de méningiome opéré chez les femmes ayant arrêté le désogestrel depuis plus d’un an. Ce résultat compare encore des groupes : il ne mesure pas la disparition d’une tumeur déjà présente et ne permet pas de supprimer le suivi d’un méningiome connu. [1]
Sources et références
[1] Roland et al., étude cas-témoins nationale, BMJ, 11 juin 2025
https://www.bmj.com/content/389/bmj-2024-083981
[2] ANSM, lettre aux patientes, campagne de septembre 2026
https://ansm.sante.fr/uploads/2026/09/09/20260910-desogestrel-et-meningiome-courrier-1200-als-deso-patiente.pdf
[3] ANSM, annonce de la lettre personnalisée, 10 septembre 2026
https://ansm.sante.fr/actualites/lansm-diffuse-une-lettre-personnalisee-pour-informer-les-femmes-du-tres-faible-risque-de-meningiome-associe-a-la-contraception-a-base-de-desogestrel
[4] ANSM, lettre aux professionnels de santé, août 2026
https://ansm.sante.fr/uploads/2026/08/11/20260811-dhpc-desogestrel-etonogestrel-aout-2026.pdf







