Un mal de tête qui revient, un dos douloureux pendant la journée, des maux de ventre qui obligent à annuler une sortie… À force, on peut finir par organiser sa vie autour de la douleur. Et par la mentionner moins souvent. Pourtant, avoir souvent mal ne devrait pas devenir une habitude à subir en silence.
Une vaste étude publiée le 5 octobre 2026 dans Nature Medicine donne une nouvelle ampleur à ce sujet : les femmes déclarent plus fréquemment des douleurs que les hommes dans chacune des onze zones du corps étudiées. Un constat qui invite à mieux reconnaître leur souffrance, pas à la considérer comme une fatalité. [1]
Des douleurs plus fréquentes, dans des régions du corps très différentes
Les chercheurs ont rassemblé les données de plus de six millions de personnes, issues d’enquêtes réalisées entre 1990 et 2025 dans 118 pays et territoires. Leur point de départ est simple : les douleurs rapportées par les personnes elles-mêmes, qu’un diagnostic ait déjà été posé ou non.
L’écart entre femmes et hommes apparaît aussi bien pour le dos et les articulations que pour la tête ou le ventre. Il est particulièrement marqué pour le visage, les maux de tête et les douleurs abdominales : leur fréquence est respectivement supérieure de 83 %, 74 % et 60 % chez les femmes. [1]
Attention au sens de ces chiffres : ils comparent la fréquence des douleurs, pas leur intensité. Une fréquence supérieure de 74 % pour les maux de tête ne signifie donc pas que chaque femme a « 74 % plus mal ». Et ce résultat général ne prédit pas ce que vous ressentirez personnellement.
Ce que l’étude dit — et ce qu’elle ne dit pas de votre douleur
Le fait de déclarer une douleur renseigne sur ce que l’on ressent. Mais il ne suffit pas à en identifier l’origine : un mal de tête n’est pas automatiquement une migraine, pas plus qu’un mal de ventre n’est automatiquement une endométriose. L’étude compare des douleurs par zone du corps, pas des diagnostics individuels.
Elle porte aussi sur des douleurs actuelles ou récentes, mesurées avec des questionnaires différents. Ses résultats ne décrivent donc pas uniquement la douleur chronique. Les données proviennent surtout de groupes observés à un moment donné : les chercheurs n’ont pas suivi les mêmes personnes pendant trente-cinq ans. [1]
Pour vous, la question reste celle de la douleur que vous vivez : où elle se situe, depuis quand elle revient et ce qu’elle vous empêche de faire. Une douleur pelvienne persistante, par exemple, mérite une évaluation adaptée à votre histoire médicale, y compris si vous avez déjà été opérée. La statistique mondiale ne remplace pas cet échange.
Reconnaître la douleur, c’est aussi écouter celle qui en parle
Le sujet ne se limite pas aux chiffres. Dans un article consacré aux douleurs chroniques féminines, l’Inserm décrit une parole encore trop souvent minimisée. Maud Frot, chercheuse en neurosciences, y explique que, pour des symptômes similaires, la douleur des femmes est plus souvent attribuée à une cause psychologique ou émotionnelle. Ces biais peuvent retarder le diagnostic et compliquer le parcours de soins. [3]
Ce constat concerne la prise en charge. Il n’explique pas à lui seul l’écart observé dans l’étude mondiale. Celle-ci n’établit pas pourquoi les femmes rapportent davantage de douleurs. En revanche, entendre une patiente décrire ce qu’elle ressent reste indispensable pour comprendre sa situation.
La fatigue, les déplacements devenus difficiles ou les activités auxquelles il faut renoncer font partie de cette situation. L’Inserm rappelle combien les douleurs chroniques peuvent peser sur le quotidien. Au rendez-vous, parler de ces conséquences donne une place concrète à la souffrance, au-delà d’une note d’intensité.

Par où commencer quand la douleur prend trop de place ?
Pour les douleurs chroniques, le médecin traitant reste la porte d’entrée du parcours de soins, rappelle l’Inserm. Des médecins spécialisés dans la douleur et des structures hospitalières dédiées peuvent ensuite proposer un accompagnement multidisciplinaire. Les délais d’accès peuvent toutefois être longs. [3]
Pour préparer cet échange, vous pouvez noter quelques repères : les moments où la douleur revient, sa localisation, ce qui semble l’aggraver ou l’apaiser, ainsi que son impact sur vos journées. L’objectif est de décrire votre expérience avec vos mots, sans avoir à trouver vous-même le nom d’une maladie.
Vous pouvez aussi chercher du soutien auprès d’une association de patients. L’Inserm souligne leur rôle d’écoute et d’échange pour les femmes qui vivent avec des douleurs chroniques. Cet appui complète le parcours médical, sans remplacer l’évaluation de vos symptômes. Pour certaines situations, comme les migraines accompagnées de troubles de l’équilibre, cette évaluation demande de bien distinguer les symptômes et leur contexte.
Au fond, la fréquence d’une douleur ne la rend pas moins digne d’attention. Que d’autres femmes vivent une situation semblable peut aider à se sentir moins seule. Cela ne vous oblige ni à vous y résigner, ni à attendre qu’elle devienne insupportable pour en parler à un professionnel de santé.
Sources et références
- Fillingim et al., Nature Medicine, 5 octobre 2026 — https://www.nature.com/articles/s41591-026-04696-w
- Inserm, Zoom sur les douleurs chroniques des femmes — https://www.inserm.fr/actualite/zoom-sur-les-douleurs-chroniques-des-femmes





