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Un moustique de quelques millimètres monte dans la soute ou la cabine d’un avion en Afrique de l’Ouest, survit au vol, puis s’échappe à l’arrivée, un soir d’été. Une seule piqûre lui suffit pour transmettre le parasite du paludisme à quelqu’un qui n’a jamais quitté l’Europe. Ce malade ne pense pas au paludisme, son médecin non plus : tout le danger de ce que les spécialistes appellent le paludisme d’aéroport, ou paludisme « de valise » quand le moustique a voyagé dans un bagage ou un colis, tient dans ce retard. [6]
Paludisme d’aéroport à Francfort : trois moustiques pour huit malades
À Francfort, le premier malade est mort début juillet sans que personne sache de quoi : la cause n’a été établie qu’après son décès, selon le service de santé de la ville. [3] Six personnes qui travaillaient à l’aéroport sont tombées malades entre début juillet et la mi-août, et deux d’entre elles sont mortes. En septembre, deux habitants de Schwanheim, un quartier situé à quelques kilomètres des pistes, ont été touchés à leur tour sans s’être rendus à l’aéroport ; l’un d’eux est mort. [2][4]
En ce moment
Le service de santé de Francfort a confié les prélèvements sanguins des malades à l’Institut de médecine tropicale d’Anvers, en Belgique, qui a lu le génome complet des parasites. Le résultat, publié le 4 novembre, distingue trois groupes génétiques bien séparés, qui correspondent aux infections de juillet, d’août et de septembre. « Cela soutient l’hypothèse de transmissions par trois moustiques différents », a expliqué Peter Tinnemann, qui dirige le service (traduction de la rédaction). Les parasites, des Plasmodium falciparum, viennent à l’origine d’Afrique de l’Ouest, et ces analyses plaident contre la piste d’un moustique allemand qui se serait infecté sur place. Aucun des huit malades n’avait voyagé en zone d’endémie ni reçu de transfusion. [1]
Trois arrivées indépendantes en un seul été : c’est ce qui sépare cet épisode des précédents. Francfort avait déjà recensé deux cas liés à son aéroport en 2019, puis trois salariés infectés en 2022, tous guéris ; cette fois-là, aucun moustique capable de transmettre le parasite n’avait pu être capturé. [10][11]
En France, 5 cas par an en moyenne et un record en 2025
La France déclare elle aussi chaque année des cas de paludisme contractés sur son sol, ce que les médecins appellent le paludisme autochtone. Un malade est compté comme tel quand on trouve le parasite dans son sang alors qu’il n’a pas séjourné en zone d’endémie dans les douze mois précédents. Les derniers chiffres de Santé publique France, présentés en 2026 aux Journées nationales d’infectiologie, montrent une nette hausse : [5]

- 3 cas par an en moyenne de 2011 à 2018, 8 par an de 2019 à 2025, avec un maximum de 16 cas en 2025 ;
- parmi eux, les cas d’aéroport ou de valise, transmis par un moustique arrivé d’une zone d’endémie, sont passés de 2 à 5 par an, soit 2,5 fois plus (calcul de la rédaction) ;
- sur les 59 cas de 2019 à 2025, 33 relevaient de ce mode de transmission (56 %), 9 avaient été contractés lors de soins à l’hôpital et 17 restaient inexpliqués.
Santé publique France y voit en partie le reflet de la hausse du paludisme en Afrique, où l’Organisation mondiale de la santé compte 24 % de cas en plus entre 2015 et 2024, et, pour le pic de 2025, l’effet d’un climat favorable à la survie des moustiques arrivés par les transports. Près de la moitié des cas (48 %) ont été diagnostiqués en Île-de-France, la région de Roissy, et 14 % en Auvergne-Rhône-Alpes. [5]
L’histoire plus longue va dans le même sens. De 1995 à 2022, 51 cas de paludisme d’aéroport ou de valise ont été recensés en France hexagonale : 29 chez des personnes qui vivaient, travaillaient ou étaient passées près d’un aéroport, en général dans un rayon de 5 km, 16 chez des personnes qui avaient manipulé un bagage ou un colis venu d’une zone d’endémie, et 6 qui cumulaient les deux. [6] À l’échelle européenne, une revue des cas publiés depuis 1969 attribue à la France 52 des 105 cas de paludisme d’aéroport, dont 32 liés à Roissy-Charles-de-Gaulle, davantage qu’à tout autre aéroport. [7] En 2024 encore, le Centre national de référence du paludisme a classé un cas en paludisme d’aéroport à Charles-de-Gaulle. [8][9]
Mis en regard, l’épisode allemand frappe par sa concentration : Francfort a compté en un seul été 8 cas, plus que la France entière n’en recense en moyenne chaque année pour ce mode de transmission : 33 cas en sept ans de 2019 à 2025, soit près de 5 par an (calcul de la rédaction). [1][5]

Faut-il craindre que le parasite s’installe en France ? Les données répondent plutôt non pour l’instant. De 1995 à 2022, seuls 3 cas ont été attribués à un moustique local infecté par un voyageur malade, sans qu’aucune chaîne de transmission se maintienne, et la plupart des anophèles présents en France semblent incapables de transmettre les souches tropicales de Plasmodium falciparum. [6] Les chercheurs surveillent toutefois Anopheles plumbeus, une espèce répandue en Europe soupçonnée d’avoir transmis deux cas en Allemagne, car le réchauffement pourrait rendre les moustiques locaux plus aptes à porter le parasite. [5][6] Le paludisme, lui, ne se transmet pas directement d’une personne à l’autre, sauf d’une femme enceinte à son bébé. [14]
Pourquoi le paludisme contracté sans voyage tue davantage
Le parasite en cause dans presque tous ces cas, Plasmodium falciparum (95 % des cas autochtones de 2019 à 2025), est le plus dangereux. [5] Non traité dans les 24 heures, il peut évoluer vers une forme grave, avec atteinte du cerveau, défaillance respiratoire ou cardiaque et atteinte des cellules du sang. [13] Or chez un malade qui n’a pas voyagé, personne ne le cherche d’emblée : de 1995 à 2022, il s’est écoulé en médiane 4,5 jours entre les premiers symptômes et le diagnostic d’un paludisme d’aéroport ou de valise. [6]
L’écart se lit dans l’issue des malades. De 2019 à 2025, 37 % des personnes infectées en France (19 sur 52 dont l’évolution est connue) ont fait un accès grave, contre 16 % des paludismes rapportés de voyage. Cinq malades sur 54 sont morts, soit 1 sur 11, contre 1 sur 200 pour le paludisme d’importation (calcul de la rédaction d’après Santé publique France) ; deux de ces cinq décès concernaient un paludisme transmis par le sang, lors de soins, d’une transfusion ou d’une greffe, et non par un moustique. [5] Chez un voyageur fiévreux qui rentre d’Afrique, le réflexe est de chercher le paludisme. Pour un malade qui n’a pas quitté la France, le paludisme ne vient pas à l’esprit, et c’est ce délai que les épidémiologistes de Santé publique France désignent comme un risque vital. [6]
Paludisme sans voyage : les symptômes et les situations qui doivent alerter
Aucun symptôme n’est propre au paludisme, ce qui explique les retards. Il commence comme une forte grippe : [12][13][14]
- une fièvre, souvent par accès avec frissons puis sueurs, entrecoupés de moments sans fièvre ;
- des maux de tête, des douleurs musculaires et une grande fatigue ;
- parfois des vomissements, une diarrhée ou une toux.
Ces signes apparaissent en général 7 à 15 jours après la piqûre, mais l’incubation peut durer jusqu’à 2 mois avec Plasmodium falciparum. [13] Ils doivent faire penser au paludisme, même sans voyage, quand la personne : [6][7]
- travaille sur un aéroport international, sur les pistes, au fret ou dans les avions ;
- habite à quelques kilomètres d’un aéroport : en Europe, les malades dont la distance est connue vivaient ou travaillaient en moyenne à 4,3 km des pistes ;
- a ouvert un bagage ou un colis arrivé d’une zone où sévit le paludisme, en particulier d’Afrique subsaharienne.

La prise de sang donne un indice précieux : des plaquettes basses, ce que les médecins appellent une thrombopénie. Devant une fièvre inexpliquée avec des plaquettes basses, les auteurs de l’étude de Santé publique France demandent d’envisager systématiquement le paludisme, même en l’absence de voyage. [6] Le diagnostic repose sur un examen du sang au microscope, le frottis et la goutte épaisse, ou sur un test rapide à confirmer, et le traitement est une urgence. [12] Pris à temps, le paludisme à falciparum se soigne bien et complètement, a rappelé le service de santé de Francfort. [2]
Certains signes imposent d’appeler le 15 sans attendre : confusion ou troubles de la conscience, convulsions, difficulté à respirer, urines foncées ou jaunisse. [12][13]

Le risque suit les saisons : de 2019 à 2025, 59 % des cas ont été diagnostiqués entre juin et septembre, quand la chaleur permet aux moustiques débarqués de survivre. Santé publique France estime que la hausse récente pourrait justifier de renforcer la désinsectisation des soutes et des bagages venant des pays où sévit le paludisme, en particulier de mai à octobre. [5] Avec l’automne, les conditions deviennent moins favorables aux moustiques importés, mais une infection contractée à la fin de l’été peut encore se déclarer des semaines plus tard, l’incubation pouvant atteindre deux mois. [13]
Sources et références
[1] Ville de Francfort, service de santé — Flughafenmalaria: Neue Ergebnisse aus dem Institut für Tropenmedizin Antwerpen/Belgien, 4 novembre 2026
https://frankfurt.de/de-de/aktuelle-meldung/meldungen/flughafenmalaria---neue-ergebnisse-aus-dem-institut-fuer-tropenmedizin
[2] tagesschau.de (hr) — Malaria in Frankfurt wohl von drei unterschiedlichen Mücken übertragen, 4 novembre 2026
https://www.tagesschau.de/inland/regional/hessen/hr-malaria-in-frankfurt-wohl-von-drei-unterschiedlichen-muecken-uebertragen-100.html
[3] BR24 (dpa) — Zwei Tote durch Malaria am Frankfurter Flughafen, 26 août 2026
https://www.br.de/nachrichten/deutschland-welt/zwei-tote-durch-malaria-am-frankfurter-flughafen,VTPp8B1
[4] Euronews — Troisième décès : l'épidémie de paludisme à Francfort s'étend, 17 septembre 2026
https://fr.euronews.com/2026/09/17/troisieme-deces-lepidemie-de-paludisme-a-francfort-setend
[5] Krug C, Figoni J, Modenesi G et al., Santé publique France — Paludisme autochtone en France hexagonale de 2019 à 2025 : hausse du nombre de cas, Journées nationales d'infectiologie 2026
https://www.infectiologie.com/UserFiles/File/jni/2026/comm/col03-01.pdf
[6] Delamare H, Tarantola A, Thellier M et al. — Locally acquired malaria: a retrospective analysis of long-term surveillance data, European France, 1995 to 2022, Eurosurveillance, 2024
https://www.eurosurveillance.org/content/10.2807/1560-7917.ES.2024.29.41.2400133
[7] Hallmaier-Wacker LK, van Eick MD, Briët O et al. — Airport and luggage (Odyssean) malaria in Europe: a systematic review, Eurosurveillance, 2024
https://www.eurosurveillance.org/content/10.2807/1560-7917.ES.2024.29.41.2400237
[8] INRS — Fiche Eficatt Paludisme, données épidémiologiques, édition juillet 2026
https://www.inrs.fr/publications/bdd/eficatt/fiche.html?refINRS=EFICATT_Paludisme§ion=donneesEpidemiologiques
[9] Centre national de référence du paludisme — Rapport d'activité 2024
https://cnr-paludisme.fr/wp-content/uploads/2026/02/rapport-activite-CNR-Paludisme-2024.pdf
[10] Kessel J, Rosanas-Urgell A, Dingwerth T et al. — Investigation of an airport-associated cluster of falciparum malaria in Frankfurt, Germany, 2022, Eurosurveillance, 2024
https://doi.org/10.2807/1560-7917.ES.2024.29.5.2300298
[11] Wieters I, Eisermann P, Borgans F et al. — Two cases of airport-associated falciparum malaria in Frankfurt am Main, Germany, October 2019, Eurosurveillance, 2019
https://doi.org/10.2807/1560-7917.ES.2019.24.49.1900691
[12] Santé publique France — Paludisme : la maladie
https://www.santepubliquefrance.fr/paludisme/la-maladie
[13] ameli.fr — Maladies parasitaires transmises par les moustiques : paludisme, filariose lymphatique, 28 juillet 2026
https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/piqure-moustique-maladies/maladies-parasitaires-moustiques
[14] Institut Pasteur — Paludisme : symptômes, traitement, prévention
https://www.pasteur.fr/fr/centre-medical/fiches-maladies/paludisme







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