Quand un cancer du pancréas progresse malgré un premier traitement, la question change : quelle autre option peut encore agir sur la maladie ? Le 15 octobre 2026, le comité des médicaments à usage humain de l’Agence européenne des médicaments (EMA) a recommandé l’autorisation de Rasonque, dont la substance active est le daraxonrasib. L’avis concerne les adultes atteints d’un adénocarcinome pancréatique métastatique ayant déjà reçu au moins un traitement systémique, c’est-à-dire agissant dans l’ensemble de l’organisme. [1]
Dans l’essai présenté par l’EMA, la survie globale médiane atteint 12,4 mois sous Rasonque, contre 6,7 mois sous chimiothérapie. Ce résultat porte sur des groupes de patients : il n’annonce ni une guérison ni une durée de vie garantie à chaque personne. L’intérêt de cette annonce est ailleurs : proposer une action ciblée sur un moteur de la croissance cancéreuse, après une thérapie antérieure. [1]
RAS : un signal de croissance qui reste activé
Les protéines RAS participent normalement à la croissance et à la survie des cellules. Dans l’adénocarcinome du pancréas, des mutations peuvent les maintenir en position activée. L’image d’un interrupteur bloqué aide à comprendre le problème : le message invitant la cellule à se multiplier continue de circuler alors qu’il devrait être régulé.
En ce moment
Le daraxonrasib intervient sur cette chaîne de transmission. Il se lie d’abord à une autre protéine, la cyclophiline A. Ensemble, ils forment un complexe qui se fixe sur les protéines RAS et bloque leur activité. L’EMA décrit ainsi une interruption des interactions avec les relais situés en aval du signal, conduisant à la mort de cellules cancéreuses et au ralentissement de leur croissance. [2]

Le changement mérite l’attention parce qu’il ne consiste pas seulement à administrer autrement un traitement : la cible biologique elle-même est au cœur de la stratégie. Pour autant, comprendre le mécanisme ne suffit pas à mesurer l’intérêt clinique. C’est la comparaison avec un autre traitement chez des personnes malades qui permet de voir si cette action se traduit par un bénéfice.
Une place après un traitement, pas à tous les stades du cancer
Le mot « métastatique » délimite la situation étudiée. Des cellules issues de la tumeur du pancréas ont formé des tumeurs à distance, par exemple dans le foie ou le péritoine, comme l’explique l’Institut national du cancer (INCa). Il ne s’agit donc pas de l’ensemble des cancers du pancréas, ni d’une annonce sur une tumeur localisée pouvant relever d’une opération. [3]
Le projet d’indication européen prévoit Rasonque seul, après au moins une thérapie systémique. « En monothérapie » signifie qu’il constituerait le traitement anticancéreux utilisé seul dans cette indication, et non qu’il supprimerait les autres soins. La nouveauté s’inscrit dans un parcours déjà engagé. Elle ne remplace pas, par cet avis, les traitements initiaux de tous les patients. [2]
L’étude multinationale de phase 3 a inclus 500 personnes dont la maladie s’était aggravée après un traitement systémique. Elle était ouverte : les participants et les équipes connaissaient le traitement administré. Une mutation RAS G12 était confirmée chez 92 % des participants. Ce chiffre décrit la population de l’essai ; il ne faut pas le transformer en une obligation de test particulier qui ne figure pas dans le libellé de l’avis européen. [1, 2]
Freiner la progression tout en poursuivant les soins
Un autre résultat éclaire la fonction attendue du médicament : la durée médiane vécue sans aggravation de la maladie était de 7,2 mois avec Rasonque, contre 3,6 mois avec la chimiothérapie. Cette mesure et la survie globale répondent à deux questions différentes et ne s’additionnent pas. Elles situent le bénéfice dans le contrôle de la maladie, plutôt que dans l’idée d’un cancer définitivement effacé. [1]
La voie orale est une caractéristique du traitement, pas un certificat de légèreté. Les effets indésirables les plus fréquents signalés par l’EMA comprennent la diarrhée, les éruptions cutanées, l’inflammation de la bouche, les nausées et les vomissements. Le traitement doit être commencé par un médecin expérimenté dans l’utilisation des médicaments anticancéreux. [2]

Cette place donnée au médicament laisse entière celle de l’accompagnement. L’INCa rappelle que le choix des traitements est discuté entre plusieurs médecins en réunion de concertation pluridisciplinaire. La prise en charge de la douleur et le suivi spécialisé appartiennent également au parcours. Un traitement dirigé contre une cible moléculaire et les soins qui soulagent les symptômes répondent à des besoins différents : les opposer ferait perdre de vue ce que vit la personne malade. [3]
L’avis européen ne fixe pas encore l’accès en France
Le comité de l’EMA a rendu un avis positif ; il appartient ensuite à la Commission européenne de décider de l’autorisation de mise sur le marché. Les décisions de prix et de remboursement relèvent alors des États membres. Aucun calendrier français de disponibilité ni prix français n’est établi dans ces annonces. [1]
La fiche européenne précise que les recommandations détaillées d’utilisation figureront dans le résumé des caractéristiques du produit, publié après l’autorisation de la Commission. Ce document doit donner le cadre pratique du traitement, au-delà de la description de son mécanisme et des résultats de l’essai. [2]
Sources et références
- EMA — Recommandation de Rasonque, 15 octobre 2026 — https://www.ema.europa.eu/en/news/ema-recommends-authorisation-rasonque-metastatic-pancreatic-cancer
- EMA — Avis européen et indication de Rasonque — https://www.ema.europa.eu/en/medicines/human/EPAR/rasonque
- Institut national du cancer — Cancer du pancréas : l’essentiel — https://www.cancer.fr/personnes-malades/les-cancers/pancreas/comprendre-la-maladie/l-essentiel







