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Vomissements sous Ozempic : pourquoi l’ANSM alerte sur un risque indirect chez les patients prenant de la metformine

Deux décès avec implication indirecte du sémaglutide ont été décrits dans le rapport de l’ANSM publié le 7 octobre. Vomissements, déshydratation, reins : le mécanisme aide à comprendre ce qui doit être surveillé sous metformine, sans transformer l’association en interdit général.

Relu par Antoine BOUQUET
Échange en pharmacie autour d’une boîte de médicament et d’une ordonnance.

Deux décès survenus chez des personnes diabétiques prenant de la metformine éclairent un volet moins connu de l’alerte de l’ANSM sur les GLP-1. Dans son troisième rapport de pharmacovigilance, rendu public le 7 octobre 2026, l’agence décrit une implication indirecte du sémaglutide, via une déshydratation, dans deux cas fatals d’acidose lactique. Les signalements étudiés couvrent la période du 1er février 2025 au 31 janvier 2026. Il ne s’agit pas d’une interdiction d’associer les deux traitements, mais d’un risque à comprendre lorsqu’une mauvaise tolérance digestive s’installe. [2]

Le point important n’est pas seulement ce qui figure sur l’ordonnance. C’est aussi ce qui change pendant le traitement : des vomissements répétés peuvent modifier la façon dont l’organisme élimine un autre médicament. Une association prescrite peut donc nécessiter une réaction rapide à un symptôme nouveau, sans être une association à condamner en bloc.

Le maillon entre les vomissements et la metformine, ce sont les reins

La metformine est un médicament du diabète de type 2. Elle est éliminée par les reins. Si leur fonctionnement se dégrade brusquement, elle peut s’accumuler dans l’organisme et augmenter le risque d’acidose lactique, une complication métabolique très rare mais grave dans laquelle le sang devient trop acide avec une augmentation du lactate. [4]

Dans les dossiers analysés, les troubles digestifs constituent le début de la chaîne. Des vomissements persistants peuvent provoquer une déshydratation. La circulation sanguine vers les reins peut alors diminuer et une insuffisance rénale aiguë apparaître : les reins assurent moins bien leur travail d’élimination. La metformine, jusque-là prise à une dose prescrite, peut devenir trop présente dans l’organisme. Le rapport décrit aussi une diminution de l’irrigation des tissus dans ces complications sévères. [3]

« Indirect » ne veut donc pas dire « négligeable ». Le sémaglutide n’a pas besoin d’attaquer directement la metformine pour contribuer à une complication. Il peut favoriser, par ses effets digestifs, une situation dans laquelle l’autre traitement devient plus risqué. Cette chaîne reste un mécanisme possible, pas l’évolution habituelle d’un épisode de nausée.

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Schéma du mécanisme possible : vomissements persistants, déshydratation, fonction rénale altérée, accumulation de metformine et risque d’acidose lactique.
Ce mécanisme indirect peut survenir dans un contexte de déshydratation ; il ne décrit pas une évolution systématique. ANSM, rapport n° 3 [3].

Ce que racontent les deux cas fatals sous Ozempic

Les deux dossiers concernent Ozempic, un médicament à base de sémaglutide indiqué dans le diabète de type 2. Dans le premier, un homme reçoit plusieurs antidiabétiques, dont Ozempic et la metformine. Des vomissements et une dégradation de son état général apparaissent 48 heures après une augmentation de la dose d’Ozempic. Une acidose lactique majeure, une insuffisance rénale sévère et une atteinte hépatique suivent. Il décède malgré sa prise en charge en réanimation. [3]

Dans le second dossier, une femme traitée par metformine présente des vomissements quotidiens persistants après l’introduction d’Ozempic. Une semaine après une augmentation de dose, elle développe une acidose lactique massive et une défaillance de plusieurs organes. Elle décède également en réanimation. Les deux personnes avaient d’autres maladies ou traitements : ces observations portent sur des situations cliniques complexes, pas sur une expérience isolant l’effet d’un seul produit. [3]

Le rapport retient une implication indirecte des GLP-1 dans ces deux cas. Il recense, au total, 13 décès notifiés sur la période, ce qui ne signifie pas 13 décès causés de façon démontrée par ces médicaments. La pharmacovigilance analyse des événements déclarés pour détecter des signaux de sécurité. Ces dossiers ne permettent pas de chiffrer le risque individuel de l’association metformine–Ozempic. [2]

Consultation médicale autour d’un stylo d’injection.

Une prescription adaptée n’efface pas une déshydratation nouvelle

Pourquoi revenir sur un risque déjà connu avec la metformine ? Parce qu’un contrôle des reins réalisé avant le traitement ne décrit pas leur état après plusieurs jours de vomissements. Le problème est dynamique. Dans les cas présentés, le début du traitement ou l’augmentation des doses apparaît comme un moment où la tolérance digestive mérite une attention particulière. Le suivi ne peut pas se limiter à constater que l’association a été prescrite.

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Un autre dossier du rapport montre combien le contexte peut compter. Une femme prenant Ozempic, de la metformine et de l’irbésartan reçoit du kétoprofène, un anti-inflammatoire, pendant une canicule. Elle présente des vomissements récurrents, puis une insuffisance rénale sévère avec acidose. Son évolution est favorable après une prise en charge en réanimation. Les rapporteurs décrivent plusieurs facteurs ayant favorisé l’atteinte rénale ; Ozempic n’y apparaît pas comme le médicament interactif principal, mais comme un contributeur indirect possible. [3]

Cette observation donne une raison concrète de signaler aussi les traitements ajoutés récemment, y compris sans ordonnance. L’alerte ne porte pas uniquement sur deux noms de médicaments : elle concerne l’ensemble des facteurs qui peuvent se cumuler autour de l’hydratation et de la fonction rénale.

Illustration de mains organisant des ordonnances et des plaquettes de comprimés sur une table.
Les médicaments ajoutés récemment comptent aussi dans l’évaluation des associations, notamment ceux qui peuvent altérer la fonction rénale.

Vomissements persistants : quelle conduite prévoit la metformine ?

La documentation officielle de Glucophage, à base de metformine, prévoit un arrêt temporaire de la metformine en cas de déshydratation, notamment lors de vomissements sévères, de diarrhée, de fièvre ou d’une diminution des apports en liquides, et recommande de contacter un professionnel de santé. C’est une précaution liée à cette situation aiguë, pas une consigne d’abandonner durablement les traitements du diabète à la lecture de l’alerte. [4]

Si les vomissements se prolongent ou empêchent de boire normalement, demandez rapidement un avis médical en précisant :

  • le nom de votre GLP-1 et la date de son introduction ou de la dernière augmentation de dose ;
  • depuis quand vous vomissez et ce que vous arrivez encore à boire ;
  • tous les traitements pris, dont la metformine et les produits ajoutés récemment.
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Des difficultés à respirer, une grande faiblesse, des crampes musculaires, des douleurs abdominales ou une baisse de la température corporelle font partie des signes possibles d’acidose lactique décrits dans la documentation de la metformine. Ils ne permettent pas de poser soi-même le diagnostic. En présence de symptômes évocateurs, cette documentation demande d’arrêter la metformine et de consulter immédiatement un médecin. [4]

L’ANSM maintient un rapport bénéfice/risque favorable pour les GLP-1 utilisés conformément aux recommandations. Son alerte demande une vigilance accrue sur les interactions pendant le suivi : comprendre la déshydratation comme un signal à prendre en charge est plus utile que transformer une association en interdit général. [1]

Conseil au comptoir d’une pharmacie pour choisir un remède sans ordonnance.

La metformine n’est d’ailleurs pas le seul médicament concerné par ces changements. Le rapport cite notamment le lithium et le tacrolimus, dont l’exposition peut être modifiée, ainsi que certains anticoagulants. Pour ces derniers, la surveillance porte sur l’effet anticoagulant ; pour d’autres traitements, elle peut inclure leurs concentrations dans le sang. Le contrôle pertinent dépend du médicament associé, en particulier au début du GLP-1 ou lors d’un ajustement de dose. [3]

Sources et références
  1. ANSM — 3ᵉ rapport de pharmacovigilance sur les aGLP-1 : mésusage et interactions médicamenteuses (7 octobre 2026).
    https://ansm.sante.fr/actualites/3-rapport-de-pharmacovigilance-sur-les-aglp-1-persistance-du-mesusage-associe-a-des-complications-graves-et-mise-en-evidence-du-risque-dinteractions-medicamenteuses
  2. ANSM / CRPV de Montpellier — Résumé du rapport d’enquête de pharmacovigilance n° 3, période du 1er février 2025 au 31 janvier 2026 (octobre 2026).
    https://ansm.sante.fr/uploads/2026/10/07/20261001-resume-enquete-pv-analogues-glp-1.pdf
  3. ANSM / CRPV de Montpellier — Rapport d’enquête de pharmacovigilance n° 3, section 6.3 « Interactions médicamenteuses », cas 13.8 à 13.10 et mécanismes (mis en ligne le 7 octobre 2026).
    https://ansm.sante.fr/uploads/2026/10/07/20260630-rapport-3-enquete-pv-analogues-glp-1.pdf
  4. ANSM — Glucophage 500 mg, comprimé pelliculé : résumé des caractéristiques du produit, rubriques 4.4 et 4.5 (mise à jour du 10 février 2026).
    https://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/medicament/68583940/extrait

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