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Une injection et des lunettes pour mieux voir ? Les premiers résultats d’un essai sur la rétinite pigmentaire

Mieux percevoir la lumière et mieux repérer un objet : ces deux progrès ne se mesurent pas de la même façon. Les résultats de GS030, une approche expérimentale associant thérapie génique et lunettes, apportent des premiers repères chez dix personnes atteintes de rétinite pigmentaire avancée. Ils ne correspondent pas à une vision normale retrouvée.

Relu par Antoine BOUQUET
Un homme présente une maquette d’œil ouverte sur le côté et en désigne le pourtour de l’iris avec son index.

Une lumière que l’on distingue plus facilement, un objet que l’on parvient mieux à situer : pour une personne aveugle, ces changements peuvent sembler proches. Pourtant, les résultats de l’essai GS030 chez dix personnes atteintes de rétinite pigmentaire avancée reposent sur deux évaluations différentes. La publication du 8 octobre 2026 dans le New England Journal of Medicine rapporte une amélioration de la sensibilité lumineuse chez certains participants. Le communiqué de GenSight Biologics et de l’Hôpital national des 15-20 décrit aussi des progrès dans certaines tâches visuelles. [1, 2]

Six participants sur dix ont atteint un seuil de sensibilité lumineuse

Premier repère : le test appelé FST évalue la sensibilité à la lumière. Il s’intéresse au seuil à partir duquel une stimulation lumineuse est perçue. Dans cette étude, l’œil non traité était masqué et les participants utilisaient des lunettes de stimulation lumineuse conçues pour activer la protéine apportée par la thérapie. [1]

La sensibilité a augmenté chez sept des dix participants. Parmi eux, six sur dix ont atteint le seuil d’amélioration jugé cliniquement pertinent par les auteurs : une sensibilité multipliée par environ quatre ou davantage. Cela ne signifie pas qu’ils ont récupéré quatre fois plus de vision. Le chiffre porte sur la lumière perçue, pas sur la lecture d’un texte ou la reconnaissance d’un visage. [1]

Une précision compte pour interpréter ce résultat : le seuil retenu s’appuie sur la littérature scientifique, mais il n’était pas prédéfini dans le protocole. Les six participants ne correspondent donc pas à la réussite d’un objectif d’efficacité fixé à l’avance. L’étude avait d’abord pour objectif d’évaluer la sécurité de l’approche.

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Quatre sur huit ont progressé dans certaines tâches avec les lunettes

Repérer un objet demande autre chose que percevoir une lumière. Selon le communiqué conjoint de GenSight et des 15-20, quatre des huit participants ayant terminé les tests comportementaux ont montré des changements positifs dans certaines tâches, avec les lunettes. Il s’agissait de détecter, localiser ou toucher des objets, ou de déterminer l’orientation de barres. Le communiqué ne dit pas que les quatre personnes ont progressé dans toutes ces tâches. [2]

Pour garder les deux résultats en tête, voici ce que chaque chiffre décrit :

Deux évaluations visuelles de l’essai GS030
ÉvaluationRésultat rapportéConditions
Sensibilité lumineuse, test FST6 participants sur 10 atteignent le seuil retenu d’amélioration.Avec lunettes, œil non traité masqué ; seuil non prédéfini. [1]
Certaines tâches visuelles4 participants sur les 8 ayant terminé les tests montrent des progrès.Avec lunettes ; résultat décrit dans le communiqué conjoint. [2]
GS030 dans la rétinite pigmentaire avancée : avec lunettes, six sur dix atteignent le seuil retenu de sensibilité lumineuse, non prédéfini ; selon le communiqué, quatre des huit ayant terminé les tests progressent dans certaines tâches. La vision normale n’est pas restaurée.
Les résultats concernent deux évaluations distinctes. FST : test de sensibilité lumineuse ; tâches : détection, localisation ou toucher d’objets, orientation de barres. [1, 2]

Les deux chiffres ne s’additionnent pas. Ils décrivent des évaluations de la même petite étude, avec des dénominateurs différents. Le résultat de six sur dix concerne la sensibilité lumineuse ; ce n’est pas le nombre de personnes qui détectent mieux des objets.

Microscope et boîte de culture éclairée en bleu dans un laboratoire.

Pourquoi les lunettes font-elles partie du résultat ?

GS030 associe une injection dans l’œil et un dispositif de stimulation lumineuse. L’injection apporte le gène de ChrimsonR, une protéine sensible à la lumière, à des cellules ganglionnaires de la rétine. Ces cellules peuvent alors répondre à la stimulation fournie par les lunettes. L’approche cherche ainsi à contourner la perte des photorécepteurs, les cellules qui captent normalement la lumière et qui dégénèrent dans la rétinite pigmentaire. [1, 2]

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On ne peut donc pas détacher les résultats décrits du dispositif utilisé pour les mesurer. Les lunettes ne sont pas une simple correction optique ajoutée après le traitement : elles activent la protéine photosensible. Pour les tâches rapportées ici, le progrès a été observé avec ce dispositif, pas comme un bénéfice établi sans lunettes.

Une avancée exploratoire, pas une vision normale restaurée

L’Institut d’ophtalmologie moléculaire et clinique de Bâle (IOB), qui participe à ces recherches, le précise : le traitement n’a pas restauré une vision normale. Les résultats portent sur des aspects de la fonction visuelle, chez des personnes atteintes d’une maladie rétinienne à un stade avancé. Ils ne s’appliquent pas à toutes les causes de cécité. [3]

La sécurité reste l’objectif principal de cet essai ouvert, financé par GenSight Biologics. Les chercheurs rapportent 34 événements indésirables oculaires chez neuf des dix participants, dont un événement sévère : une occlusion transitoire de l’artère centrale de la rétine, immédiatement après l’injection, résolue en quelques minutes après un traitement par collyre. Les autres événements étaient légers ou modérés. Les auteurs demandent d’autres recherches pour évaluer davantage la sécurité et l’efficacité. [1]

Pour la suite, les questions restent très concrètes : quels gestes pourront être améliorés, chez quelles personnes, et pendant combien de temps ? Ces premiers résultats ne donnent pas encore de réponse générale. GS030 demeure un candidat expérimental : dans leur annonce du 8 octobre, GenSight et les 15-20 indiquent qu’il n’a reçu d’autorisation de mise sur le marché dans aucun pays. [2]

Lunettes et maquette anatomique d’un œil dans un cabinet d’ophtalmologie
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Le repère à retenir est donc simple : dans cette petite étude sur la rétinite pigmentaire avancée, une meilleure perception de la lumière a été mesurée chez certains participants, et des progrès dans certaines tâches ont été rapportés avec les lunettes. Ce sont deux indices encourageants à approfondir, pas le retour d’une vision normale ni une efficacité déjà établie.

Sources et références
  1. Sahel JA et al. — Optogenetic Therapy for Restoring Aspects of Visual Function. New England Journal of Medicine, 8 octobre 2026 ; 395(14):1399–1408. DOI : 10.1056/NEJMoa2602215.
    https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/42842903
  2. GenSight Biologics et Hôpital national des 15-20 — Annonce des résultats de l’essai GS030 PIONEER, 8 octobre 2026.
    https://www.gensight-biologics.com/2026/10/08/gensight-biologics-and-the-15-20-national-hospital-announce-nejm-publication-on-gs030-phase-1-2-trial-results-in-late-stage-retinitis-pigmentosa
  3. Institute of Molecular and Clinical Ophthalmology Basel (IOB) — Optogenetic therapy shows safe step forward in vision restoration, 7 octobre 2026.
    https://iob.ch/news-insights/optogenetic-therapy-shows-safe-step-forward-in-vision-restoration

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