Ramasser les œufs de ses poules donne l’impression de savoir exactement ce que l’on mange. Pourtant, une poule qui vit dans un jardin reste en contact avec l’eau, la terre et tout ce qu’elle picore. C’est par ces voies que des PFAS présents dans son environnement peuvent ensuite se retrouver dans ses œufs.
À Renage et Athée, des résultats dans des poulaillers de particuliers
L’enquête d’ICI et de la Cellule investigation de Radio France, révélée le 6 octobre 2026, portait sur des prélèvements provenant tous de poules élevées en plein air, chez des particuliers ou des producteurs. [9]
À Renage, en Isère, le prélèvement réalisé chez un particulier le 9 avril contenait du PFOS et du PFNA, deux substances de cette famille. ICI rapporte également un dépassement d’une teneur maximale individuelle et de celle prévue pour la somme des quatre PFAS recherchés. Il s’agit du résultat de ce prélèvement, pas de tous les œufs produits dans la commune. [1]
À Athée, en Côte-d’Or, du PFOS et du PFNA ont aussi été retrouvés dans les œufs confiés par des particuliers, après un prélèvement du 14 avril. Leurs poules se déplaçaient librement dans le jardin. Le plein air n’avait donc pas empêché la présence de ces polluants. [2]
Comment le polluant passe-t-il du jardin à l’œuf ?
Les PFAS regroupent plusieurs milliers de substances chimiques utilisées notamment pour rendre des matériaux imperméables, antiadhésifs ou résistants à la chaleur. On les surnomme « polluants éternels » parce qu’ils se dégradent très difficilement. Certains peuvent rester dans les sols et l’eau, puis entrer dans la chaîne alimentaire. Une pollution ancienne peut ainsi continuer à exposer des animaux bien après la fin de l’usage qui l’a provoquée. [3]
Pour une poule, le contact avec ce milieu passe par des gestes très ordinaires : boire, manger son aliment, gratter la terre et picorer des vers ou des insectes. Si ces ressources sont contaminées, elle peut ingérer des PFAS. [6]
Des expériences chez des poules pondeuses ont montré un transfert de PFAS de l’eau de boisson vers les œufs. D’autres travaux, avec un aliment issu d’un site contaminé, ont observé le transfert de PFAS et de substances qui peuvent se transformer en PFAS vers les œufs. Ces expériences expliquent des voies possibles, sans identifier celle qui a joué à Renage ou à Athée. [4] [5]

Le mode d’élevage vous renseigne donc sur les conditions de vie de la poule, mais le plein air ne garantit pas l’absence de PFAS. Un jardin peut sembler préservé tout en contenant des polluants persistants. Pour connaître la teneur d’un œuf, il faut une analyse, pas seulement regarder d’où il vient.
À Athée, l’eau reste une piste, pas une cause établie
ICI évoque l’eau donnée aux poules dans de vieux récupérateurs en plastique et des marmites en fonte. Les propriétaires ont indiqué avoir changé les récipients et utiliser désormais l’eau du robinet. Mais l’origine précise de la contamination reste inconnue, et aucune nouvelle analyse publiée dans ce reportage ne montre que les œufs sont redevenus exempts de PFAS. [2]
Que regarder si une alerte concerne votre poulailler ?
Commencez par le lieu et le périmètre de l’alerte. Une analyse chez un particulier ne décrit pas tous les jardins voisins. À l’inverse, une recommandation sanitaire visant votre commune et les poulaillers domestiques mérite d’être suivie, même si vos poules semblent en bonne santé.
Au sud de Lyon, par exemple, l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes recommande de ne pas consommer les œufs des poulaillers de particuliers dans les communes qu’elle liste, dont Saint-Fons, Irigny et Solaize. Cette consigne est locale, elle ne s’applique pas automatiquement à tous les détenteurs de poules en France. [7]
Les teneurs maximales européennes citées dans les résultats d’analyse concernent, elles, les aliments mis sur le marché. Comparer un prélèvement domestique à ces valeurs ne revient pas, à lui seul, à prononcer une interdiction de consommation chez son propriétaire. [8]
Il n’existe pas non plus de nombre d’œufs du jardin « sans risque » valable pour tout le monde. L’exposition dépend de leur teneur en PFAS, des quantités mangées et du reste de l’alimentation. L’EFSA évalue une exposition dans la durée, avec une dose tolérable rapportée au poids corporel, pas un quota universel d’œufs. [6]
Si une consigne locale vous conduit à laisser de côté vos œufs, vous pouvez composer vos repas autrement, en variant les ingrédients plutôt qu’en misant sur un aliment unique. Des plats de légumes secs ou des féculents complets donnent, par exemple, d’autres idées pour le quotidien.
Pour votre jardin, retenez surtout ce lien simple : ce que la poule boit et picore compte aussi pour ses œufs. Si vous êtes concerné par un signalement de pollution, renseignez-vous auprès de votre ARS ou de votre mairie sur les consignes applicables à votre secteur. L’origine familière d’un œuf ne remplace ni une analyse ni une recommandation sanitaire locale.
Sources et références
- PFAS dans les œufs : deux polluants éternels détectés à Renage en Isère
https://www.ici.fr/auvergne-rhone-alpes/isere-38/renage/pfas-dans-les-oeufs-deux-polluants-eternels-detectes-a-renage-en-isere-5045510 - PFAS dans les œufs : pourquoi des polluants éternels ont été détectés dans les œufs de particuliers à Athée ?
https://www.ici.fr/bourgogne-franche-comte/cote-d-or-21/athee/pfas-dans-les-oeufs-pourquoi-des-polluants-eternels-ont-ete-detectes-dans-les-oeufs-de-particuliers-a-athee-2197776 - Anses — PFAS : des substances chimiques très persistantes (22 octobre 2025)
https://www.anses.fr/fr/content/pfas-substances-chimiques-persistantes - Evaluation of Residues in Hen Eggs After Exposure of Laying Hens to Water Containing Per- and Polyfluoroalkyl Substances. Environmental Toxicology and Chemistry, publication électronique 2020, numéro 2021. DOI : 10.1002/etc.4723.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32274818 - Transfer of Per- and Polyfluoroalkyl Substances (PFAS) from Feed into the Eggs of Laying Hens. Part 1: Analytical Results Including a Modified Total Oxidizable Precursor Assay. Journal of Agricultural and Food Chemistry, 2020. DOI : 10.1021/acs.jafc.0c04456.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33121246 - EFSA — PFAS in food: EFSA assesses risks and sets tolerable intake (17 septembre 2020)
https://www.efsa.europa.eu/en/news/pfas-food-efsa-assesses-risks-and-sets-tolerable-intake - ARS Auvergne-Rhône-Alpes — PFAS : focus sur la situation au sud de Lyon
https://www.auvergne-rhone-alpes.ars.sante.fr/pfas-focus-sur-la-situation-au-sud-de-lyon - Règlement (UE) 2023/915 — teneurs maximales de contaminants dans les denrées alimentaires, version consolidée du 19 août 2026, article 2 et annexe I, point 4.2.3
https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2023/915/2026-08-19/eng - Radio France — enquête ICI sur les PFAS dans les œufs (6 octobre 2026)
https://www.radiofrance.com/presse/enquete-ici-polluants-eternels-pres-de-60-des-oeufs-analyses-par-ici-contiennent-des-pfas-25




