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Tout attribuer au stress ? Christine Passerieux invite à regarder aussi le plaisir, les pensées et le quotidien

Dans un entretien au Journal des Femmes, la psychiatre Christine Passerieux décrit des signes souvent confondus avec le stress. Leur association, leur durée et leur effet sur la vie quotidienne comptent davantage qu’un symptôme isolé.

Relu par Antoine BOUQUET
Illustration d’une adulte à une table, avec un fil de pensées dense au-dessus des objets du quotidien.

Une période chargée donne une explication toute trouvée à la fatigue, aux nuits difficiles ou à l’irritabilité : le stress. Dans un entretien publié le 12 octobre 2026 par le Journal des Femmes, la psychiatre Christine Passerieux, professeure émérite de psychiatrie, décrit le piège de cette explication lorsqu’elle finit par masquer des changements plus larges. « Et le piège, c’est qu’il y a toujours un contexte qui fait qu’on se l’explique », souligne-t-elle auprès du média. [1]

L’enjeu n’est pas de transformer chaque mauvaise semaine en maladie. Il est de regarder ce que le mot « stress » laisse parfois de côté : le plaisir qui s’efface, les pensées qui se ferment et le quotidien qui devient difficile à tenir. Une raison compréhensible de souffrir ne dit pas, à elle seule, jusqu’où cette souffrance s’est installée.

Le stress et la dépression ne s’excluent pas

Demander si tout vient du stress ou de la dépression peut enfermer le problème dans une alternative trompeuse. L’Organisation mondiale de la santé décrit une interaction de facteurs sociaux, psychologiques et biologiques. Des événements éprouvants peuvent favoriser une dépression. Celle-ci peut, à son tour, accroître le stress et les difficultés de fonctionnement. [3]

Le contexte garde donc sa place, mais il ne clôt pas l’explication. Des soucis professionnels ou familiaux peuvent être bien réels sans suffire à décrire une perte durable d’intérêt, une culpabilité envahissante ou une difficulté à décider. Le point important est le changement par rapport au fonctionnement habituel, pas la possibilité de trouver une cause à chaque symptôme.

Le plaisir, la pensée et l’énergie peuvent changer ensemble

Dans l’entretien du Journal des Femmes, Christine Passerieux regroupe les manifestations possibles en quatre domaines. Cette manière de les présenter élargit le regard au-delà de la seule tristesse. [1]

  • L’humeur et le plaisir : tristesse, irritabilité, variations émotionnelles ou moindre plaisir dans ce qui était habituellement agréable.
  • La façon de penser : pessimisme, pensées qui tournent en rond, dévalorisation de soi ou culpabilité.
  • L’énergie et l’attention : fatigue, difficultés de concentration et oublis inhabituels.
  • Les régulations corporelles : sommeil et appétit modifiés, parfois douleurs inhabituelles et inexpliquées.
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Il ne s’agit pas de quatre cases à cocher obligatoirement. L’intérêt de ce regroupement est ailleurs : une nuit difficile, prise isolément, raconte peu de chose. Associée à une perte de plaisir et à des pensées négatives persistantes, elle prend une autre place dans l’évaluation. L’Assurance Maladie rappelle que la dépression associe des symptômes dont la combinaison varie selon les personnes. [2]

Schéma des changements possibles de l’humeur et du plaisir, des pensées, de l’énergie et de l’attention, du sommeil et de l’appétit.
Les quatre domaines décrits par Christine Passerieux se lisent avec leur durée et leur retentissement. Ce schéma n’est pas un outil de diagnostic. [1, 2]

Deux semaines sont un repère, pas un verdict automatique

Christine Passerieux insiste sur des signes qui se manifestent simultanément et se prolongent : quinze jours, puis plusieurs semaines, sans disparaître ou en s’accentuant. Les repères de l’Assurance Maladie précisent que les symptômes d’un épisode dépressif sont présents presque chaque jour, pendant au moins deux semaines, avec une détresse et un retentissement professionnel, social ou familial. [1, 2]

La durée seule ne pose pas le diagnostic. Deux semaines de fatigue ne suffisent pas à désigner une dépression. La fréquence des manifestations, leur association et leur impact donnent du sens à ce repère. C’est aussi pourquoi le fonctionnement quotidien mérite autant d’attention que l’humeur : l’évaluation ne porte pas seulement sur ce que la personne ressent, mais sur ce que cet état l’empêche de faire.

Le retentissement n’est pas un simple synonyme d’arrêt de travail. Il concerne aussi les relations, la vie familiale ou les activités habituelles. Réduire la question à « est-ce que je tiens encore ? » laisse de côté ces différentes dimensions. L’OMS tient compte du nombre et de la gravité des symptômes, ainsi que de leur impact sur le fonctionnement, pour distinguer les épisodes légers, modérés et sévères. [3]

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Les proches éclairent le quotidien sans devenir des diagnosticiens

La personne n’a pas toujours conscience de sa maladie, indique l’Assurance Maladie. L’entourage ou le médecin peut être le premier à évoquer un épisode dépressif. Mais repérer un changement et lui donner un nom médical restent deux démarches différentes. Un proche peut apporter un point de comparaison sur les habitudes et les relations, sans avoir à trancher entre stress, dépression ou autre problème de santé. [2]

Cette place des proches explique aussi l’intérêt de relier les soins aux autres soutiens. Le dialogue avec un professionnel, les liens familiaux et l’accompagnement social n’ont pas la même fonction. Sur le plan collectif, l’exemple du conseil local de santé mentale de Nîmes permet de comprendre ce travail de coordination, sans le confondre avec une consultation ou un accès immédiat à un rendez-vous.

La consultation remet les signes dans une histoire plus large

Pourquoi une liste de symptômes ne suffit-elle pas ? Parce qu’une évaluation médicale ne consiste pas seulement à en faire le compte. Selon l’Assurance Maladie, le médecin recherche aussi une maladie chronique associée, des addictions et les antécédents personnels et familiaux. Il évalue la sévérité, le risque suicidaire et d’autres manifestations psychologiques éventuelles, notamment anxieuses. Avec l’accord de la personne, il peut également échanger avec certains de ses proches. [2]

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Le sommeil, la fatigue ou la concentration deviennent ainsi des éléments d’un ensemble à comprendre, pas des preuves isolées. Cette étape permet de sortir d’une explication unique par le rythme de vie sans coller d’emblée une étiquette. Christine Passerieux rappelle d’ailleurs qu’une baisse de régime peut être transitoire ou rester d’intensité modérée : elle n’évolue pas systématiquement vers une dépression majeure. [1]

Illustration d’un échange entre une personne, un proche et un professionnel de santé autour d’une table.
Avec l’accord de la personne, le médecin peut aussi échanger avec ses proches pour éclairer les changements du quotidien. [2]

Si un trouble dépressif est identifié, il existe des traitements efficaces, notamment des psychothérapies et, selon la situation, des médicaments. L’OMS précise que le choix des interventions tient compte des moyens disponibles, des effets indésirables éventuels des médicaments et des préférences de la personne. Reconnaître le trouble ouvre donc une discussion sur les soins, et non une prescription automatique identique pour tous. [3]

Les pensées suicidaires ne se lisent pas à travers un calendrier

Le repère de deux semaines sert à décrire un épisode dépressif, pas à imposer un délai avant une demande d’aide face à des pensées suicidaires. L’Assurance Maladie souligne l’importance d’aborder ces pensées avec la personne et de ne pas sous-estimer le risque. L’OMS indique qu’un risque immédiat de se faire du mal appelle un service d’urgence. [2, 3]

En France, le 3114 est accessible gratuitement, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, aux personnes en détresse ou ayant des pensées suicidaires, mais aussi à celles qui s’inquiètent pour quelqu’un. Un professionnel du soin formé à la prévention du suicide répond aux appels. [4]

Sources et références
  1. Journal des Femmes — entretien avec Christine Passerieux, 12 octobre 2026
    https://sante.journaldesfemmes.fr/id/3280353-premiers-signes-sante-mentale-qui-decline/
  2. Assurance Maladie — Dépression : symptômes, diagnostic et évolution, 26 septembre 2025
    https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/depression-troubles-depressifs/symptomes-diagnostic-evolution
  3. Organisation mondiale de la santé — Principaux repères sur la dépression
    https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/depression
  4. 3114 — Numéro national de prévention du suicide
    https://3114.fr/

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