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Procès Mercuri à Paris : du mal de dos aux « soins » à distance, d’anciennes patientes racontent l’emprise dénoncée

Le procès d’Antonino Mercuri est annoncé à partir du 12 octobre à Paris. D’anciennes patientes décrivent à Franceinfo une confiance accordée pour être soignées, puis une dépendance personnelle et financière. Le praticien conteste les accusations. Leurs récits interrogent les limites de la relation de soin, sans préjuger du jugement.

Relu par Antoine BOUQUET
Portrait illustré d’Antonino Mercuri d’après une référence attribuée par son éditeur, avec un livre et le tribunal de Paris.

Une consultation pour des douleurs au dos, puis des « soins » à distance et des stages de méditation : c’est le parcours que Camille décrit à Franceinfo. Cette ancienne patiente d’Antonino Mercuri dit avoir vécu au moins six ans sous son emprise à partir de 2004. Son récit pose une question qui dépasse le prix d’une séance : comment une confiance accordée pour un problème de santé peut-elle devenir une relation dans laquelle le praticien occupe toute la place ? [1]

Le procès de l’ostéopathe est annoncé à compter du 12 octobre 2026 devant le tribunal correctionnel de Paris. Il doit notamment répondre d’accusations d’abus de faiblesse, d’exercice illégal de la médecine, de blanchiment et de fraude fiscale. Le dossier concerne 51 anciens patients, selon Franceinfo. Antonino Mercuri conteste les accusations et bénéficie de la présomption d’innocence. Les témoignages rapportés avant le procès ne sont pas un jugement. [1] [2]

Le point de départ reste une demande de soin

Camille — un prénom modifié par Franceinfo, comme celui d’Eva, l’autre ancienne patiente interrogée — raconte avoir rencontré Mercuri par l’intermédiaire de sa psychiatre, aujourd’hui décédée. Elle était venue pour son dos. Selon son témoignage, il lui a rapidement proposé des soins d’une tout autre nature, jusqu’à des séances organisées sans sa présence physique.

Elle décrit un groupe qui se réunissait à une heure convenue, attendait un signal par téléphone, puis méditait pour recevoir le « soin ». Dans ce récit, Mercuri affirmait que celui-ci pouvait être reçu même sans se recueillir. Franceinfo rapporte aussi les prétentions du praticien à traiter des animaux à distance. Ces affirmations lui sont attribuées : elles ne constituent pas des effets thérapeutiques démontrés.

Le changement ne porte donc pas seulement sur la technique proposée. Une douleur localisée devient le point d’entrée d’une promesse beaucoup plus vaste. Selon les déclarations recueillies par Franceinfo, Mercuri prétendait éveiller ses patients « au rang d’humain » grâce à une « énergie existentielle ». L’autorité revendiquée débordait alors largement la prise en charge du dos.

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Quand le soignant devient un « maître »

Eva situe sa rencontre avec Mercuri dans une période de questionnement existentiel, au début des années 2010. Elle dit avoir trouvé auprès de lui une place qu’elle cherchait, avant de le considérer comme un « maître » et de se vivre comme sa disciple. Cette manière de raconter le lien permet de comprendre ce qu’elle dénonce : non pas une simple préférence pour un praticien, mais une dépendance à la reconnaissance qu’il lui accordait.

« Petit à petit, je suis tombée sous emprise sans évidemment m’en rendre compte. »

Eva, prénom modifié, dans son témoignage à Franceinfo.

Camille décrit, pour sa part, des stages au Portugal marqués selon elle par des humiliations. Elle raconte aussi une recherche collective de Mercuri lorsqu’il disparaissait et faisait savoir qu’il fallait le rejoindre sans préciser où. Dans son souvenir, les participants partaient chacun en voiture pour le retrouver, sans partager leurs informations. Le récit donne une dimension très concrète à la place prise par le praticien dans la vie du groupe. [1]

Me Mathieu Petresco, avocat de cinq anciens patients, estime dans l’enquête de Franceinfo que leur point commun était une fragilité initiale, parfois accompagnée d’une grande détresse et d’isolement. C’est son analyse des personnes qu’il défend, pas un portrait de tous ceux qui consultent un ostéopathe. Ce procès concerne des comportements reprochés à un homme, pas une profession entière.

Des dépenses qui accompagnent la dépendance décrite

L’engagement financier occupe une place importante dans les témoignages. Franceinfo rapporte des séances facturées en moyenne 500 euros, parfois plusieurs fois par semaine, et des stages au Portugal coûtant plusieurs milliers d’euros, hors transport et hébergement. Le reportage évoque un préjudice global estimé à 13 millions d’euros : ce n’est ni un montant définitivement établi par le tribunal ni une somme déjà restituée aux anciens patients. [1]

Eva dit s’être retrouvée interdite bancaire pendant cinq ans, avec des dettes et des chèques sans provision. Elle raconte avoir ensuite remboursé ses dettes progressivement. Elle évoque aussi la honte et la culpabilité d’avoir dépensé autant d’argent. Ces mots éclairent une autre difficulté : raconter ce qui s’est passé peut rester douloureux même après la fin de la relation.

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Le titre du praticien, la nature de ce qu’il propose et les promesses qu’il formule sont des questions distinctes. Une consultation d’ostéopathie et la prétention à agir sur l’ensemble d’une existence ne se confondent pas. Pour un patient, identifier la qualification de l’intervenant aide à comprendre le cadre de la consultation ; cela ne démontre pas la réalité d’un « don » ni d’une guérison annoncée.

Cabinet de consultation avec bureau et table de soins

La défense récuse les accusations, le tribunal doit les examiner

La procédure a commencé, selon Franceinfo, après un signalement de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, la Miviludes, transmis au parquet de Paris en 2015. Une information judiciaire a été ouverte en 2017. Le procès est annoncé pour près d’un mois. Cette chronologie décrit le cheminement du dossier, pas une culpabilité acquise. [1]

Me Olivier Pardo, l’avocat d’Antonino Mercuri, soutient au contraire que des soins ont bien été dispensés et présente le procès comme une mise en cause des médecines alternatives et de la méditation. Il affirme que d’anciens patients viendront témoigner en faveur de son client. La défense entend faire reconnaître son innocence.

Ce désaccord porte notamment sur la nature de la relation, les pressions alléguées et la portée des actes présentés comme des soins. L’expression « dérive sectaire » aide à situer le débat sur l’emprise ; elle ne doit pas être confondue avec un intitulé pénal autonome. Les poursuites citées ici restent des accusations à examiner, notamment l’abus de faiblesse et l’exercice illégal de la médecine.

Des repères de vigilance existent hors de ce dossier

Le 29 septembre 2026, la Miviludes et le ministère de la Santé ont présenté un nouveau guide « Santé et dérives sectaires » et le Dérivomètre. Ce dernier est un outil pédagogique de repérage des situations à risque. Il propose trois niveaux : « je reste attentif », « je fais une pause » et « je dis stop ». Ce contexte récent n’apporte pas de preuve supplémentaire dans le procès Mercuri. [3] [4]

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Le ministère cite notamment les signaux suivants :

  • des promesses de guérison « miracle » ;
  • un isolement vis-à-vis de l’entourage ou du médecin ;
  • une incitation à modifier ou interrompre un traitement sans avis médical.
Repères généraux : dialogue avec médecin ou pharmacien ; vigilance face aux promesses miracle, à l’isolement et à l’arrêt de traitement sans avis médical.
Repères généraux présentés par le ministère de la Santé le 29 septembre 2026, sans valeur de preuve dans le dossier Mercuri. [4]

Ces repères concernent ce qui est demandé à la personne et la place laissée aux autres interlocuteurs. Ils ne se résument pas à l’étiquette « médecine douce ». Leur fonction est d’aider à identifier une situation préoccupante, pas de rendre un diagnostic ni de décider de l’issue d’un procès. Les documents de présentation ne fournissent pas de mesure de l’efficacité du Dérivomètre.

Illustration conceptuelle d’un espace de dialogue : trois chaises autour d’une table basse, un carnet et un téléphone.
Illustration conceptuelle du dialogue avec des interlocuteurs extérieurs à la relation de soin.

Le ministère insiste aussi sur le maintien du dialogue avec un médecin ou un pharmacien lorsqu’un doute apparaît. Ce lien extérieur permet d’aborder la proposition reçue sans rester seul face aux explications du praticien. Pour une personne qui n’a pas de médecin traitant, la question du suivi se pose en même temps que celle de l’accès à une consultation.

Une patiente échange avec un généraliste dans un cabinet médical.

Le conseil du ministère distingue bien deux décisions : interrompre une relation préoccupante ne signifie pas arrêter un traitement. Il rappelle de ne jamais interrompre un traitement sans avis médical, d’en parler au médecin ou au pharmacien en cas de doute et d’alerter les interlocuteurs compétents face à une situation inquiétante. [4]

Sources et références
  1. Franceinfo / Radio France — Témoignages d’anciennes patientes d’Antonino Mercuri et réponse de sa défense, 12 octobre 2026.
    https://www.franceinfo.fr/faits-divers/justice-proces/temoignages-on-etait-esclaves-de-lui-d-anciennes-adeptes-de-l-osteopathe-antonino-mercuri-racontent-l-enfer-qu-elles-ont-vecu_8231677.html
  2. Pascale Robert-Diard, Le Monde — « Soins “graine”, distribution de noisettes et stages de méditation : un ostéopathe guérisseur jugé pour abus de faiblesse à Paris », 11 octobre 2026.
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/10/11/soins-graine-distribution-de-noisettes-et-stages-de-meditation-un-osteopathe-guerisseur-juge-pour-abus-de-faiblesse-a-paris_6792109_3224.html
  3. Miviludes — Santé et dérives sectaires : de nouveaux outils pour mieux repérer et prévenir les situations à risque, 29 septembre 2026.
    https://www.miviludes.interieur.gouv.fr/actualites/actualite/sante-et-derives-sectaires-de-nouveaux-outils-pour-mieux-reperer-et-prevenir-situations-a-risque
  4. Ministère de la Santé — Santé et dérives sectaires : de nouveaux outils pour mieux repérer et prévenir les situations à risque, 29 septembre 2026.
    https://sante.gouv.fr/actualites-presse/presse/communiques-de-presse/article/sante-et-derives-sectaires-de-nouveaux-outils-pour-mieux-reperer-et-prevenir

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