Vous terminez votre sudoku plus vite qu’avant, mais un prénom vous échappe toujours au moment de saluer quelqu’un. Faut-il abandonner les grilles et se mettre à marcher ? La question oppose deux activités qui n’apportent pas la même chose. Progresser dans un exercice ne signifie pas forcément mieux retenir tout ce qui compte dans la journée.
Entretenir sa mémoire ne se résume donc ni à un jeu quotidien ni à une activité « gagnante ». L’Assurance Maladie invite à associer apprentissages, relations sociales et bonne hygiène de vie. Voici quatre façons de leur faire une place, sans transformer vos loisirs en programme de performance. [1]
1. Apprendre quelque chose, plutôt que seulement améliorer son score
Un jeu de chiffres, de lettres ou de logique peut rester un plaisir. Il demande de chercher, de se concentrer et d’utiliser des règles. Le point à garder en tête : devenir plus habile à ce jeu ne prouve pas un bénéfice général pour la mémoire. Retrouver ses affaires, suivre une conversation ou penser à un rendez-vous sont d’autres tâches.
Une méta-analyse publiée en ligne en 2021 a examiné 43 études, réunissant 2 636 personnes âgées, sur sept programmes commerciaux d’entraînement cérébral. Elle a trouvé de petits progrès sur des tâches proches de celles entraînées, mais pas de bénéfice démontré sur le fonctionnement quotidien mesuré objectivement. Ce résultat ne porte pas sur tous les sudoku ou mots croisés, et ne justifie pas de déclarer les jeux inutiles. Il invite surtout à ne pas prendre une promesse publicitaire pour une garantie. [2]
Pour varier, choisissez aussi une activité dans laquelle vous avez quelque chose à découvrir : apprendre un morceau de musique, comprendre une nouvelle règle de jeu, suivre une recette inhabituelle ou vous initier à une langue. L’Assurance Maladie souligne l’intérêt de la diversité des apprentissages pour la réserve cognitive, c’est-à-dire les ressources que le cerveau mobilise pour fonctionner et s’adapter.
Vous pouvez commencer par une nouveauté qui vous intéresse réellement, puis y revenir. Inutile de vous imposer un exercice que vous détestez, d’acheter une application ou de vérifier chaque jour si votre mémoire « monte ». Ces exemples sont des occasions d’apprendre, pas des méthodes dont on peut promettre un effet chiffré.

2. Bouger sans chercher l’activité parfaite pour le cerveau
Marcher, danser, jardiner : le mouvement a sa place, même quand il ne ressemble pas à une séance de sport. Si vous aimez déjà une activité, il n’est pas nécessaire de la remplacer par celle qui fait le plus parler d’elle. Cherchez d’abord une façon de bouger compatible avec votre santé et vos possibilités.
Une synthèse publiée en 2025 dans le British Journal of Sports Medicine a regroupé 133 revues d’essais randomisés sur l’exercice, chez des populations d’âges et d’états de santé variés. Elle observe des améliorations aux tests de mémoire et d’autres capacités cognitives. Les programmes inclus duraient au moins quatre semaines : ce n’est pas la démonstration qu’une promenade isolée règle un problème d’oubli. La qualité des revues était aussi inégale. [3]
Surtout, cette recherche ne départage pas le sudoku et la marche. Elle inclut même des jeux vidéo qui demandent de bouger, les « exergames ». Les résultats aux tests ne prouvent pas non plus qu’une activité empêche la maladie d’Alzheimer. Le message pratique reste plus simple : le mouvement mérite sa place à côté des activités intellectuelles, pas contre elles.
Une sortie à pied avec un proche ou quelques pas de danse peuvent être un point de départ. Adaptez la durée et l’effort à votre situation ; si une douleur, une maladie ou une difficulté d’équilibre vous limite, demandez conseil pour choisir une activité adaptée.

3. Retrouver des occasions de parler et de faire ensemble
Raconter un film, discuter d’un article, préparer un repas à plusieurs : les échanges font intervenir des souvenirs, des mots et de l’attention à l’autre. Ils offrent une stimulation différente d’un exercice solitaire. Il ne s’agit pas de trouver une conversation « bonne pour la mémoire », mais de conserver des activités partagées qui vous plaisent.
Un cours de danse, par exemple, peut réunir mouvement, apprentissage et rencontre. Cela n’en fait pas une activité supérieure aux autres ni une protection garantie. L’OMS recommande de rester actif sur les plans physique, social et cognitif parmi les démarches de réduction du risque de déclin cognitif et de démence. Aucun de ces leviers, pris seul, ne permet de prédire votre avenir. [4]
Si les occasions d’échange se sont raréfiées, partez d’un contact facile à renouer : proposer une promenade, rappeler un ami ou vous renseigner sur une activité proche. Si vous entendez mal ou voyez moins bien, signalez cette gêne. Ces difficultés peuvent compliquer les conversations et les apprentissages ; faire vérifier la vue et l’audition peut aider à préserver ces possibilités.
4. Prendre soin de ses nuits, pas seulement ajouter des exercices
Ajouter un jeu de mémoire à une journée épuisante ne répond pas à tout. L’Assurance Maladie rappelle que des nuits trop courtes peuvent s’accompagner de troubles de mémoire et de difficultés d’apprentissage. Le sommeil fait partie de l’entretien de la mémoire, au même titre que les activités de la journée. [1]
Si vos nuits sont régulièrement mauvaises ou si vous somnolez dans la journée, parlez-en à votre médecin. Un sommeil perturbé, une dépression ou certains médicaments peuvent contribuer aux difficultés de mémoire et être recherchés lors d’un bilan. Ne modifiez pas seul un traitement, notamment un somnifère ou un anxiolytique. [5]
L’alimentation équilibrée, l’arrêt du tabac, l’évitement d’une consommation nocive d’alcool et le suivi des problèmes de santé, comme l’hypertension ou le diabète, comptent également. Ces habitudes ne sont pas des exercices de mémorisation : elles participent à prendre soin de la santé du cerveau.

Quand les oublis ne relèvent plus d’un simple conseil de loisir
Un mot qui échappe de temps en temps, sans autre symptôme ni gêne dans la vie quotidienne, ne signifie pas à lui seul une maladie. En revanche, des oublis répétés, qui augmentent ou compliquent les tâches habituelles, méritent un rendez-vous avec le médecin traitant. Se perdre, avoir du mal à organiser ses activités ou constater une parole moins fluide sont aussi des éléments à signaler. Un score dans un jeu ne remplace pas cette évaluation. [6]
Si des troubles de mémoire apparaissent brutalement avec une difficulté à parler, une faiblesse d’un membre ou d’autres symptômes neurologiques, appelez le 15 ou le 112. Un trouble survenant immédiatement après un traumatisme crânien nécessite également un avis médical urgent.

Pour entretenir votre mémoire au quotidien, vous n’avez donc pas à choisir entre la grille et la sortie. Gardez vos jeux si vous les aimez, faites une place à la nouveauté, au mouvement, aux échanges et au repos. L’objectif n’est pas un meilleur score, mais une vie dans laquelle ces activités restent possibles et agréables.
Sources et références
Sources
- Assurance Maladie — Comment entretenir sa mémoire ? (31 mars 2025) — https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/troubles-memoire/comment-entretenir-sa-memoire
- Nguyen et collaborateurs — A Game a Day Keeps Cognitive Decline Away? (résumé PubMed ; publication en ligne 2021, numéro 2022) — https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/34251578/
- Singh et collaborateurs — Effectiveness of exercise for improving cognition, memory and executive function (BJSM, 2025) — https://bjsm.bmj.com/content/59/12/866
- Organisation mondiale de la santé — Dementia — https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/dementia
- Assurance Maladie — Bilan mémoire et traitement des troubles de la mémoire (31 mars 2025) — https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/troubles-memoire/consultation-traitement
- Assurance Maladie — Quand consulter en cas de troubles de la mémoire ? (28 mars 2025) — https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/troubles-memoire/que-faire-quand-consulter





