Dans l’encéphalomyélite myalgique, aussi appelée syndrome de fatigue chronique (EM/SFC), une nuit passée au lit peut laisser le sentiment de n’avoir rien récupéré. Une étude australienne publiée le 19 juin 2026 dans Frontiers in Neuroscience, remise en lumière cet automne, explore une piste liée à la circulation des liquides dans le cerveau. Son intérêt tient surtout au rapprochement entre sommeil perturbé et concentration : elle ne fournit pas une explication générale de la fatigue. [1]
Dormir et récupérer ne sont pas la même chose
L’EM/SFC ne désigne pas simplement une fatigue qui dure. Cette maladie chronique touche plusieurs systèmes de l’organisme. Le guide britannique NICE décrit notamment une fatigue invalidante peu soulagée par le repos, un malaise post-effort, un sommeil non réparateur et des difficultés cognitives. Le malaise post-effort correspond à une aggravation disproportionnée des symptômes après une activité, souvent retardée de plusieurs heures ou jours. [2]
Le sommeil non réparateur peut se manifester par un réveil épuisé, avec une sensation grippale ou de raideur. Il peut aussi coexister avec des nuits fragmentées, un sommeil superficiel ou un besoin de dormir beaucoup. Compter les heures ne suffit donc pas à décrire le problème : la durée de la nuit et l’état au réveil apportent deux informations différentes.
Le « brouillard cognitif » décrit, lui, des difficultés à trouver ses mots, à se concentrer, à mobiliser sa mémoire à court terme ou à faire plusieurs choses à la fois. Ces manifestations font partie de la description clinique de l’EM/SFC. Les étudier avec le sommeil, plutôt que les traiter comme des plaintes séparées, est précisément ce qui rend la nouvelle piste intéressante.

Une IRM pour explorer une fonction liée au sommeil
Les chercheurs se sont intéressés au système glymphatique, un ensemble d’échanges entre le liquide qui entoure le cerveau et celui qui baigne ses tissus. Ces échanges participent à l’évacuation de produits issus du métabolisme cérébral et sont liés au sommeil. L’hypothèse étudiée est qu’une perturbation de cette fonction pourrait contribuer aux symptômes neurologiques de l’EM/SFC.
Pour l’explorer, l’équipe a analysé les IRM de 31 personnes avec EM/SFC et 27 témoins en bonne santé. Elle a calculé l’indice DTI-ALPS, qui repose sur la diffusion de l’eau dans des régions proches des espaces entourant les vaisseaux. C’est une mesure indirecte : ces images ne montrent pas des déchets en train de s’accumuler dans le cerveau. [1]
L’indice global moyen était plus bas dans le groupe EM/SFC : 1,44 contre 1,51 chez les témoins. Ce résultat est compatible avec une fonction glymphatique altérée, mais l’étude observe les participants à un moment donné. Elle ne permet pas d’établir que cette différence a provoqué leur maladie.
Une fatigue au réveil ou une attention moins bonne peuvent aussi apparaître dans d’autres situations. Ces symptômes partagés ne rendent pas l’EM/SFC et l’épuisement professionnel interchangeables ; leur contexte et leur évolution comptent pour les distinguer.

Le lien observé concerne le sommeil et la concentration, pas la fatigue
Chez les participants avec EM/SFC, un indice DTI-ALPS global plus faible était associé à des troubles du sommeil plus sévères et à une concentration davantage altérée, déclarés par questionnaire. Le mot « global » compte : ces corrélations portent sur la moyenne des mesures des deux hémisphères, pas sur la seule moitié droite du cerveau. [1]
En revanche, les auteurs n’ont pas trouvé de corrélation significative avec la fatigue, ni avec les autres mesures examinées, dont le score cognitif général et le fonctionnement physique. La concentration évaluée dans le questionnaire ne représente donc pas toutes les difficultés cognitives. Le résultat dessine une question de recherche ciblée, pas une cause unique qui expliquerait tous les symptômes.

En examinant chaque hémisphère séparément, les chercheurs ont trouvé une différence entre malades et témoins à droite, mais pas de différence statistiquement significative à gauche. L’indice d’asymétrie, qui compare les deux côtés, ne différait pas significativement entre les groupes. Réduire l’étude à un « problème du cerveau droit » ferait perdre le résultat le plus utile pour comprendre les nuits et l’attention.
Quel phénomène vient en premier ? L’étude ne le tranche pas
Un sommeil perturbé pourrait influencer les échanges de liquides cérébraux ; une perturbation de ces échanges pourrait aussi participer aux troubles observés. Avec cette étude transversale, les chercheurs ne peuvent pas départager ces directions. Suivre les mêmes personnes dans le temps permettrait d’examiner si l’indice évolue avec leurs symptômes, plutôt que de comparer uniquement des groupes.
L’effectif reste petit. Les auteurs indiquent aussi que la position pendant le sommeil et le fait d’être droitier ou gaucher, susceptibles d’influencer la mesure, n’ont pas été contrôlés. L’indice DTI-ALPS est ici un outil de recherche : l’étude ne valide pas un test diagnostique individuel. Le NICE rappelle que la reconnaissance de l’EM/SFC repose sur une évaluation clinique, sans test diagnostique propre à la maladie. [1] [2]
Le sommeil mérite une prise en charge même sans réponse sur le mécanisme
Attendre que la piste glymphatique soit confirmée n’est pas nécessaire pour prendre au sérieux une nuit qui ne repose pas. Dans ses recommandations de 2021, le NICE préconise un accompagnement personnalisé du sommeil dans l’EM/SFC, avec des changements introduits progressivement et réexaminés régulièrement. Ce guide britannique n’est pas une nouvelle recommandation française. [2]
Il distingue plusieurs dimensions à considérer ensemble :
- La forme du trouble : sommeil fragmenté, superficiel, horaires modifiés ou sommeil excessif.
- La place du repos dans la journée : les besoins de récupération doivent être pris en compte, en regard de ce qui se passe la nuit.
- L’évolution après les ajustements : l’effet sur le sommeil et le repos aide à décider si l’approche convient à la personne.
Si ces stratégies n’améliorent pas le sommeil et le repos, le NICE recommande d’envisager un trouble du sommeil sous-jacent et l’opportunité d’un avis spécialisé. Un autre trouble peut ainsi nécessiter sa propre évaluation, sans que les difficultés nocturnes soient toutes attribuées d’emblée à l’EM/SFC.
Sources et références
Sources
- Frontiers in Neuroscience — Disrupted glymphatic function and its relationship with sleep and cognitive impairment in ME/CFS assessed via DTI-ALPS, 19 juin 2026
https://www.frontiersin.org/journals/neuroscience/articles/10.3389/fnins.2026.1875420/full - NICE — Myalgic encephalomyelitis (or encephalopathy)/chronic fatigue syndrome: diagnosis and management, NG206, recommandations de 2021
https://www.nice.org.uk/guidance/ng206/chapter/Recommendations





