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Vous passez de l’arabica au robusta ? Pourquoi compter vos tasses ne suffit pas à connaître votre dose de caféine

Le robusta contient plus de caféine que l’arabica, mais vos tasses ne mesurent pas la dose. Une association entre café caféiné et risque de démence plus faible ne fait pas du coup de fouet une protection de la mémoire.

Relu par Antoine BOUQUET
Dessin d’un adulte curieux devant une tasse et des grains de café stylisés.

Deux cafés dans la matinée : le compte semble simple, mais il laisse de côté l’essentiel. Un changement de grain, de préparation ou de portion peut modifier la quantité de caféine sans ajouter une seule tasse. Dans un entretien publié le 11 octobre, la neuroscientifique Astrid Nehlig rappelle que le robusta en contient davantage que l’arabica. Cette différence mérite l’attention, davantage qu’un classement des cafés censés protéger le cerveau. [1]

La question utile n’est donc pas seulement « combien de cafés ? », mais « quelle caféine, dans quelle journée ? ». Elle permet de distinguer trois choses souvent mêlées : se sentir plus éveillé après avoir bu, rester dans des repères de sécurité et interpréter les recherches sur la mémoire. Un effet sur la vigilance ne démontre pas une prévention de la maladie d’Alzheimer.

Arabica et robusta : le grain change la donne, pas à lui seul la dose

Interrogée par le Journal des femmes, Astrid Nehlig indique des teneurs de 1,3 % de caféine dans le poids sec de l’arabica, contre 2,4 % dans celui du robusta. Ces chiffres concernent le grain : ils ne donnent pas directement le nombre de milligrammes que vous buvez. Ils expliquent pourquoi remplacer un arabica par un robusta peut modifier sensiblement l’apport, à préparation comparable. [1]

Il faut ensuite passer du grain à la boisson. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) souligne que la concentration dépend aussi du procédé de fabrication et de la préparation, par exemple un café filtre ou un espresso. La portion servie compte à son tour. Une tasse est un récipient, pas une unité stable de caféine. Le nom du grain est donc un indice utile, pas un dosage complet. [2]

Pour un achat différent de votre habitude, regarder si le café est un arabica, un robusta ou un mélange aide à comprendre ce qui change. Mais annoncer « deux fois plus de caféine dans ma tasse » à partir du seul mot robusta irait trop vite : il faudrait aussi connaître la quantité de café utilisée et la boisson effectivement préparée. Le goût corsé ne fournit pas ce calcul.

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Quatre facteurs à considérer pour la caféine : le grain, la préparation, la portion et le cumul des boissons.
Une tasse n’est pas une dose fixe : la préparation et la portion font varier l’apport, et les autres boissons comptent dans le total. EFSA, source [2].

Pourquoi un petit espresso n’est pas forcément le café le moins caféiné

La taille du récipient peut tromper. À titre d’exemples approximatifs, l’EFSA donne 80 mg de caféine pour un espresso de 60 ml et 90 mg pour un café filtre de 200 ml. Le second contient davantage de boisson, sans fournir proportionnellement autant de caféine en plus. Ce ne sont pas des mesures de votre machine ou de votre café préféré. [2]

Quelques exemples de portions, avec des teneurs approximatives selon l’EFSA
BoissonPortion de l’exempleCaféine approximative
Espresso60 ml80 mg
Café filtre200 ml90 mg
Thé noir220 ml50 mg
Boisson énergisante250 ml80 mg

Ce tableau sert surtout à changer d’échelle : le total ne s’arrête pas au café. Thé, colas, boissons énergisantes et certains compléments apportent aussi de la caféine. Compter uniquement vos passages à la cafetière peut sous-estimer la journée. À l’inverse, convertir chaque grand mug en une valeur fixe donnerait une précision que ces exemples n’ont pas.

Une tasse de café sur une table de terrasse, avec deux adultes âgés en arrière-plan.

200 mg et 400 mg : des repères de sécurité, pas un programme à suivre

Pour les adultes en bonne santé, l’EFSA considère que des prises allant jusqu’à 200 mg de caféine, toutes sources réunies, ne soulèvent pas de préoccupation de sécurité. Pour la journée, ce repère atteint 400 mg répartis dans le temps, hors grossesse. Il ne s’agit ni d’une quantité à atteindre pour être performant, ni d’une garantie d’absence d’inconfort pour chaque personne. [2]

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Ces deux repères ne sont pas interchangeables. Une quantité répartie du matin à l’après-midi n’est pas la même exposition qu’une prise unique. Et pour la grossesse, l’EFSA retient un apport allant jusqu’à 200 mg sur l’ensemble de la journée, toutes sources confondues. Son évaluation ne couvre pas les personnes atteintes d’une maladie ni les interactions avec les médicaments : leur situation ne se déduit pas du chiffre destiné à la population adulte en bonne santé.

Autrement dit, « je suis en dessous de 400 mg » ne règle pas toute la question. Le moment de la prise et votre réaction comptent aussi. L’EFSA indique que 100 mg, notamment à proximité du coucher, peuvent modifier la durée ou les caractéristiques du sommeil chez certains adultes. La vigilance recherchée pendant la journée et la nuit qui suit appartiennent au même arbitrage, même si elles ne se ressentent pas au même moment. [2]

Illustration d’un intérieur du soir avec un adulte, une tasse de café et une fenêtre nocturne.
Chez certains adultes, 100 mg de caféine près du coucher peuvent modifier le sommeil, même en dessous du repère quotidien. EFSA, source [2].

Être plus éveillé aujourd’hui n’est pas protéger sa mémoire pour demain

La caféine stimule le système nerveux central : à dose modérée, elle augmente la vigilance et réduit la somnolence, rappelle l’EFSA. C’est un effet à court terme, qui explique l’intérêt du café lorsque l’on souhaite se sentir plus éveillé. Les recherches sur la démence posent une autre question : les personnes qui ont certaines habitudes de consommation développent-elles moins souvent la maladie au fil des années ? Elles ne mesurent pas simplement le « coup de fouet » après une tasse.

Une étude publiée en 2026 dans JAMA a suivi deux cohortes américaines réunissant 131 821 adultes, avec un suivi médian de 36,8 ans. D’après son résumé, le groupe qui consommait le plus de café caféiné présentait un risque de démence inférieur à celui qui en consommait le moins, après prise en compte de plusieurs différences entre les participants. Le rapport de risques était de 0,82. Il s’agit d’une association observée, pas de la preuve que le café empêche la démence. Les chercheurs n’ont pas attribué au hasard une quantité de café à boire. [3]

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La nuance change directement ce que l’on peut faire de ce résultat. Les associations les plus marquées apparaissaient autour de deux à trois tasses quotidiennes de café caféiné, mais cela ne transforme pas ces tasses en prescription. Le résumé ne compare pas l’arabica au robusta : il ne permet donc pas de choisir le grain le plus riche en caféine pour obtenir une meilleure protection. Accroître la stimulation et réduire un risque à long terme sont deux propositions différentes.

Les performances cognitives observées étaient, elles aussi, modestement différentes. Un test réalisé par téléphone montrait un petit écart favorable aux plus grands consommateurs dans la cohorte féminine ; pour le score global de cognition, l’association n’était pas statistiquement significative. Ces résultats ne racontent pas un rajeunissement général du cerveau. Le décaféiné n’était pas associé à un risque de démence plus faible dans cette étude, ce qui ne suffit pas davantage à prescrire la caféine comme traitement préventif.

Deux personnes pratiquent un pas de danse dans une salle.

Les participants renseignaient leur alimentation tous les deux à quatre ans à l’aide de questionnaires. Ce suivi porte sur des habitudes déclarées au fil du temps, et non sur une mesure de caféine dans chaque boisson. Il ne fournit donc pas de correspondance entre « deux à trois tasses » dans ces cohortes et les milligrammes présents dans le café préparé chez vous.

Sources et références

Sources

  1. Journal des femmes — "Le café est capable de ralentir le déclin cognitif" : après 30 ans de recherche, une neuroscientifique a défini la meilleure façon de le boire (entretien avec Astrid Nehlig, 11 octobre 2026).
    https://sante.journaldesfemmes.fr/id/3280307-cafe-declin-cognitif/
  2. Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) — Caffeine : effets, évaluation de sécurité et exemples de teneurs.
    https://www.efsa.europa.eu/en/topics/topic/caffeine
  3. JAMA — Coffee and Tea Intake, Dementia Risk, and Cognitive Function (2026), DOI 10.1001/jama.2025.27259 ; résumé original de l’étude sur Europe PMC.
    https://europepmc.org/article/MED/41661604

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