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Ce sont les oiseaux sauvages qui ont fait bouger le curseur. L’arrêté du 2 novembre 2026, paru au Journal officiel le 4 et appliqué depuis le lendemain, s’appuie sur « l’augmentation du nombre de cas d’influenza aviaire hautement pathogène dans l’avifaune sauvage dans plusieurs pays voisins » et sur la circulation du virus dans les couloirs de migration, au moment où les oiseaux migrateurs traversent la France. [1] Il ne s’agit pas d’une réponse à une flambée de foyers dans les élevages français : le texte dit vouloir « renforcer les mesures de surveillance et de prévention ». [1] Pour qui garde quelques poules au fond du jardin, la question est plus concrète : faut-il les enfermer dès maintenant, et pour combien de temps ?
La réponse dépend de deux choses : la commune où vivent les volailles, et la suite de la saison. Le niveau « négligeable », qui laissait les basses-cours sortir sans restriction nationale, aura tenu 155 jours, du 3 juin au 5 novembre, contre 161 jours l’an dernier, du 8 mai au 16 octobre 2025. [2][3] L’automne dernier, la suite avait été rapide : la France était passée du niveau « modéré » au niveau « élevé » en six jours, le 22 octobre 2025, après la confirmation de foyers dans des élevages du couloir de migration atlantique. [4]
En ce moment
Grippe aviaire au niveau « modéré » : les poules enfermées seulement en zone à risque particulier
Le niveau de risque ne crée pas de règles par lui-même. Il active celles d’un autre texte, l’arrêté du 25 septembre 2023, qui détaille ce que chaque niveau impose. [5] Au niveau « modéré », la mesure qui touche directement les particuliers figure à l’article 12 : dans les zones à risque particulier, les « mesures renforcées de biosécurité » du niveau élevé s’appliquent. Pour une basse-cour de moins de 50 volailles, cela signifie que les oiseaux sont « claustrés ou protégés par des filets », autrement dit enfermés dans le poulailler ou gardés dans un enclos couvert, à l’abri de tout contact avec les oiseaux sauvages. [5]
En dehors de ces zones, aucune mise à l’abri n’est imposée à l’échelle nationale et les poules peuvent continuer à sortir. Le préfet garde la main : l’article 7 l’autorise à appliquer localement « toutes les dispositions » du niveau élevé, sur un périmètre qu’il définit, après une analyse de risque. [5] Certaines reprises de l’annonce listent une mise à l’abri des volailles « pour l’ensemble du territoire » : c’est la règle du niveau élevé, celle qui avait été décidée en octobre 2025. [4]
| Niveau | Basse-cour de moins de 50 volailles | Foires et expositions d’oiseaux |
|---|---|---|
| Négligeable | Sortie libre, sauf décision du préfet | Autorisées, sauf décision du préfet |
| Modéré, depuis le 5 novembre | Enfermées ou sous filet en zone à risque particulier, sortie libre ailleurs | Interdites en zone à risque particulier et en zone à risque de diffusion, sauf dérogations |
| Élevé | Enfermées ou sous filet partout | Interdites partout, sauf dérogations |
Les dérogations aux interdictions de rassemblement visent des espèces listées en annexe de l’arrêté, les oiseaux gardés en permanence en volière sans contact avec la faune sauvage, ou les détenteurs qui font dépister leurs oiseaux dans les 72 heures qui précèdent le transport. [5] Les chasseurs qui utilisent des appelants, ces canards captifs qui attirent le gibier d’eau, ne peuvent plus mélanger pendant le transport des oiseaux venus de lieux de détention différents. [5]

Zone à risque particulier : comment savoir si votre commune est concernée
Une zone à risque particulier est, selon le ministère de l’Agriculture, une zone « dans laquelle les conditions naturelles augmentent le risque de contamination des élevages par la faune sauvage ». Concrètement, il s’agit de zones humides, d’étangs et de vallées de fleuves où les oiseaux migrateurs font halte. [3] La liste est fixée commune par commune dans une instruction technique de la Direction générale de l’alimentation, publiée au Bulletin officiel du ministère en octobre 2023. Le document compte 521 pages et range chaque commune sous le nom de sa zone : « Étangs de Moselle (dont Lindre) », « La Woëvre », « Fleuve et vallée de la Saône et Seille »… [6]
En rattachant chaque commune citée à sa commune actuelle, nous en comptons 5 367, en tout ou partie, dans 69 départements, des rives du Léman à l’estuaire de la Loire. La recherche ci-dessous permet de vérifier celle où vivent vos poules.
En cas de doute, notamment dans une commune nouvelle dont seule une ancienne commune figure sur la liste, la mairie ou la direction départementale de la protection des populations (DDPP), le service de l’État chargé de la santé animale dans le département, tranche. L’instruction dresse aussi la liste des zones à risque de diffusion : des communes à forte densité d’élevages de palmipèdes, où les règles visent d’abord les professionnels, comme la mise à l’abri des canetons de moins de 42 jours. [6][7]
Déclarer ses poules en mairie, une obligation valable toute l’année
Quel que soit le niveau de risque, tout détenteur de volailles ou d’oiseaux d’agrément doit les déclarer à la mairie de la commune où ils sont gardés, avec le formulaire Cerfa 15472*02 ou en ligne. Seuls les oiseaux gardés en permanence à l’intérieur d’un logement ou d’un bureau en sont dispensés. [8] Ce recensement sert, selon les services de l’État, à détecter le virus le plus vite possible pour qu’il ne circule pas. [9]
L’enjeu n’a rien de théorique. Sur la saison d’août 2025 à juillet 2026, la France a compté 156 foyers d’influenza aviaire hautement pathogène, dont 31 dans des basses-cours et chez des détenteurs d’oiseaux non commerciaux, soit un foyer sur cinq, répartis dans 23 départements, de la Seine-Maritime aux Pyrénées-Atlantiques. [3]

Les autres gestes demandés aux petits détenteurs poursuivent tous le même but : éviter que la nourriture, l’eau ou la litière des poules croisent le chemin des oiseaux sauvages. Le ministère de l’Agriculture les a réunis dans une fiche destinée aux particuliers : [10]
- Observer ses oiseaux chaque jour et appeler un vétérinaire en cas de signes nerveux ou respiratoires, ou de changement de comportement.
- Protéger le stock d’aliments et la litière de l’humidité et de tout contact avec d’autres oiseaux, comme l’eau et les abreuvoirs.
- Nettoyer et désinfecter régulièrement le poulailler, sans jamais utiliser d’eau de surface : mare, ruisseau ou eau de pluie.
- Laver ses vêtements avant et après la visite d’un élevage, même une petite ferme qui vend sur place, et ne toucher ni le matériel ni les oiseaux.
- En cas de mortalité anormale, conserver les cadavres, les isoler et les protéger, puis prévenir son vétérinaire ou la DDPP.

Risque humain : ce que disent l’ECDC et Santé publique France
Le niveau « modéré » mesure le risque pour les oiseaux détenus, pas pour les humains. Sur ce second point, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) et l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) tiennent la même ligne dans leurs rapports trimestriels : le risque posé par les virus A(H5N1) qui circulent en Europe reste « faible » pour le grand public, et « faible à modéré » pour les personnes exposées à des animaux infectés ou à un environnement contaminé, par leur travail ou autrement. [11] Ce « ou autrement » peut concerner le particulier qui soigne ou ramasse des poules malades dans son jardin.
En additionnant les trois derniers rapports, qui couvrent sans interruption la période du 29 novembre 2025 au 31 août 2026, nous arrivons à 44 cas humains d’infection par un virus de grippe aviaire signalés dans le monde, dont 3 mortels, surtout en Chine, au Cambodge et au Bangladesh. [11][12][13] Un seul concernait l’Union européenne : un homme revenu du Sénégal, hospitalisé en Lombardie en mars 2026 avec un virus A(H9N2), premier cas de ce type importé dans l’UE. [13][14] La plupart des malades avaient été au contact de volailles ou de leur environnement, et aucune transmission durable d’humain à humain n’a été documentée. [11]
En France, Santé publique France indique qu’aucun cas humain de grippe aviaire n’a jamais été détecté. L’hiver dernier, l’agence a suivi les personnes exposées aux foyers : au 23 mars 2026, 469 avaient été recensées, 242 dépistées, et tous les tests étaient négatifs. [15]

Ce suivi rapproché tient à l’évolution du virus. Les souches A(H5N1) du clade 2.3.4.4b ont touché plus de 70 espèces de mammifères sauvages et domestiques, notamment des vaches laitières aux États-Unis, où plus de 1 000 foyers ont été confirmés depuis le printemps 2024, et des chats domestiques. [15] Côté assiette, le ministère de l’Agriculture rappelle que la viande, le foie gras et les œufs ne présentent aucun risque pour l’homme. [3]
Sources et références
[1] Ministère de l'Agriculture — Arrêté du 2 novembre 2026 qualifiant le niveau de risque en matière d'influenza aviaire hautement pathogène, JORF n° 258 du 4 novembre 2026, texte 13
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000055053548
[2] Ministère de l'Agriculture — Arrêté du 30 avril 2025 qualifiant le niveau de risque en matière d'influenza aviaire hautement pathogène, JORF n° 107 du 7 mai 2025
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000051568474
[3] Ministère de l'Agriculture — Influenza aviaire : la situation en France, mis à jour le 8 septembre 2026
https://agriculture.gouv.fr/influenza-aviaire-la-situation-en-france
[4] Ministère de l'Agriculture — Influenza aviaire hautement pathogène : la France place son territoire en niveau de risque « élevé », communiqué du 21 octobre 2025
https://agriculture.gouv.fr/influenza-aviaire-hautement-pathogene-la-france-place-son-territoire-en-niveau-de-risque-eleve
[5] Arrêté du 25 septembre 2023 relatif aux mesures de surveillance, de prévention, de lutte et de vaccination contre l'influenza aviaire hautement pathogène (IAHP), version consolidée, partie II
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000048110961
[6] Direction générale de l'alimentation — Instruction technique DGAL/SDSBEA/2023-651 du 11 octobre 2023, liste des communes en zone à risque de diffusion et en zone à risque particulier
https://info.agriculture.gouv.fr/boagri/instruction-2023-651
[7] Ministère de l'Agriculture — Influenza aviaire hautement pathogène : la France place son territoire en niveau de risque « modéré », communiqué du 15 octobre 2024
https://agriculture.gouv.fr/influenza-aviaire-hautement-pathogene-la-france-place-son-territoire-en-niveau-de-risque-modere
[8] Service-public.fr — Déclaration de détention d'oiseaux dans le cadre d'un foyer d'influenza aviaire (formulaire 15472*02)
https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/R42501
[9] DRAAF Hauts-de-France — Recensement des détenteurs de basse-cour, 14 novembre 2023
https://draaf.hauts-de-france.agriculture.gouv.fr/recensement-des-detenteurs-de-basse-cour-a4215.html
[10] Ministère de l'Agriculture — Influenza aviaire : mesures à mettre en place par les petits détenteurs d'oiseaux, fiche « Avez-vous bien protégé vos oiseaux ? »
https://agriculture.gouv.fr/influenza-aviaire-mesures-mettre-en-place-par-les-petits-detenteurs-doiseaux
[11] EFSA, ECDC, EURL — Avian influenza overview June–August 2026, EFSA Journal, 22 septembre 2026
https://www.efsa.europa.eu/en/efsajournal/pub/10369
[12] EFSA, ECDC, EURL — Avian influenza overview December 2025–February 2026, EFSA Journal, 12 mars 2026
https://www.efsa.europa.eu/en/efsajournal/pub/10015
[13] EFSA, ECDC, EURL — Avian influenza overview March–May 2026, 26 juin 2026
https://www.ecdc.europa.eu/en/publications-data/avian-influenza-overview-march-may-2026
[14] ECDC — First human case of influenza A(H9N2) infection imported in the EU, 25 mars 2026
https://www.ecdc.europa.eu/en/news-events/first-human-case-influenza-ah9n2-infection-imported-eu
[15] Santé publique France — Grippe aviaire : données, mis à jour le 26 mars 2026
https://www.santepubliquefrance.fr/index.php/grippe-aviaire/donnees







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