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Bien avant le pot rappelé par B&M après un décès, les centres antipoison avaient vu 9 intoxications graves sur 10 venir de morilles achetées, pas cueillies

B&M rappelle dans toute la France les morilles séchées Champibon en pot de 60 g, après la mort d'une Montpelliéraine de 27 ans qui en avait cuisiné ; le lien reste à établir. Les centres antipoison avaient déjà relevé que les intoxications graves aux morilles concernaient presque toutes des morilles achetées, pas cueillies.

Relu par Antoine BOUQUET
Photomontage : des morilles séchées s'échappent d'un petit pot transparent renversé sur un plan de travail en bois, une main de femme suspendue au-dessus, dans une cuisine éclairée par une lampe chaude, le soir ; le logo de l'enseigne B&M est posé en vignette en haut de l'image.
Photomontage : un pot de morilles séchées renversé sur un plan de travail, un soir en cuisine, et le logo de l'enseigne B&M. Image d'illustration, logo B&M via Wikimedia Commons (CC0), montage Centre CLÉA. B&M rappelle dans toute la France les morilles séchées Champibon en pot de 60 g vendues du 12 octobre au 3 novembre 2026, pour une probable contamination par une toxine.
Sommaire

Marie-Lou avait cuisiné son plat préféré depuis des années, un poulet aux morilles, avec des champignons séchés en pot de la marque Champibon achetés chez B&M. Admise lundi au CHU de Montpellier pour des troubles digestifs, la jeune femme de 27 ans a fait un arrêt cardiaque dans la nuit et elle est morte mardi matin, selon le récit de sa sœur à ICI Hérault. « Elle savait les cuire », précise celle-ci, qui décrit « une forte réaction très rare ». [2] B&M France rappelle de son côté que le lien entre le décès et le produit reste à établir. [3] La fiche de rappel ne nomme pas la toxine en cause, mais elle tranche la question pratique : ce pot ne doit plus être cuisiné, quelle que soit la durée de cuisson. [1]

Morilles séchées Champibon : le produit rappelé par B&M

Le rappel a été publié le 4 novembre 2026 sur RappelConso, le site officiel des rappels de produits, à l’initiative de B&M France. Il est national et volontaire, sans arrêté préfectoral. Pour savoir si un pot est concerné, il faut regarder l’étiquette et le code-barres : [1]

En ce moment

  • Produit : champignons morilles séchées, pot de 60 g, marque Champibon, référence 534199.
  • Code-barres (GTIN) : 3760201609743, tous les lots, avec une date limite au 1er décembre 2029.
  • Vente : dans les magasins B&M de toute la France, du 12 octobre au 3 novembre 2026.
  • Que faire : ne pas le consommer, le rapporter en magasin pour être remboursé ; le service consommateurs répond au 04 73 69 90 60.

Le motif tient en une ligne : une « probable contamination d’un lot de morilles par une toxine susceptible d’être à l’origine d’intoxication alimentaire ». La fiche décrit des diarrhées ou des vomissements dans les heures qui suivent le repas, pouvant, dans de rares cas, entraîner une déshydratation sévère. Une personne qui en a mangé et ressent ces symptômes doit appeler un centre antipoison. [1]

Ce rappel est inhabituel. Dans les données publiques de RappelConso, en ligne depuis 2021, nous avons relevé cinq rappels de morilles vendues telles quelles. Les quatre premiers, chez Metro en 2024 et 2025 puis chez Carrefour en 2025, visaient des résidus de pesticides au-delà des limites autorisées. Celui de B&M est le premier à invoquer une toxine, selon notre décompte. [12]

Les intoxications graves aux morilles venaient presque toutes du commerce

La morille a la réputation d’un champignon sans danger une fois cuit. Les centres antipoison ont pourtant voulu vérifier après avoir reçu, en 2020, deux décès consécutifs à un repas de morilles. Ils ont repris tous les cas enregistrés entre 2010 et 2020 où les morilles étaient le seul champignon consommé : 446 intoxications. La grande majorité étaient bénignes ou modérées, avec des troubles digestifs chez 84 % des personnes et des signes neurologiques chez 53 %. Dix cas étaient graves : diarrhées profuses, vomissements, lésions de l’intestin privé de sang, déshydratation sévère ou état de choc. On compte deux décès, et deux patients ont dû être opérés pour retirer une partie du tube digestif. [4][5]

Champignon entier au premier plan et main tenant un smartphone dans une forêt, composition illustrative.

L’origine des champignons fait la différence. Les 194 intoxications liées à des morilles cueillies en France sont toutes restées bénignes ou modérées. À l’inverse, 9 des 10 cas graves concernaient des morilles achetées, en épicerie, en supermarché ou au restaurant, le dixième étant d’origine inconnue. [4] Rapporté aux 164 intoxications dues à des morilles achetées, cela fait 5,5 % de formes graves, selon notre calcul. Cinq de ces cas graves concernaient des morilles déshydratées, dont trois identifiées comme importées d’Asie. [4]

Les auteurs relient ce changement à la provenance des morilles vendues. Le premier cas grave remonte à 2014, huit autres ont suivi depuis 2016, et cette chronologie correspond à l’arrivée sur le marché de morilles de culture séchées venues d’Asie. Dans la publication de 2024, ils notent que les décès étaient attribués à des morilles de culture importées, comme aux États-Unis, et que la vente de morilles cultivées l’emporte sur celle des morilles sauvages depuis 2006. [4][5] C’est une piste, pas une preuve : la toxine n’a pas été identifiée. Dans un cas, l’analyse a reconnu l’espèce Morchella importuna, la première variété cultivée en Chine, avec des spécimens en majorité immatures. [4]

Ces 446 cas sont ceux qui ont été signalés à un centre antipoison : ils ne disent pas quelle part des mangeurs de morilles tombe malade. Ils montrent aussi une grande inégalité devant le même plat. Dans sept des cas graves, le repas avait été partagé avec des convives qui n’ont pas eu de forme grave, et trois des malades avaient des antécédents de maladie digestive, ce qui fait évoquer aux toxicologues une sensibilité particulière de certaines personnes. [4] Un drame isolé ne rend donc pas chaque pot dangereux, mais il justifie qu’un lot soupçonné disparaisse des rayons avant que la cause soit connue.

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Infographie aux couleurs de Centre CLÉA. Sur 446 intoxications aux seules morilles signalées aux centres antipoison en France entre 2010 et 2020, 194 concernaient des morilles cueillies en France, dont aucun cas grave ; 164 des morilles achetées en épicerie, en supermarché ou au restaurant, dont 9 cas graves, soit 5,5 % ; 88 des morilles d'origine inconnue, dont 1 cas grave. Parmi les 10 cas graves : 2 décès, 8 états de choc, 2 patients opérés pour retirer une partie du tube digestif, 5 cas avec des morilles déshydratées dont 3 importées d'Asie. Repères de cuisson : jamais crues, même séchées, car réhydratées elles restent crues ; 20 à 30 minutes à la poêle ou 15 minutes à l'eau bouillante avec l'eau de cuisson jetée ; 150 à 200 g de champignons par adulte et par semaine. Produit rappelé le 4 novembre 2026 : morilles séchées Champibon 60 g, référence 534199, code-barres 3760201609743, tous les lots, date du 1er décembre 2029, vendues chez B&M du 12 octobre au 3 novembre 2026.
Sur 446 intoxications aux morilles signalées entre 2010 et 2020, aucun cas grave avec des morilles cueillies en France, 9 avec des morilles achetées. Repères de cuisson et produit rappelé. Infographie : Centre CLÉA.

Cuisson des morilles : ce que recommande l’Anses

Hors de toute contamination, la morille est un champignon toxique cru. L’Anses, l’agence sanitaire chargée de l’alimentation, le classe parmi les espèces qui contiennent des toxines thermolabiles, c’est-à-dire détruites par la chaleur. Elle recommande pour ces champignons 15 minutes dans l’eau bouillante, en jetant l’eau de cuisson, ou 20 à 30 minutes à la poêle, de façon à atteindre 70 °C au cœur. [9] Elle conseille aussi de s’en tenir à 150 à 200 g de champignons par adulte et par semaine. [8]

Le séchage ne dispense pas de cette cuisson. Tox Info Suisse, le centre antipoison suisse, demande de cuire les morilles au moins 20 minutes, même séchées ou surgelées. Le chimiste cantonal genevois Patrick Edder précise que le séchage ne détruit qu’une partie des substances en cause : « toute préparation de morilles, qu’elles soient fraîches ou qu’elles soient simplement réhydratées après séchage, reste crue ». [11] Le temps passé à tremper dans l’eau ne compte donc pas dans la cuisson.

Des morilles réhydratées mijotent dans une sauteuse en inox sur une gazinière, une spatule en bois posée dedans, à côté d'un bol d'eau de trempage brune et d'un minuteur blanc en forme d'œuf, pendant qu'une main règle le feu.
Des morilles réhydratées mijotent à la poêle : l’Anses recommande 20 à 30 minutes de cuisson, ou 15 minutes à l’eau bouillante en jetant l’eau.

Ce temps est rarement tenu avec les champignons en général. Dans le bilan des intoxications du second semestre 2024, sur 522 repas pour lesquels la cuisson était connue, les champignons avaient été mangés crus dans 9 % des cas, cuits moins de 10 minutes dans 24 % et cuits 10 à 20 minutes dans 48 %. [10] Au total, 8 repas sur 10 restaient sous les 20 minutes, selon notre calcul. Ces chiffres portent sur les champignons de cueillette, toutes espèces confondues. Pour le pot rappelé, la consigne est différente : bien cuire ne suffit pas à rendre sûr un lot soupçonné de contenir une toxine, il ne doit pas être consommé. [1]

Le syndrome morillien, une intoxication qui touche l’équilibre plusieurs heures après

Les morilles provoquent aussi une intoxication qui ne ressemble pas aux autres. Les centres antipoison l’ont décrite à partir des cas enregistrés entre 1976 et 2006 : sur 286 intoxications où la responsabilité des morilles était jugée possible, 129 associaient des signes neurologiques. On parle de syndrome morillien. Les personnes avaient des tremblements (53 %), des vertiges ou une sensation d’ivresse (53 %), des troubles de l’équilibre ou de la marche (21 %), parfois des troubles de la vue ou des fourmillements. [6]

Ces signes arrivent tard, environ 12 heures après le repas en médiane, contre 5 heures pour les troubles digestifs simples. Ils surviennent plus souvent après une grande quantité de morilles, qui avaient été mangées crues ou insuffisamment cuites dans la moitié des cas, et 80 % des cas se produisaient de mars à mai, en pleine saison des morilles fraîches. Aucune séquelle n’était rapportée. [6][7] Une confusion avec la fausse morille, un champignon interdit à la vente, a été écartée par les auteurs. [7]

Bœuf Wellington coupé en deux sur une table en bois, avec une amanite phalloïde entière au premier plan, à la lueur d'une bougie.

Le délai change la conduite à tenir. L’Anses rappelle que les symptômes d’une intoxication par des champignons apparaissent le plus souvent quelques heures après le repas, mais peuvent dépasser 12 heures, et que l’état de la personne peut s’aggraver vite. Elle conseille de noter l’heure du repas et celle des premiers signes, de garder les restes et l’emballage, et d’appeler un centre antipoison en mentionnant les champignons ; en cas de détresse, perte de connaissance ou gêne respiratoire, il faut appeler le 15 ou le 112. [8]

Sources et références

[1] RappelConso — Champignons morilles séchées 60 g Champibon, fiche 2026-11-0023, version 2, 4 novembre 2026
https://rappel.conso.gouv.fr/fiche-rappel/24012/Interne

[2] ICI Hérault — Décès fulgurant d'une jeune femme au CHU de Montpellier après avoir mangé des morilles, 5 novembre 2026
https://www.ici.fr/occitanie/herault-34/deces-d-une-jeune-femme-au-chu-de-montpellier-apres-avoir-mange-des-morilles-8696657

[3] actu.fr — Rappel urgent de morilles chez B&M après la mort d'une jeune femme : quels sont les symptômes de cette intoxication ?, 5 novembre 2026
https://actu.fr/societe/rappel-urgent-de-morilles-chez-b-m-apres-la-mort-d-une-jeune-femme-quels-sont-les-symptomes-de-cette-intoxication_65016654.html

[4] Le Visage L et al. — Existe-il un syndrome d'intoxication sévère aux morilles ?, Toxicologie Analytique et Clinique, 2023
https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S2352007823002111

[5] Vodovar D, Le Visage L, Caré W et al. — Severe morel mushroom poisonings in France: a nationwide French poison centres study 2010-2020, Clinical Toxicology, 2024
https://doi.org/10.1080/15563650.2024.2367657

[6] Saviuc P et al. — Un nouveau syndrome d'intoxication par les morilles : données des Centres antipoison et de toxicovigilance, France, 1976-2006, Santé publique France
https://www.santepubliquefrance.fr/sites/default/files/rdd/document/19166_9874-9874-ps.pdf

[7] Saviuc P et al. — Can morels (Morchella sp.) induce a toxic neurological syndrome?, Clinical Toxicology, 2010
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/20507248

[8] Anses — Intoxications liées à la cueillette de champignons : restez vigilants !, 4 septembre 2025
https://www.anses.fr/fr/article/intoxications-liees-cueillette-champignons-restez-vigilants

[9] Anses — Avis relatif à la liste des champignons comestibles, saisine 2015-SA-0180, 4 avril 2017
https://www.anses.fr/fr/system/files/ERCA2015SA0180.pdf

[10] Anses — Intoxications accidentelles par des champignons en France métropolitaine, bilan des cas enregistrés par les Centres antipoison entre le 1er juillet et le 31 décembre 2024
https://www.anses.fr/system/files/Toxicovigilance-2025-VIG-0015-RA.pdf

[11] RTS — Gare aux morilles ! Attention de les consommer suffisamment cuites, 29 janvier 2026
https://www.rts.ch/info/sante/2026/article/morilles-cuisson-20-minutes-obligatoire-pour-eviter-les-risques-d-intoxication-29134098.html

[12] DGCCRF — RappelConso, données ouvertes des fiches de rappel, consultées le 5 novembre 2026, calculs de la rédaction
https://data.economie.gouv.fr/explore/dataset/rappelconso-v2-gtin-espaces/

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