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Fenêtres fermées tout l’hiver, un gaz radioactif invisible peut s’accumuler chez les 12,7 millions de Français qui vivent en zone à risque : le radon

La saison de mesure du radon a commencé : dosimètres à poser d'octobre à fin avril, kits gratuits distribués par des collectivités. Selon notre recomptage, 12,7 millions d'habitants vivent dans une commune classée en zone 3. Comment vérifier la sienne, ce que signifie le seuil de 300 Bq/m³ et pourquoi la mesure se fait l'hiver.

Relu par Antoine BOUQUET
Fenêtre embuée d'une maison en pierre un soir d'hiver, essuyée d'un revers de main, avec un petit détecteur de radon blanc posé sur le rebord ; lampe chaude à l'intérieur, crépuscule bleu dehors.
Fenêtres fermées pendant la saison de chauffe, le radon s'accumule davantage dans les logements : c'est entre octobre et fin avril qu'un détecteur passif, posé au moins deux mois, reflète le mieux l'exposition du foyer. Image d'illustration.

Les dosimètres reviennent sur les étagères. Comme chaque automne, l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) rappelle que le radon se mesure en période hivernale, d’octobre à avril, pendant au moins deux mois [5]. Des collectivités distribuent en même temps des kits gratuits aux particuliers : 180 dans le Pays Auxois-Morvan, en Côte-d’Or [9], 250 dans l’agglomération de Quimper, où une réunion d’information est prévue le 10 novembre [8]. Ces opérations restent locales et les places partent vite. La question qu’elles posent, elle, concerne des millions de foyers : faut-il tester son logement, et comment savoir si l’on est concerné ?

Le radon est un gaz radioactif naturel, sans couleur ni odeur, issu de l’uranium contenu dans les roches et les sols. Il entre dans les maisons par les fissures du sol et des murs, les joints et les passages de canalisations, puis s’accumule quand l’air se renouvelle mal [1]. Le Centre international de recherche sur le cancer le classe cancérigène certain pour le poumon depuis 1987. En France, il est la deuxième cause de cancer du poumon après le tabac, avec environ 3 000 décès par an, soit 10 % des décès par cancer du poumon, selon l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) [3].

Fin septembre, l’ASNR a aussi publié son bilan de l’exposition de la population aux rayonnements ionisants : le radon y représente 55 % de la dose moyenne reçue chaque année, devant l’imagerie médicale (23 %) [4]. Cette part a grimpé parce que la réglementation a révisé à la hausse le risque attribué à chaque unité de radon inhalée, à partir des études épidémiologiques récentes, et non parce que les logements seraient devenus plus radioactifs [4][7].

En ce moment

Radon : comment savoir si sa commune est classée à risque

Le premier repère est géographique. Une carte officielle, fixée par un arrêté du 27 juin 2018 à partir des travaux de l’ex-IRSN, classe chaque commune dans l’une de trois catégories de potentiel radon, selon la richesse en uranium du sous-sol [1][2] :

  • zone 1 : potentiel faible, sur les terrains calcaires, sableux ou argileux des grands bassins (bassin parisien, bassin aquitain) ;
  • zone 2 : potentiel faible, mais des failles importantes ou d’anciens ouvrages miniers peuvent faciliter la remontée du gaz ;
  • zone 3 : potentiel significatif, sur au moins une partie de la commune, notamment sur les massifs granitiques (Massif armoricain, Massif central, Corse, Vosges) et certains grès et schistes noirs.
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La catégorie s’obtient sur le site de l’ASNR, rubrique « Connaître le potentiel radon de ma commune » [2], ou dans notre outil ci-dessous. Elle ne dit pas ce que contient votre maison, mais la probabilité d’y trouver des niveaux élevés. Les mesures de la campagne nationale menée en métropole donnent l’écart : en zone 1, moins de 2 % des bâtiments dépassent 300 becquerels par mètre cube (Bq/m³) ; en zone 3, plus de 10 % [2]. Une commune en zone 3 n’a donc pas tous ses logements au-dessus du seuil, et une commune en zone 1 n’en est pas exempte.

Combien de personnes vivent en zone 3 ? L’ASNR avance 12,2 millions d’habitants, soit 18 % de la population, répartis dans 72 départements [1]. En croisant la liste officielle des communes, publiée sur data.gouv.fr [6], avec les populations légales actuelles de l’Insee, notre rédaction arrive à 12,7 millions d’habitants, soit 18,5 %, dans 6 767 communes. Dans certains départements, c’est presque tout le monde : 97 % des habitants de la Creuse, 94 % de ceux du Finistère, 92 % en Haute-Vienne et 91 % dans le Morbihan vivent dans une commune classée en zone 3.

Votre commune est-elle en zone radon ?
Tapez le nom de votre commune pour retrouver sa catégorie dans la carte officielle du potentiel radon, de 1 (faible) à 3 (significatif).
Zone 1 : formations géologiques pauvres en uranium. Zone 2 : potentiel faible, mais des failles ou des ouvrages miniers peuvent faciliter la remontée du radon. Zone 3 : formations géologiques plus riches en uranium, sur au moins une partie de la commune. La catégorie dit la probabilité de trouver des niveaux élevés dans les bâtiments de la commune, pas la concentration dans votre logement : seule une mesure de deux mois entre octobre et avril la donne. Source : ASNR, zonage en potentiel radon (arrêté du 27 juin 2018), données data.gouv.fr ; populations légales Insee via geo.api.gouv.fr ; mise en forme de notre rédaction.
Infographie Centre CLÉA sur le radon : part des bâtiments au-dessus de 100 et 300 Bq/m³ en zone 1 et en zone 3, 12,7 millions d'habitants en zone 3, période de mesure d'octobre à avril et conduite à tenir au-dessus du seuil
En zone 3, plus d’un bâtiment sur dix dépasse 300 Bq/m³, contre moins de 2 % en zone 1, selon l’ASNR : la carte oriente, mais seule une mesure de deux mois l’hiver tranche. Infographie : Centre CLÉA.

Pourquoi le radon se mesure d’octobre à avril

Le choix de la saison tient à notre façon de vivre l’hiver. Fenêtres closes et chauffage allumé, l’air se renouvelle moins et le gaz se concentre. L’INRS le formule simplement : le radon « a tendance à s’accumuler dans les pièces fermées lorsque l’aération des locaux est minimale » [5]. Mesurer à ce moment-là donne une image fidèle de l’exposition réelle du foyer, que le laboratoire compare au niveau de référence. L’ASNR fait commencer la période au 15 septembre, l’INRS et la plupart des campagnes locales en octobre ; toutes la ferment au 30 avril [1][5].

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Le dispositif tient dans la main. Il s’agit d’un détecteur passif, vendu autour de 25 euros sur Internet par des laboratoires, qu’on pose sans le brancher [1] :

  • un ou deux détecteurs dans les pièces principales du rez-de-chaussée, là où l’on vit ;
  • au moins deux mois de pose, logement occupé et chauffé ;
  • un retour au laboratoire qui l’a fourni, pour l’analyse.

Les kits distribués par les collectivités suivent le même principe : dans l’Auxois-Morvan, chaque participant pose son dosimètre dans une pièce de vie pendant deux mois, remplit un questionnaire et le renvoie par enveloppe pré-affranchie, avant de recevoir un résultat personnalisé [9]. Un organisme agréé peut aussi se charger de la pose et du retrait [1].

La saison du radon est aussi celle du chauffage, et les deux risques se recoupent sans se confondre : le monoxyde de carbone, lui, provoque des intoxications aiguës, comme nous l’expliquions à propos des intoxications qui se font passer pour une grippe. Dans les deux cas, l’aération quotidienne fait partie de la réponse.

Dans une cuisine au crépuscule, un homme ouvre grand la fenêtre en se tenant le front, à côté d'une chaudière murale à gaz, avec un détecteur rond fixé au plafond.
Illustration en coupe d'une maison en pierre la nuit : des particules dorées figurant le radon montent du granit fissuré, s'accumulent dans la cave et le séjour aux fenêtres fermées et s'échappent par une fenêtre ouverte à l'étage.
Le radon remonte du sous-sol par les fissures et les passages de canalisations, puis s'accumule dans les pièces basses quand les fenêtres restent fermées : c'est pour cela que la mesure se fait l'hiver, au rez-de-chaussée.

Au-dessus de 300 Bq/m³, des gestes puis des travaux

Pour un logement, la mesure n’est pas imposée : l’ASNR la recommande à toute personne habitant une commune en zone 3 [1]. Certains établissements recevant du public situés dans ces zones, eux, sont tenus de mesurer et de corriger [3]. Le résultat se lit face à deux repères. Le niveau de référence de 300 Bq/m³, en moyenne annuelle, est celui au-delà duquel il est recommandé d’agir pour réduire la concentration ; un niveau d’intervention renforcée est fixé à 1 000 Bq/m³ [1].

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Entre 300 et 1 000 Bq/m³, l’ASNR indique que des actions simples, sans gros travaux, suffisent en général à faire baisser la concentration [1] :

  • ouvrir les fenêtres en grand au moins 10 minutes par jour dans chaque pièce ;
  • vérifier et entretenir la ventilation, sans boucher les entrées et sorties d’air ;
  • colmater les entrées du gaz : porte de cave, passages de canalisations, fissures du sol ;
  • rouvrir les aérations du vide sanitaire ou de la cave qui auraient été obstruées.

Ces gestes peuvent perdre de leur efficacité avec le temps [1]. Au-delà de 1 000 Bq/m³, ou si la concentration reste au-dessus de 300 après ces aménagements, l’ASNR conseille un diagnostic du bâtiment par un professionnel. Les travaux visent alors à rendre étanche la jonction entre le sous-sol et les pièces habitées, à mieux renouveler l’air et à traiter le soubassement, par exemple en ventilant le vide sanitaire ou en y créant une légère dépression [1]. Une nouvelle mesure s’impose après des travaux qui modifient l’aération ou l’étanchéité, y compris une rénovation énergétique, qui peut rendre une maison plus étanche à l’air [1][10].

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Reste le facteur qui change le plus le risque individuel : le tabac. À exposition au radon égale, le risque de développer un cancer du poumon est environ 20 fois plus élevé pour un fumeur que pour un non-fumeur, souligne l’ASNR [3]. C’est pourquoi ses recommandations aux habitants exposés associent l’arrêt du tabac aux mesures sur le logement, avec l’aide possible du médecin traitant [1].

Sources et références

[1] Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) — Le radon et la population : foire aux questions (niveaux de référence, zones, mesure, réduction du risque)
https://reglementation-controle.asnr.fr/information/dossiers-pedagogiques/le-radon-et-la-population/foire-aux-questions

[2] ASNR — Connaître le potentiel radon de ma commune (catégories et résultats de la campagne nationale de mesure)
https://recherche-expertise.asnr.fr/savoir-comprendre/environnement/connaitre-potentiel-radon-ma-commune

[3] ASNR — Projet de décision relative aux conditions de mesure de l'activité du radon, consultation du public, 9 février 2026
https://reglementation-controle.asnr.fr/reglementation/consultations-du-public/mesure-de-l-activite-du-radon

[4] ASNR — L'ASNR publie le nouveau bilan de l'exposition de la population française aux rayonnements ionisants (EXPOP 2020-2024), 28 septembre 2026
https://www.asnr.fr/actualites/lasnr-publie-le-nouveau-bilan-de-lexposition-de-la-population-francaise-aux-rayonnements

[5] INRS — Évaluer les risques d'exposition professionnelle au radon : mesurer l'activité volumique en période hivernale
https://www.inrs.fr/actualites/mesurage-exposition-radon.html

[6] data.gouv.fr — Connaître le potentiel radon de ma commune (ASNR, fichier des communes) ; populations légales Insee via geo.api.gouv.fr. Comptage des habitants et communes en zone 3 : calcul de la rédaction
https://www.data.gouv.fr/datasets/connaitre-le-potentiel-radon-de-ma-commune

[7] Doctissimo — Radioactivité : ce facteur méconnu de votre logement représente 55 % de votre exposition, octobre 2026
https://www.doctissimo.fr/sante/news-sante/radioactivite-ce-facteur-meconnu-de-votre-logement-represente-55-de-votre-exposition-828135.htm

[8] Le Télégramme — Une information publique sur le radon et une distribution de kit de détection le 10 novembre à Quimper, 22 octobre 2026
https://www.letelegramme.fr/finistere/quimper-29000/une-information-publique-sur-le-radon-et-une-distribution-de-kit-de-detection-le-10-novembre-a-quimper-7144003.php

[9] Le Bien Public — Auxois-Morvan : des kits distribués pour mesurer la présence dans votre maison de radon, un gaz radioactif, 20 octobre 2026
https://www.bienpublic.com/environnement/2026/10/20/des-kits-distribues-pour-mesurer-la-presence-dans-votre-maison-de-radon-un-gaz-radioactif

[10] Radon Bretagne (Approche ÉcoHabitat) — Mesurer le radon dans mon logement
https://radonbretagne.fr/tester-mon-logement

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