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Le vaccin ARN de Moderna contre le mélanome épargne une rechute à un patient opéré sur huit en deux ans, un résultat qui attend encore son feu vert en France

Présentés le 24 octobre au congrès européen de cancérologie ESMO, les résultats complets de l'essai INTerpath-001 montrent que le vaccin à ARN messager personnalisé de Moderna et Merck, ajouté à l'immunothérapie Keytruda, réduit de 42 % le risque de récidive ou de décès du mélanome. En patients, cela donne 82 personnes sur 100 sans rechute à deux ans, contre 70. Le vaccin n'a encore aucune autorisation en France.

Relu par Antoine BOUQUET
Dans une unité d'hôpital de jour, une infirmière gantée fait une injection dans le haut du bras d'un homme d'une soixantaine d'années installé dans un fauteuil de soins, une perfusion branchée à l'autre bras.
Dans un hôpital de jour, une infirmière fait une injection dans le haut du bras d'un patient sous perfusion : dans l'essai INTerpath-001, le vaccin à ARN était injecté dans le muscle toutes les trois semaines, en plus de la perfusion de Keytruda. Image d'illustration.

Le chiffre a fait le tour des médias : 42 % de risque en moins de récidive ou de décès. Il vient de l’essai de phase 3 INTerpath-001, dont les données complètes ont été présentées le 24 octobre 2026 à Madrid, au congrès de la Société européenne d’oncologie médicale (ESMO). Le traitement testé est l’intismeran autogène, un vaccin à ARN messager contre le mélanome, le plus grave des cancers de la peau, conçu par Moderna et Merck pour chaque patient. Il était donné en plus du Keytruda (pembrolizumab), l’immunothérapie déjà prescrite après l’opération [1][2].

Ce « 42 % » est une baisse relative : il compare deux risques entre eux, sans dire combien de malades en profitent. Pour un patient ou ses proches, la question utile est autre : sur 100 personnes opérées, combien échappent à la rechute grâce au vaccin, et quand pourra-t-on le recevoir en France ?

Vaccin ARN contre le mélanome : ce que les 42 % donnent sur 100 patients

Après deux ans, 82,2 % des patients vaccinés n’avaient ni récidive ni décès, contre 70,0 % de ceux qui recevaient le Keytruda seul [1]. Sur 100 patients, cela fait 82 personnes sans rechute d’un côté et 70 de l’autre : 12 de plus avec le vaccin. Dit autrement, les récidives ou décès passent d’environ 30 à 18 pour 100 patients. Dans l’essai, cela représente 136 événements sur 757 patients vaccinés (18,0 %) et 111 sur 380 dans l’autre groupe (29,2 %) [2].

D’après notre calcul, il faut donc traiter environ 8 patients pour éviter une récidive ou un décès de plus à deux ans (100 divisé par 12,2). C’est ce chiffre, plus que le pourcentage relatif, qui dit ce que le vaccin change au chevet du malade : la majorité des patients n’aurait pas rechuté de toute façon, une minorité rechute malgré lui, et environ un sur huit bascule du bon côté.

En ce moment

Le vaccin réduit aussi les rechutes les plus graves, celles où le cancer s’étend loin de la zone opérée (métastases à distance) : 88,5 % des patients vaccinés en étaient indemnes à deux ans, contre 80,2 %, soit un risque réduit de 38 % [1]. La question décisive reste ouverte : on ne sait pas encore si le vaccin fait vivre plus longtemps. Les données de survie sont trop jeunes, et l’écart observé à ce stade n’est pas statistiquement significatif ; l’essai se poursuit pour le mesurer [2].

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Infographie Centre CLÉA : sur 100 patients à deux ans, 82,2 % sans récidive avec le vaccin ARN et le Keytruda contre 70,0 % avec le Keytruda seul, 88,5 % contre 80,2 % sans métastase à distance, environ 8 patients à traiter, effet après 6 mois et étapes avant une autorisation en France.
Les résultats de l’essai INTerpath-001 traduits en patients : 12 personnes de plus sur 100 restent sans récidive à deux ans avec le vaccin, soit environ 8 patients à traiter pour éviter une rechute ou un décès. Infographie : Centre CLÉA.

Qui pourrait recevoir ce vaccin en France s’il était autorisé

L’essai a inclus 1 137 patients opérés d’un mélanome de la peau à haut risque : des tumeurs de stade IIB ou IIC, épaisses ou ulcérées, des formes de stade III qui avaient atteint les ganglions, et des formes de stade IV avec métastases, toutes retirées complètement par la chirurgie. Âge médian : 61 ans, avec environ 60 % d’hommes. Deux patients sur trois ont reçu le vaccin, en injection dans le muscle toutes les trois semaines, jusqu’à neuf doses, avec une perfusion de Keytruda toutes les six semaines pendant environ un an. Les autres ont reçu le Keytruda et un placebo [1][2].

En France, ce type de mélanome concerne environ 3 000 à 3 500 nouveaux patients par an, selon la Pr Caroline Robert, cheffe du service de dermatologie de Gustave-Roussy, qui a inclus une quinzaine de patients dans l’essai [3]. Si le résultat se reproduisait à l’identique hors essai, l’ordre de grandeur serait, selon notre calcul, de 370 à 430 personnes de plus par an sans récidive à deux ans. C’est un plafond : près d’un candidat sur six (17,3 %) a été écarté de l’essai parce que son échantillon de tumeur ne permettait pas de fabriquer le vaccin [2].

Main gantée tenant un petit flacon non étiqueté devant un laboratoire hospitalier bleuté, avec une seringue sur un plateau

Un vaccin fabriqué pour chaque tumeur, dont l’effet apparaît après six mois

Ce vaccin ne prévient pas le cancer : il sert à empêcher son retour après l’opération. Les chercheurs lisent l’ADN de la tumeur retirée pour repérer ses mutations propres, puis fabriquent un ARN messager qui code jusqu’à 34 de ces cibles (les « néoantigènes »). Une fois injecté, il apprend aux globules blancs à reconnaître les cellules cancéreuses qui auraient survécu. La fabrication a réussi pour plus de 99 % des patients vaccinés, mais elle prend du temps : 64 jours en médiane avant la première dose [2].

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Illustration : un échantillon de tumeur dans une boîte de laboratoire, une chercheuse devant un séquenceur et un ordinateur, un flacon de vaccin, puis des globules blancs qui encerclent des cellules cancéreuses.
Le principe d’un vaccin personnalisé : la tumeur retirée est analysée, un ARN messager propre au patient est fabriqué, puis il apprend aux globules blancs à repérer les cellules cancéreuses restantes. Illustration : Centre CLÉA.

Le bénéfice n’est pas immédiat. Pendant les six premiers mois, le temps de recevoir l’ensemble des doses, les deux groupes ont rechuté au même rythme. Au-delà de six mois, le risque de récidive ou de décès a baissé de 58 % chez les patients vaccinés, selon une analyse prévue dans le protocole [1][2]. Cette chronologie colle au principe du traitement, qui doit d’abord éduquer le système immunitaire, et elle explique pourquoi le gain global à deux ans reste plus modeste que ce chiffre.

Côté tolérance, le vaccin se fait surtout sentir dans les jours qui suivent l’injection : fièvre chez 52,2 % des patients vaccinés (contre 8,2 %), douleur au point d’injection (51,0 % contre 9,5 %) et symptômes de grippe (25,4 % contre 9,2 %), décrits comme légers et passagers. Les effets graves liés aux traitements restent proches dans les deux groupes (14,2 % contre 13,4 %), mais 14,0 % des patients vaccinés ont arrêté au moins un traitement à cause d’un effet indésirable, contre 8,7 %. Aucun décès n’a été attribué au vaccin [2].

Quand le vaccin contre le mélanome pourrait-il arriver en France ?

Pour l’instant, l’intismeran autogène reste un traitement expérimental : il n’a d’autorisation de mise sur le marché ni en France ni ailleurs. Les résultats ont été acceptés pour publication dans le New England Journal of Medicine, et les deux laboratoires disent avoir engagé les échanges avec les autorités sanitaires [1]. Le patron de Moderna, Stéphane Bancel, prépare avec Merck le dossier destiné à l’agence américaine du médicament (FDA) depuis la mi-août et vise une autorisation en 2027 [7].

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Pour la France, le chemin passe par l’Europe. Le dossier doit être évalué par l’Agence européenne du médicament (EMA), qui suit déjà ce vaccin dans son programme PRIME depuis avril 2023 pour les mélanomes de stade III et IV opérés [6]. Ce statut, réservé aux médicaments qui répondent à un besoin non couvert, offre un accompagnement renforcé et peut accélérer l’évaluation. Après le feu vert européen viennent, en France, l’évaluation par la Haute Autorité de santé (HAS) et la négociation du prix.

Un raccourci existe : l’accès précoce. Il est délivré par la HAS sur demande du laboratoire, après avis conforme de l’ANSM quand le médicament n’a pas encore d’autorisation, pour un groupe de patients suivis selon un protocole. La condition est stricte : un bénéfice présumé supérieur au risque, et l’absence d’alternative thérapeutique appropriée [4]. C’est là que le dossier sera discuté, puisque ces patients reçoivent déjà le Keytruda : il faudra juger si 12 patients sur 100 sans rechute en plus font du vaccin un progrès que rien d’autre n’offre. Quand ce dispositif est accordé, il fait gagner du temps : entre 2021 et 2023, les médicaments en accès précoce ont été autorisés et pris en charge en moyenne 9 mois avant leur inscription au remboursement classique [5].

Chercheuse manipulant une pipette au-dessus de tubes sur une paillasse de laboratoire.

D’ici là, ce vaccin ne se reçoit que dans le cadre d’essais. Moderna et Merck en mènent neuf, de phase 2 et 3, dont trois de phase 3 dans le cancer du poumon, et explorent aussi le cancer du pancréas dans un premier essai : c’est là que se jouera la question de savoir si l’approche dépasse le mélanome [1].

Sources et références

[1] Merck et Moderna — Merck and Moderna Will Present Results From Landmark Phase 3 INTerpath-001 Trial for Intismeran Autogene Plus KEYTRUDA (pembrolizumab) at ESMO 2026 Presidential Symposium, communiqué du 22 octobre 2026
https://www.merck.com/news/merck-and-moderna-will-present-results-from-landmark-phase-3-interpath-001-trial-for-intismeran-autogene-plus-keytruda-pembrolizumab-at-esmo-2026-presidential-symposium/

[2] CancerNetwork — INTerpath-001 Data Detail Survival, Subgroup, and Safety Findings in Melanoma, compte rendu de la présentation LBA1 de Georgina V. Long au congrès ESMO 2026, 24 octobre 2026
https://www.cancernetwork.com/view/interpath-001-data-detail-survival-subgroup-and-safety-findings-in-melanoma

[3] Le Monde — Un vaccin anticancer personnalisé montre, pour la première fois, un bénéfice chez des patients, 23 octobre 2026
https://www.lemonde.fr/sciences/article/2026/10/23/un-vaccin-anticancer-personnalise-montre-pour-la-premiere-fois-un-benefice-chez-des-patients_6799027_1650684.html

[4] ANSM — Encadrer l'accès précoce ou dérogatoire aux produits de santé
https://ansm.sante.fr/qui-sommes-nous/nos-missions/faciliter-lacces-a-linnovation-therapeutique/p/encadrer-lacces-precoce-aux-produits-de-sante

[5] Haute Autorité de santé — Accès précoce aux médicaments : 180 décisions en deux ans, octobre 2023
https://www.has-sante.fr/jcms/r_1500918/fr/acces-precoce-a-un-medicament

[6] Merck et Moderna — mRNA-4157/V940 in Combination with KEYTRUDA Receives PRIME Scheme Designation from the European Medicines Agency, communiqué du 6 avril 2023
https://www.merck.com/news/mrna-4157-v940-an-investigational-personalized-mrna-cancer-vaccine-in-combination-with-keytruda-pembrolizumab-receives-prime-scheme-designation-from-the-european-medicines-agency-for-adjuva/

[7] The Boston Globe / STAT — Moderna CEO on what's next after success in cancer vaccine, 27 octobre 2026
https://www.bostonglobe.com/2026/10/27/business/moderna-ceo-cancer-vaccine-stephane-bancel/

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