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L’OMS alerte sur l’âge des médecins : pourquoi l’accès au généraliste en France reste fragile malgré la relève attendue après 2030

Après l’alerte de l’OMS sur le vieillissement des médecins, nos calculs DREES mesurent la dépendance actuelle de l’accès au généraliste aux plus de 60 ans. Les Yvelines illustrent le défi local de la transition, malgré une remontée nationale des effectifs projetée après 2030.

Relu par Antoine BOUQUET
Un stéthoscope posé sur le bureau en bois d’un cabinet de médecine générale, à côté d’une lampe et d’un carnet fermé, avec une chaise de patient vide en arrière-plan.
Sur le bureau en bois d’un cabinet, un stéthoscope et une chaise de patient vide évoquent, dans la lumière du soir, la continuité des consultations de médecine générale.

Près d’un médecin sur quatre dans le monde a plus de 55 ans, alerte l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans un rapport publié le 19 octobre 2026. Dans les pays à revenu élevé, la proportion approche un sur trois. Le vieillissement touche donc aussi ceux qui soignent une population dont les besoins augmentent. [1]

En France, nous avons recalculé à partir des données de la DREES combien l’accès au généraliste repose aujourd’hui sur les médecins de plus de 60 ans. Les Yvelines illustrent cette dépendance. Alors que les projections nationales dessinent une remontée des effectifs après 2030, la transition et la répartition locale méritent autant d’attention que le nombre total de médecins.

L’OMS décrit une double pression sur les systèmes de santé

L’alerte ne vient pas d’une diminution générale des personnels de santé dans le monde. Leur densité a progressé de 52 % entre 2006 et 2025, selon l’OMS. Mais cette croissance masque de profondes inégalités de répartition, auxquelles s’ajoute le vieillissement des professionnels. [1]

À partir des dernières données disponibles dans 122 pays, l’organisation estime que près d’un médecin sur quatre approche d’un départ à la retraite dans les dix prochaines années. Elle projette une pénurie mondiale de 11,1 millions de personnels de santé à l’horizon 2030 : ce nombre concerne l’ensemble des soignants, pas seulement les médecins. [1]

La pression joue dans les deux sens : des professionnels arrivent en fin de carrière au moment où le vieillissement de la population accroît les besoins. Pour comprendre la situation française, il faut donc regarder non seulement les effectifs, mais aussi l’activité accessible près du domicile.

En ce moment

L’APL mesure l’accès au généraliste au-delà de la commune

L’accessibilité potentielle localisée, ou APL, exprime le nombre de consultations et de visites de médecine générale théoriquement accessibles par an et par habitant, en tenant compte de l’âge de la population. La DREES la calcule pour chaque commune à partir de l’activité des médecins et de l’offre des communes voisines, pondérée par la distance. Ce n’est pas un nombre de rendez-vous garantis à chaque patient. [2]

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La Verrière permet de comprendre la différence avec un simple comptage des cabinets. TV78 rapporte qu’aucun médecin n’y est installé. Pourtant, son APL atteint 3,02 dans les données 2024, au-dessus du seuil de 2,5 consultations par an et par habitant : les généralistes des communes voisines contribuent à l’accès mesuré. [2][3]

Le même indicateur tient compte des besoins de la population environnante, qui sollicite elle aussi ces médecins. Il décrit ainsi un équilibre local entre offre et demande, plutôt qu’une frontière entre communes « avec » ou « sans » cabinet.

Notre calcul révèle le poids des généralistes de plus de 60 ans

Nous avons additionné les habitants des communes dont l’APL est inférieure à 2,5, puis rapporté ce total à la population couverte par les données, en France hors Mayotte. En 2024, 18,2 % de cette population, soit 12,3 millions de personnes, vit sous ce seuil. Si l’on retirait l’activité des généralistes de plus de 60 ans, cette part atteindrait 46,3 %, soit 31,4 millions de personnes. [2]

Cette comparaison mesure une dépendance actuelle aux médecins les plus âgés, pas une prévision : elle conserve la population et l’offre des autres généralistes du millésime, sans anticiper les installations, remplacements ou départs futurs. La DREES publie directement des variantes d’APL selon l’âge des médecins retenus. [2]

Part des habitants sous le seuil d’APL en France et dans les Yvelines en 2024, et effectifs observés puis projetés des généralistes jusqu’en 2040
La comparaison avec et sans l’activité des généralistes de plus de 60 ans mesure une dépendance actuelle ; les effectifs de 2030 à 2040 relèvent d’un scénario de projection distinct. Infographie : notre rédaction, d’après la DREES (APL 2024 et projections ProMédI 2026).

Voici l’évolution avec la même méthode sur les trois millésimes disponibles les plus récents : [2]

Population vivant sous le seuil de 2,5202220232024
France hors Mayotte, tous les généralistes14,9 %16,6 %18,2 %
France hors Mayotte, sans les plus de 60 ans45,5 %45,8 %46,3 %
Yvelines, tous les généralistes32,0 %38,7 %53,9 %
Yvelines, sans les plus de 60 ans94,6 %98,3 %98,2 %

Notre calcul à l’échelle communale, pondéré par la population municipale, diffère de l’indicateur officiel du REPSS, établi à l’échelle des territoires de vie-santé avec les médecins de moins de 65 ans. [4]

Dans les Yvelines, plus d’un habitant sur deux est déjà sous le seuil

En 2024, 53,9 % des habitants des Yvelines résident dans une commune sous le seuil, soit environ 793 000 personnes. Sans l’activité des généralistes de plus de 60 ans, cette proportion atteindrait 98,2 %. La moyenne départementale de l’APL passerait de 2,47 à 1,52. [2]

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L’intérêt du calcul est de montrer la fragilité d’un accès qui existe encore. À Rambouillet, l’APL passe de 2,93 à 2,08 lorsque l’on écarte cette activité ; à La Verrière, de 3,02 à 1,92. Dans les deux cas, le territoire bascule sous le seuil. [2]

Ce constat rejoint les difficultés rapportées par TV78 le 18 octobre : le média indique que les Yvelines ont perdu 20 % de leurs généralistes en dix ans et que 45,6 % des praticiens en activité ont 60 ans ou plus, sans préciser la source de ces deux chiffres. À Rambouillet, la maire Véronique Matillon décrit des patients atteints de maladies chroniques qui se retrouvent sans médecin pour leurs renouvellements de médicaments. [3]

Boîte de médicament sur un comptoir médical, avec une salle d’attente en arrière-plan.

Après 2030, les projections nationales changent de direction

Les projections de la DREES, actualisées le 6 octobre 2026, éclairent un autre horizon. Parmi les généralistes en activité de 70 ans ou moins, les effectifs observés passent de 100 019 en 2014 à 91 549 en 2025. Le scénario tendanciel projette 94 023 généralistes en 2030, 102 552 en 2035 et 116 277 en 2040. [5]

La remontée s’affirmerait donc après 2030. Ces projections reposent sur le maintien des comportements observés et ne constituent pas des prévisions certaines. Leur intérêt est de déplacer la question : comment assurer les soins pendant la transition, et dans quels territoires les effectifs supplémentaires exerceront-ils ?

Une hausse nationale peut coexister avec un accès local fragile. L’exemple des Yvelines montre pourquoi attendre seulement le retour à un effectif supérieur à celui de 2014 laisserait de côté la dépendance des communes aux médecins aujourd’hui en fin de carrière.

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Maisons France Santé et médecins juniors visent la transition locale

Dans les Yvelines, le représentant départemental de l’Agence régionale de santé annonce 59 maisons France Santé, rapporte TV78. Une soixantaine de médecins juniors doivent aussi rejoindre le département à partir du 1er novembre 2026, pour un an. Ces annonces associent organisation de l’offre et arrivée de professionnels. [3]

Illustration à la gouache d’une petite salle d’attente de cabinet médical avec quelques patients, dont une personne âgée
Une salle d’attente de cabinet médical illustrée à la gouache évoque l’enjeu du suivi de proximité, dans des territoires où une partie de l’accès repose sur des généralistes en fin de carrière.

À Rambouillet, une valise de télémédecine doit permettre à des infirmières formées d’intervenir au domicile des patients en lien avec un médecin à distance. Le dispositif cherche à rapprocher la consultation du patient en s’appuyant sur plusieurs professionnels. [3]

Pour apprécier ces réponses, le critère utile sera l’activité supplémentaire accessible aux habitants, pas seulement le nombre de structures annoncé. C’est précisément ce que rappelle l’APL : un cabinet, un médecin et un volume de consultations disponibles sont trois informations différentes.

La précarité ajoute des obstacles à la distance et au manque de médecins

La disponibilité d’un généraliste n’épuise pas la question de l’accès. À l’occasion du 17 octobre, Médecins du Monde rappelle que le coût, les démarches administratives et la dématérialisation peuvent aussi éloigner des soins. Dans ses centres, 38 % des patients accueillis présentent un retard de prise en charge médicale : ce constat porte sur ce public, pas sur l’ensemble des Français. [6]

Illustration conceptuelle de l’accès à une protection santé, avec une personne, un foyer et des ressources symbolisés.

En 2025, l’association a soigné 13 556 personnes dans ses 12 Centres d’accueil, de soins et d’orientation. Ces lieux associent prise en charge médicale et accompagnement social, administratif et juridique, notamment pour aider les personnes en difficulté à faire valoir leurs droits et à retrouver un accès aux soins. [6]

Sources et références

[1] OMS — À l’heure où un médecin sur quatre approche de l’âge de la retraite, l’OMS met en garde contre une pénurie mondiale de personnels de santé, 19 octobre 2026
https://www.who.int/fr/news/item/19-10-2026-one-in-four-doctors-nearing-retirement-age-as-who-warns-of-global-health-workforce-gap

[2] DREES — Indicateur d’accessibilité potentielle localisée (APL) aux médecins généralistes, millésimes 2022, 2023 et 2024 ; calculs de notre rédaction
https://data.drees.solidarites-sante.gouv.fr/explore/dataset/530_l-accessibilite-potentielle-localisee-apl/information/

[3] TV78 — Déserts médicaux dans les Yvelines : comment les élus tentent de garantir l’accès aux soins, 18 octobre 2026
https://tv78.com/deserts-medicaux-dans-les-yvelines-comment-les-elus-tentent-de-garantir-lacces-aux-soins/

[4] Sécurité sociale, REPSS — Inégalités territoriales de répartition des médecins généralistes, édition 2026
https://evaluation.securite-sociale.fr/home/maladie/261-inegalites-territoriales-de.html

[5] DREES — Projections des effectifs de médecins, modèle ProMédI, mise à jour du 6 octobre 2026 ; scénario tendanciel
https://data.drees.solidarites-sante.gouv.fr/explore/dataset/projections-des-effectifs-de-medecins/information/

[6] Médecins du Monde — Pourquoi le droit à la santé reste un combat, à l’occasion du 17 octobre 2026
https://www.medecinsdumonde.org/actualite/pourquoi-le-droit-a-la-sante-reste-un-combat/

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