Davantage de médecins dans les années à venir, des docteurs juniors attendus dès novembre et plus d’étudiants admis dans les filières de santé : les annonces dessinent une amélioration de l’offre de soins. Pour une personne qui cherche un rendez-vous, elles répondent pourtant à des questions différentes. Un effectif national, une place en formation et une consultation disponible ne mesurent pas la même chose.
Le « +30 % » réunit des médecins et des étudiants
Dans les projections diffusées en octobre, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) estime que le nombre de médecins en activité de moins de 70 ans et d’étudiants en troisième cycle de médecine pourrait augmenter de 30 à 39 % entre 2025 et 2040. Le champ couvre la France et les départements et régions d’outre-mer. Il rassemble 261 800 personnes en 2025 et atteindrait entre 340 600 et 362 500 en 2040 dans les trois scénarios maintenant les arrivées de médecins diplômés à l’étranger. [1]
Le troisième cycle correspond à la formation spécialisée, notamment l’internat. Le total ne décrit donc pas seulement les médecins déjà installés dans leur propre cabinet. Cela ne veut pas dire que les étudiants n’apportent aucun soin : les docteurs juniors de médecine générale, par exemple, exerceront en autonomie supervisée. Mais additionner ces professionnels et ces étudiants ne produit pas un nombre de rendez-vous proposés aux patients.
En ce moment
La part des étudiants dans l’ensemble n’est pas marginale. Dans le scénario tendanciel, elle représente 17 % du total en 2040, comme en 2025. Lire le périmètre du chiffre est donc aussi important que lire sa hausse. L’enjeu n’est pas de disqualifier une amélioration attendue, mais de savoir précisément quelle amélioration est mesurée. [1]
2040 est un scénario, pas un calendrier de rendez-vous
Le modèle ProMédI de la DREES prolonge des comportements observés récemment et fait varier les entrées en formation ainsi que les arrivées de diplômés à l’étranger. Son scénario tendanciel retient 12 200 entrées annuelles en deuxième année de médecine et 2 500 nouveaux médecins diplômés à l’étranger par an. Les variantes de formation modifient les premières à partir de 2031. [2]
La fourchette de +30 à +39 % suppose le maintien de ce flux de diplômés à l’étranger. Le modèle étudie séparément une variante sans nouvelles arrivées. La DREES parle de projections, et non de prévisions : ces calculs montrent les conséquences de certaines hypothèses, pas un résultat déjà acquis. Le nombre d’entrées en études ne devient pas non plus automatiquement un nombre identique de diplômés, car les durées de spécialisation et les interruptions de parcours comptent. [1]
Pour comprendre ce que ces perspectives peuvent changer, il faut garder ensemble trois dimensions : les effectifs, leur répartition et le temps consacré aux soins. Une hausse à l’échelle de la France ne précise pas, à elle seule, la spécialité, le lieu d’exercice ou le créneau qui sera accessible à une personne donnée.

Les docteurs juniors sont un renfort annoncé pour le 1er novembre
Le calendrier des docteurs juniors est plus proche que celui des projections à 2040. Dans son dossier du 14 octobre, le ministère de la Santé annonce que plus de 3 000 docteurs juniors de médecine générale débuteront leur dernière année de formation le 1er novembre 2026. Au 19 octobre, il s’agit d’une arrivée attendue, pas d’un déploiement dont les effets sur les rendez-vous seraient déjà mesurés. [3]
Le ministère indique que 80 % exerceront dans des territoires caractérisés par des difficultés d’accès aux soins. Cette quatrième année doit se dérouler autour de deux stages de six mois sur un même lieu, en ambulatoire sauf exceptions ou projets pédagogiques particuliers. Les docteurs juniors exerceront sous la supervision d’un praticien agréé maître de stage des universités, le médecin chargé de cet accompagnement. [3]
Ce dispositif agit sur la présence de professionnels en formation dans les territoires et sur leur accompagnement. Il ne se confond pas avec une nouvelle vague de médecins définitivement installés. Le gouvernement annonce également environ 500 internes supplémentaires à partir de mai 2027 : c’est une seconde échéance, distincte de celle de novembre.
Autre chiffre, autre étape : les 4 070 postes de médecine générale ouverts à l’internat en 2026, dont 4 068 ont été pourvus, concernent les entrées dans cette formation. Ils ne doivent pas être additionnés aux docteurs juniors comme s’il s’agissait de deux groupes de nouveaux praticiens ouvrant tous un cabinet cet automne. [3]
Le manque de professionnels peut ainsi coexister avec un équipement moderne ou une activité en progression. Notre décryptage du parcours de soins en cancérologie en Guadeloupe illustre cette différence entre une capacité technique et l’accès effectif à une équipe.


En pharmacie aussi, les admissions précèdent l’exercice professionnel
Le bilan ministériel fait état de 3 400 étudiants admis chaque année en pharmacie. Ce chiffre concerne une autre profession et une autre étape du parcours : l’entrée dans une formation, non l’arrivée immédiate de 3 400 pharmaciens supplémentaires dans les officines. [3]
Regrouper les filières sous l’expression « professionnels de santé » est utile pour décrire l’effort de formation. Pour juger l’accès à un soin précis, il faut ensuite revenir au métier concerné et au moment où les personnes formées pourront l’exercer. Une progression des admissions en pharmacie ne se substitue pas à une disponibilité médicale ; elle renseigne sur la préparation de cette filière.
Le nombre d’habitants et leur âge changent aussi la lecture
Deux questions aident à passer du bilan national au besoin d’un patient :
- Que compte-t-on ? Des personnes en formation, des professionnels en activité ou du temps de consultation ?
- À quels besoins rapporte-t-on ce nombre ? Une population peut évoluer en effectif et en âge, tandis que la répartition entre territoires et spécialités reste déterminante.
Pour tenir compte des besoins, la DREES publie aussi des densités dites standardisées. Elles rapportent les effectifs projetés à la population attendue par l’Insee en intégrant les différences de consommation de soins selon l’âge. Cet indicateur apporte une information supplémentaire par rapport au simple nombre de médecins : il compare les ressources humaines à une population dont les besoins se transforment. [2]
Sources et références
- DREES — Projections des effectifs de médecins et d’étudiants en troisième cycle, octobre 2026 (communiqué reproduit avec attribution).
https://toute-la.veille-acteurs-sante.fr/246009/leffectif-de-medecins-en-activite-et-detudiants-en-3eme-cycle-augmenterait-dau-moins-30-dici-2040-etude/ - DREES — Projections des effectifs de médecins : méthode, hypothèses et champ, version 2026.
https://data.drees.solidarites-sante.gouv.fr/explore/dataset/projections-des-effectifs-de-medecins/information/ - Ministère de la Santé — Démographie des professionnels de santé, dossier du 14 octobre 2026 (reproduction attribuée).
https://toute-la.veille-acteurs-sante.fr/246211/point-presse-du-ministere-de-la-sante-sur-la-demographie-des-professionnels-de-sante-par-telephone/







