Recevoir seulement les comprimés correspondant à son ordonnance paraît une réponse évidente aux médicaments qui restent dans les placards. Mais entre la boîte du fabricant et le traitement remis au patient, il faut aussi préserver l’emballage, les informations et les repères de prise. C’est ce travail, moins visible que le comptage, qui mérite d’être au centre du débat sur la délivrance à l’unité.
Le 16 octobre 2026, l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) a réaffirmé son opposition à cette mesure dans le débat sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027, ou PLFSS. Le syndicat regrette un manque de concertation et réclame une évaluation préalable. Cette prise de position concerne une proposition : elle n’annonce pas une nouvelle règle applicable au comptoir. [1]
L’unité délivrée reste liée à une prescription
La dispensation à l’unité n’est pas une idée apparue avec ce débat budgétaire. Dans une page datée du 14 octobre 2022, l’Assurance maladie décrit un cadre pour certains antibiotiques, ceux de la classe des antibactériens à usage systémique, lorsque leur forme pharmaceutique le permet. « À usage systémique » signifie ici que le médicament agit dans l’organisme, et non seulement sur une zone d’application locale. Ce cadre précis ne se confond pas avec une délivrance à l’unité de tous les médicaments. [2]
En ce moment
Le point de départ reste le nombre d’unités prescrit. Le pharmacien prélève les unités de prise en préservant leur intégrité, puis les place dans un nouveau conditionnement extérieur adapté au transport et à la conservation. La quantité remise et la durée du traitement sont donc deux notions différentes : ajuster la quantité délivrée n’autorise pas à raccourcir les prises prescrites.
Il ne s’agit pas non plus de sortir systématiquement chaque comprimé de sa protection pour le remettre en vrac. L’intégrité des unités doit être garantie. Le nouveau conditionnement doit être suffisamment solide pour ne pas perdre son contenu et ne pas réunir des médicaments provenant de lots différents. Ces exigences expliquent pourquoi la forme du médicament compte autant que le nombre à délivrer. [2]

Une nouvelle présentation doit garder les bons repères
Une boîte ne sert pas seulement à contenir des comprimés. Elle porte des informations qui permettent de reconnaître le médicament, de le conserver et de l’utiliser. Quand le conditionnement extérieur change, ces fonctions doivent suivre le traitement. C’est la différence entre une simple opération de comptage et une délivrance réellement utilisable chez soi.
Dans le cadre décrit par l’Assurance maladie, l’étiquette du nouveau conditionnement réunit notamment trois ensembles de repères : [2]
- L’identité du médicament : son nom, son dosage, sa forme pharmaceutique et la dénomination commune de ses substances actives, selon les conditions prévues.
- La conservation et la traçabilité : les précautions particulières s’il y en a, la date de péremption et le numéro de lot.
- Les indications liées à la délivrance : l’identité du patient, la posologie, la durée du traitement, la date de remise et le nombre d’unités délivrées.
Le dosage indique la quantité de substance active dans une unité. La posologie précise comment le médicament doit être pris. Confondre les deux serait plus gênant qu’une différence de couleur de carton : l’information doit rester compréhensible quand la présentation habituelle disparaît.

La notice ne disparaît pas avec la boîte d’origine
Autre élément concret : la notice d’information accompagne la délivrance. L’Assurance maladie prévoit une version imprimée. Elle mentionne aussi la possibilité de communiquer les modalités d’accès à une version dématérialisée, avec l’accord du patient. Le cadre présenté n’impose donc pas de posséder un téléphone ou de consulter une application pour accéder à cette information. [2]

Ce détail donne la mesure de l’enjeu. Si l’objectif est de réduire les unités inutilisées, il serait peu cohérent de rendre plus difficile l’accès aux explications qui accompagnent celles réellement remises. Le bénéfice recherché porte sur la quantité de médicament, pas sur une réduction des informations disponibles.
Moins de restes suppose aussi de réfléchir à la taille des boîtes
L’USPO défend une autre priorité : adapter le nombre d’unités des conditionnements aux recommandations de traitement. Le syndicat propose également de renforcer la coordination entre médecins et pharmaciens ainsi que l’information du patient sur toute la durée prescrite. Ce sont ses propositions, pas les résultats d’une comparaison démontrant qu’une méthode serait supérieure à l’autre. [1]
Les deux approches ne déplacent pas le même travail. Revoir les boîtes agit sur le conditionnement proposé en amont. Prélever des unités ajuste la quantité au moment de la délivrance. Pour apprécier la réponse au gaspillage, compter les comprimés restants ne suffit donc pas : il faut aussi regarder comment le médicament arrive jusqu’au patient et quels repères l’accompagnent.
La fiche de 2022 décrit d’ailleurs un cas sans déconditionnement : lorsque le nombre d’unités prescrit correspond exactement à celui d’une ou plusieurs boîtes, la facturation suit les modalités habituelles. La délivrance à l’unité ne signifie donc pas que chaque ordonnance exige de refaire un emballage. [2]
Sources et références
- USPO, prise de position du 16 octobre 2026. https://uspo.fr/dispensation-a-lunite-luspo-sy-oppose-avec-fermete-et-regrette-que-cette-mesure-gadget-fasse-encore-lobjet-de-propositions-et-de-surencheres-de-certains-deputes/
- Assurance maladie, « Dispensation à l’unité des médicaments », page datée du 14 octobre 2022. https://www.ameli.fr/pharmacien/exercice-professionnel/delivrance-produits-sante/regles-delivrance-prise-charge/dispensation-unite-medicaments







