Surveiller une cour de récréation, servir une terrasse ou distribuer du courrier : on ne passe pas forcément sa journée au grand air pour être exposé au soleil dans son métier. C’est l’un des points importants de l’expertise que l’Agence nationale de sécurité sanitaire, l’Anses, a rendue publique le 15 octobre 2026. Elle invite à regarder les UV comme un risque lié aux tâches de travail, pas seulement comme un sujet de vacances ou de canicule. [1]
Le soleil peut compter même quand la journée paraît fraîche
Une sensation agréable à l’extérieur n’est pas un indicateur fiable de l’exposition aux ultraviolets. L’Anses souligne que le vent et une température d’air fraîche peuvent atténuer la sensation de chaleur. On peut alors croire que les UV sont faibles, voire absents, alors que cette impression ne mesure pas le rayonnement reçu. [1]
Le lieu de travail change aussi la situation. L’altitude et les surfaces qui réfléchissent les UV, comme l’eau, le sable ou la neige, peuvent accroître l’exposition. Pour un professionnel travaillant sur des pistes de ski ou en mer, la seule météo ressentie ne suffit donc pas à décrire le risque.
Cette distinction déplace utilement la prévention : attendre d’avoir très chaud pour se poser la question du soleil revient à utiliser le mauvais signal. Le sujet est le rayonnement rencontré pendant les tâches, avec leurs horaires et leur environnement.

Une succession de sorties reste une exposition professionnelle
La liste des métiers cités dépasse largement les agriculteurs et les ouvriers du bâtiment. Elle comprend notamment les paysagistes, les postiers, les salariés du transport, de la restauration, de l’éducation ou de la culture. Le point commun n’est pas un intitulé de poste : ce sont des activités exercées de jour et en extérieur, de manière continue ou non. [1, 2]
Les vendanges, l’entretien des pistes, le service en terrasse et la surveillance des enfants figurent parmi les exemples retenus. Une activité extérieure intermittente ne disparaît pas du bilan simplement parce qu’une autre partie de la journée se déroule à l’intérieur.
En reprenant les données de l’enquête Sumer, l’Anses indique qu’environ 3,5 millions de salariés travaillent à l’extérieur et sont exposés aux intempéries. Ce chiffre décrit un ensemble de situations de travail. Il ne correspond ni à un nombre de cancers ni à une probabilité individuelle de tomber malade. [1]

Trois cancers de la peau concernés, sans durée « garantie sans risque »
Après examen de la littérature scientifique, l’agence conclut à un lien causal avéré entre les expositions professionnelles aux UV et trois cancers cutanés : les carcinomes basocellulaires, les carcinomes épidermoïdes et les mélanomes. Les deux premiers noms désignent des cancers issus de cellules de la peau ; le mélanome se développe à partir des cellules qui produisent son pigment. Ce résultat porte sur le risque professionnel, et non sur le diagnostic d’une personne à partir de son seul métier. [1, 2]
L’expertise n’a pas permis de recommander une durée d’exposition en dessous de laquelle une augmentation de ce risque pourrait être écartée. On ne peut donc pas en tirer une règle du type « quelques minutes dehors ne comptent pas ». Les situations sont trop variables pour fabriquer un seuil protecteur universel. [2]
Les UV ne viennent d’ailleurs pas tous du soleil. L’Anses cite des lampes utilisées pour la désinfection ou l’éclairage horticole, ainsi que certaines activités de travail des matériaux. Elle distingue aussi un autre résultat : les UV issus du soudage peuvent provoquer des mélanomes de l’œil. Cette conclusion précise ne se transpose pas à n’importe quelle lampe ou à toute activité extérieure. [1]

Décrire le travail réel plutôt que demander seulement de « faire attention »
Reconnaître ces expositions suppose de regarder les tâches, leur durée, les horaires et les protections disponibles. L’Anses recommande de les intégrer au document unique d’évaluation des risques professionnels, l’outil dans lequel l’employeur recense les risques et prépare ses actions de prévention. Adapter les activités ou organiser une rotation des postes fait partie des leviers cités, en complément des vêtements, du chapeau, des lunettes et de la protection solaire. [1]
L’agence propose également de mieux former les médecins du travail à l’examen de la peau et de rendre cet examen systématique lors des visites. Enfin, ses conclusions soutiennent la création d’un tableau de maladie professionnelle pour faciliter la reconnaissance et l’indemnisation : il s’agit d’une proposition issue de l’expertise, pas d’une nouvelle indemnisation automatique annoncée le 15 octobre. La décision de créer un tableau appartient à l’État, après consultation des instances compétentes. [1, 2]
Sources et références
[1] Anses, Cancers de la peau : mieux prendre en compte l’exposition professionnelle aux UV, 15 octobre 2026.
https://www.anses.fr/fr/actualite/cancers-peau-mieux-prendre-compte-lexposition-professionnelle-aux-uv
[2] Anses, Avis et rapport d’expertise sur les cancers de la peau en lien avec l’exposition professionnelle aux rayons UV, saisine 2024-SA-0109, version de mars 2026, passages relatifs aux conclusions et recommandations.
https://www.anses.fr/system/files/MALADIESPRO-2024-SA-0109-RA.pdf





