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Arrêts maladie : le budget 2027 vise des économies, mais préparer la reprise commence par les conditions de travail

Le projet de budget 2027 veut réduire la dépense d’indemnités journalières. Pour les salariés en arrêt, préparer le retour repose aussi sur des dispositifs déjà existants : liaison, pré-reprise et adaptation du poste, avec des fonctions bien distinctes.

Relu par Antoine BOUQUET
Une salariée et un médecin du travail réorganisent ensemble un poste de travail dans une illustration dessinée.

Le budget 2027 remet les arrêts maladie au centre des discussions, avec un objectif d’un milliard d’euros d’économies sur les indemnités journalières. Mais pour un salarié dont l’absence se prolonge, une autre question compte : qu’est-ce qui rendra son poste compatible avec son état de santé ? Préparer ce retour et réduire une dépense ne sont pas la même opération. Les outils existants permettent justement de travailler sur la première sans attendre la fin du débat sur la seconde. [1]

Le budget vise des économies, la reprise doit répondre à une situation médicale

Présenté le 1er octobre 2026, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 prévoit de renforcer la coordination entre médecin traitant, médecin du travail et médecin conseil de l’Assurance maladie. Le gouvernement souhaite aussi confier aux partenaires sociaux une réflexion sur la prévention, le suivi du salarié, l’accompagnement des reprises et les niveaux de garanties. Il s’agit de propositions et d’objectifs, pas d’une réforme déjà adoptée. [1][2]

Le dossier budgétaire formule une distinction qui mérite de rester au cœur de la discussion : « Un arrêt maladie n’est ni un congé, ni une faute. » Il indique vouloir permettre le retour au travail « lorsqu’il est possible ». Cette condition n’est pas accessoire. Une économie peut venir d’une modification de la couverture financière ; elle ne dit alors rien, à elle seule, de la capacité de la personne à reprendre son activité. [1]

Le gouvernement évoque d’ailleurs plusieurs explications à la hausse des dépenses : maladies chroniques, évolutions de l’emploi, affections psychiques, conditions de travail dégradées ou abus. Réduire ce débat au contrôle des salariés manquerait donc une partie du problème exposé par le dossier lui-même. Pour comprendre une reprise, il faut regarder à la fois l’évolution de la santé et les exigences du travail.

La pré-reprise ouvre la discussion avant le retour au poste

Un salarié en arrêt de travail de plus de 30 jours peut demander une visite de pré-reprise. Elle a lieu pendant l’arrêt, avec le médecin du travail, et n’est pas obligatoire. Le salarié, son médecin traitant, le médecin conseil ou le médecin du travail peuvent être à l’origine de cette démarche. Ce dispositif existe déjà : il n’a pas été créé par les annonces budgétaires de 2027. [3]

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Son intérêt tient au moment où elle intervient. Attendre le jour du retour pour examiner les contraintes laisse moins de temps pour réfléchir aux adaptations. Pendant la pré-reprise, le médecin du travail peut notamment recommander :

  • Des aménagements ou adaptations du poste, en fonction de la situation de santé et du travail à accomplir.
  • Des possibilités de reclassement, lorsque le poste habituel pose difficulté.
  • Des formations pour faciliter un reclassement ou une réorientation professionnelle. [3]

La question n’est donc pas seulement « à quelle date reprendre ? », mais aussi « dans quelles conditions exercer les tâches ? ». Un changement de poste, une adaptation ou une formation demandent une préparation différente d’une simple date inscrite au calendrier. La visite sert à examiner ces possibilités, sans promettre une solution identique pour tous.

Liaison, pré-reprise et reprise : trois fonctions à ne pas confondre

Le rendez-vous de liaison peut également être organisé pendant une absence supérieure à 30 jours, à l’initiative du salarié ou de l’employeur. Les services de prévention et de santé au travail y participent selon les besoins. Il sert à informer sur les dispositifs de maintien en emploi, la pré-reprise et les possibilités d’aménagement. Le salarié peut le refuser sans qu’une conséquence soit tirée de ce refus. Cet échange n’a pas la fonction d’un examen médical. [4]

DispositifQuand intervient-il ?À quoi sert-il ?
Rendez-vous de liaisonPendant une absence de plus de 30 jours ; facultatifInformer sur les moyens de préparer le retour et de prévenir l’éloignement durable de l’emploi.
Visite de pré-reprisePendant un arrêt de plus de 30 jours ; non obligatoireExaminer avec le médecin du travail les adaptations, le reclassement ou les formations possibles.
Visite de repriseÀ la reprise après une maladie ou un accident non professionnel d’au moins 60 jours ; obligatoireVérifier la compatibilité du poste avec l’état de santé et examiner les mesures nécessaires.

[3][4]

Trois dispositifs distincts pour les salariés : liaison facultative après plus de 30 jours d’absence ; pré-reprise non obligatoire pendant un arrêt de plus de 30 jours ; reprise obligatoire après au moins 60 jours de maladie non professionnelle, au retour ou dans les huit jours.
Ces repères concernent les salariés. Les autres causes d’absence suivent leurs propres règles de visite de reprise. [3][4]

Ces seuils ne sont pas des délais de guérison. Ils ne doivent pas non plus être confondus avec les plafonds de prescription : depuis septembre 2026, le ministère du Travail indique 31 jours pour une première prescription et 62 jours pour une prolongation, avec une dérogation possible lorsque le praticien justifie médicalement une durée plus longue. La durée d’une prescription, l’ouverture d’une visite et la durée d’indemnisation répondent à des règles différentes. [4]

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Deux collègues échangent dans un espace d’accueil avec un comptoir et une zone d’attente.

Adapter le travail ne se résume pas à avancer la date de retour

La prévention de la désinsertion professionnelle vise à éviter qu’une difficulté de santé éloigne durablement une personne de son emploi. Cela conduit à examiner ce que le poste demande réellement, puis les changements envisageables. Le ministère mentionne notamment l’adaptation ou la transformation du poste et l’aménagement du temps de travail. [4]

C’est ici que l’accompagnement se distingue d’une pression à reprendre : modifier les conditions de travail est une action sur le poste, pas une demande de supporter davantage. La question pertinente devient celle de la compatibilité entre les tâches et la santé. L’information donnée au salarié, les préconisations médicales et les possibilités examinées par l’employeur ont des fonctions complémentaires.

Dans un atelier dessiné, un salarié et une collègue réorganisent les outils sur un chariot de travail.
L’adaptation peut concerner le poste et le temps de travail, pas seulement la date de retour. [4]

Il existe aussi un essai encadré pour évaluer, pendant l’arrêt, la compatibilité d’un poste avec l’état de santé, dans l’entreprise habituelle ou une autre. Son nom compte : ce n’est pas une reprise improvisée. Le dispositif s’inscrit dans un cadre associant l’accord du médecin traitant et celui de la caisse, après avis du médecin conseil sur la compatibilité avec la durée prévisionnelle de l’arrêt. Le contrat reste suspendu pendant ces actions et les indemnités journalières continuent d’être versées dans les conditions prévues. [4]

Le deuxième avis annoncé n’est pas la visite de pré-reprise

Le dossier du budget prévoit l’expérimentation d’un deuxième avis médical sur certains arrêts longs. Il ne présente pas cette annonce comme un examen déjà obligatoire pour tous les salariés concernés. Le périmètre de l’expérimentation et ses modalités concrètes ne sont pas détaillés dans les passages consacrés à cette mesure. [1]

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Ce projet doit rester distinct de la pré-reprise, dont la fonction est de préparer les conditions du retour avec le médecin du travail. Les trois interlocuteurs cités par le gouvernement ne sont pas interchangeables : le médecin traitant intervient dans les soins, le médecin du travail examine la relation entre santé et poste, et le médecin conseil intervient pour l’Assurance maladie. Les coordonner peut permettre d’identifier les risques et les solutions adaptées ; les réunir sous le seul mot « contrôle » effacerait cette complémentarité.

La visite de reprise examine ce qui est compatible au retour

Pour les salariés revenant après une maladie ou un accident non professionnel, la visite de reprise est obligatoire à partir de 60 jours d’absence. D’autres situations suivent leurs propres règles : elle est notamment prévue après un congé de maternité, une maladie professionnelle ou un accident du travail ayant entraîné au moins 30 jours d’absence. Le seuil de 60 jours ne s’applique donc pas indistinctement à toutes les absences. [3]

Le médecin du travail vérifie la compatibilité du poste, examine les propositions d’aménagement issues d’une éventuelle pré-reprise et peut préconiser une adaptation ou un reclassement. Il peut aussi, le cas échéant, émettre un avis d’inaptitude. Préparer une reprise ne suppose pas d’en décider d’avance l’issue : l’examen peut faire apparaître des besoins ou des restrictions qui doivent être pris en compte. [3]

Une personne assise à un bureau auprès d’un ordinateur portable.

Dès qu’il connaît la date de fin de l’arrêt, l’employeur sollicite le service de prévention et de santé au travail pour organiser cette visite. Elle se tient le jour de la reprise effective ou dans les huit jours qui suivent le retour au travail. La pré-reprise réalisée pendant l’arrêt ne remplace pas cet examen lorsqu’il est obligatoire. [3]

Sources et références
  1. [1] Gouvernement — Dossier du budget 2027, pages PDF 16, 46, 137 et 138.
    https://www.securite-sociale.fr/files/live/sites/SSFR/files/medias/PLFSS/2027/DP_Budget-2027.pdf
  2. [2] Sécurité sociale — Examen du projet de loi de financement pour 2027, présentation et dépôt du 1er octobre 2026.
    https://www.securite-sociale.fr/la-secu-en-detail/loi-de-financement/annee-en-cours
  3. [3] Ministère du Travail — La visite de pré-reprise et la visite de reprise.
    https://travail-emploi.gouv.fr/la-visite-de-pre-reprise-et-la-visite-de-reprise
  4. [4] Ministère du Travail — Les absences liées à la maladie ou à l’accident non professionnel.
    https://travail-emploi.gouv.fr/les-absences-liees-la-maladie-ou-laccident-non-professionnel

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