Aller au contenu

Arthrose du genou : une injection pour marcher avec moins de douleur pendant cinq ans ? Ce que révèle le suivi

Un hydrogel injectable a été associé à un soulagement encore observé cinq ans après le traitement chez des patients suivis. Une piste pour les genoux douloureux, sans garantie individuelle ni réparation du cartilage.

Relu par Antoine BOUQUET
Consultation médicale autour d’un genou douloureux avant une discussion sur les traitements.

Faire les courses, descendre un escalier, reprendre une promenade… Quand le genou fait mal, ce sont souvent ces petits trajets qui deviennent compliqués. L’idée d’une injection capable d’apporter un soulagement durable a donc de quoi retenir l’attention. Un hydrogel, commercialisé sous le nom d’Arthrosamid, fait justement l’objet de nouvelles publications en 2026.

La donnée la plus marquante porte sur un suivi de cinq ans après une seule injection. Mais elle concerne les patients restés dans une étude prolongée : ce n’est pas une durée de soulagement promise à toute personne qui recevrait le produit. Voici ce que cette piste peut changer, et ce qu’elle laisse encore ouvert.

Un gel injecté dans le genou, pas une crème à appliquer

Le mot « gel » peut prêter à confusion. Ici, il ne s’agit pas d’un produit à étaler sur la peau. Arthrosamid est un hydrogel non résorbable injecté dans l’articulation, composé de 97,5 % d’eau et de 2,5 % de polyacrylamide réticulé. Ce dernier forme un réseau qui donne sa tenue au matériau. Il est différent de l’acide hyaluronique utilisé pour certaines infiltrations. [1]

L’objectif étudié est de diminuer les symptômes de l’arthrose du genou : la douleur, la raideur et les difficultés de mouvement. Il ne s’agit ni de faire repousser le cartilage ni de guérir l’arthrose. Un genou peut devenir moins douloureux sans retrouver une articulation neuve.

Que montrent les cinq années de suivi ?

Une étude publiée en ligne en mars 2026, dans Clinical and Experimental Rheumatology, prolonge le suivi de personnes ayant reçu l’hydrogel lors d’un essai clinique. Sur les 119 participants initialement traités, 91 sont entrés dans cette prolongation et 58 ont terminé le suivi à cinq ans. [2]

À lire aussi :  Boule au genou : comprendre et soigner le kyste poplité

À cette échéance, les chercheurs rapportent une amélioration moyenne de la douleur de 16,2 points sur une échelle allant de 0 à 100, par rapport au début de l’essai. La raideur et les capacités physiques se sont également améliorées. Le résultat est encourageant : chez les patients évalués, le bénéfice observé ne s’est pas limité aux premières semaines.

Pourquoi cela ne signifie pas cinq ans de confort pour chacun

La partie prolongée de l’étude est observationnelle. Autrement dit, on suit les personnes traitées, mais on ne dispose pas d’une comparaison maintenue pendant cinq ans avec un autre traitement ou une injection simulée. Les participants absents du suivi final rendent aussi l’interprétation plus délicate.

Il faut donc garder deux idées ensemble : un soulagement durable a été observé chez des patients suivis, mais cette étude ne permet pas de prédire la réponse de votre propre genou. Elle ne démontre pas non plus que l’injection évitera une prothèse.

Personne tenant son genou avec une main, suggérant une douleur ou un examen d'une boule, tel qu'un kyste poplité.
Suivi de l’hydrogel : 119 personnes initialement traitées, 91 entrées dans la prolongation et 58 au terme de cinq ans. Un soulagement observé dans le groupe suivi ne garantit pas cinq ans de bénéfice à chacun.
Le suivi à cinq ans est observationnel et sans groupe comparateur maintenu. Les effectifs ne constituent pas un taux de réussite du traitement. Source de l’infographie.

Est-ce mieux qu’une infiltration habituelle ?

La question est importante, surtout si vous avez déjà reçu une infiltration avec un effet trop court ou insuffisant. Une revue de la littérature publiée en ligne en mai 2026 rassemble les travaux disponibles sur l’hydrogel. Elle rapporte plusieurs signaux favorables sur les symptômes, tout en soulignant les limites de qualité des études et du recul à long terme. Ses auteurs estiment que les données ne permettent pas encore d’en recommander l’usage courant. [1]

À lire aussi :  Cellules souches mésenchymateuses pour le genou : comment ça fonctionne vraiment ?
Comparaison étudiéeCe qu’on peut en retenir
Hydrogel et corticoïdeUne étude comparative n’a pas trouvé de différence significative à trois mois ; une amélioration plus importante avec l’hydrogel a été observée à six mois.
Hydrogel et acide hyaluroniqueUn essai randomisé n’a pas détecté de différence significative. Cela ne démontre ni la supériorité de l’hydrogel ni une équivalence définitive.
Hydrogel et prothèseLe suivi à cinq ans ne permet pas de conclure que l’injection remplace une opération ou en évite la nécessité.

Le choix ne se résume donc pas à chercher « l’injection qui dure le plus longtemps ». Il dépend aussi de l’état du genou, de votre gêne, des traitements déjà essayés et des risques à discuter avec le praticien.

Un traitement possible ne remplace pas le travail sur la mobilité

L’Assurance Maladie rappelle que l’activité physique adaptée et la rééducation font partie du traitement de l’arthrose du genou. Un programme personnalisé aide à préserver la mobilité et la musculature ; une perte de poids peut aussi être utile lorsqu’elle est nécessaire. Ces mesures restent importantes, même lorsqu’une injection est envisagée. [3]

« Adaptée » est le mot clé. On ne vous demande pas de forcer sur un genou très douloureux. Les exercices, leur fréquence et leur intensité se choisissent avec un professionnel, en tenant compte des poussées et de ce que vous pouvez réellement faire.

Une femme marche sur un chemin plat dans un parc, en chaussures confortables.
Le choix d’une injection ne remplace pas l’activité adaptée : l’intensité et la progression restent à discuter selon la gêne et les poussées douloureuses.

Avant une injection, faire préciser le bénéfice attendu

En consultation, apportez des exemples concrets : la distance que vous arrivez à marcher, ce qui vous réveille la nuit, les escaliers devenus difficiles. Vous pouvez ensuite demander quel progrès le médecin espère dans votre situation, comment il sera évalué et quelles solutions restent possibles si l’effet est insuffisant.

À lire aussi :  Comprendre et surmonter la fatigue post cancer en 2026

La tolérance mérite la même attention. La revue rapporte notamment des douleurs transitoires après l’injection. Un bilan favorable dans des études limitées ne signifie pas absence de risque. Demandez les précautions propres au produit, les signes à surveiller et les modalités de suivi, ainsi qu’un devis détaillé si des frais vous sont proposés.

Illustration de l’article sur le mouvement et les genoux

Au fond, l’intérêt de cette piste se mesure dans la vie quotidienne : pouvoir bouger avec moins de gêne, pas atteindre un nombre d’années annoncé à l’avance. Une discussion individualisée permet de replacer ce nouvel hydrogel dans votre parcours, sans abandonner les soins qui vous aident déjà.

Sources et références
  1. Farhan-Alanie MM et al. Efficacy of novel polyacrylamide hydrogel injection for osteoarthritis. The Knee. Publication en ligne le 18 mai 2026. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/42150308/
  2. Bliddal H et al. Sustained symptom relief and safety over five years following a single intra-articular injection of 2.5% polyacrylamide hydrogel in patients with knee osteoarthritis. Clinical and Experimental Rheumatology. Publication en ligne le 4 mars 2026. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41779591/
  3. Assurance Maladie. Traitement de l’arthrose du genou. 22 janvier 2026. https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/arthrose-genou/traitement-medical-chirurgical

Partager cet article

WhatsAppFacebookXE-mail

Dans la même rubrique