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Suivi pour votre mémoire : pourquoi reparler de la glucosamine au médecin ?

Vous prenez de la glucosamine pour vos articulations et êtes suivi pour votre mémoire ? Une étude publiée en juin relève un signal chez des patients déjà diagnostiqués. Voici ce qu’il signifie et les informations à préparer pour en parler avec un professionnel de santé.

Relu par Antoine BOUQUET
Flacon générique de complément et gélules à côté de lunettes de lecture et d’un carnet, avec un genou en arrière-plan.

Un flacon pour les articulations peut finir par faire partie du quotidien, au point de ne plus penser à le mentionner pendant une consultation. Si vous prenez de la glucosamine et êtes déjà suivi pour votre mémoire, une étude publiée le 9 juin 2026 dans Nature Metabolism donne une raison de remettre ce produit dans la conversation. Elle relève une association avec une évolution moins favorable chez certains patients, sans démontrer que le complément en est la cause.

Commencez par regarder la composition de votre produit

Le nom commercial ne suffit pas toujours à savoir ce que contient un complément « confort articulaire ». Cherchez le mot glucosamine dans la liste des ingrédients, puis notez les autres substances présentes. Elle peut notamment être associée à la chondroïtine. L’Anses rappelle que des compléments contenant l’une ou l’autre sont commercialisés en France pour les articulations. [2]

Gardez la boîte ou prenez une photo nette de l’étiquette. Vous pourrez ainsi montrer la composition et la quantité indiquée, sans avoir à les retrouver de mémoire. Cette première vérification permet surtout de parler du bon produit, plutôt que de mettre tous les compléments alimentaires dans le même panier.

Le signal concerne des patients déjà suivis pour des troubles cognitifs

Les chercheurs de l’université de Floride ont étudié des dossiers médicaux de personnes présentant un trouble cognitif léger ou une démence déjà diagnostiquée. Il ne s’agit donc pas d’un résultat établi chez l’ensemble des consommateurs de glucosamine, ni chez toutes les personnes qui oublient occasionnellement un rendez-vous.

Chez les patients ayant un trouble cognitif léger, la prise de glucosamine était associée à une progression vers une démence plus fréquente de 25 % par rapport aux non-utilisateurs. Un autre résultat concerne les personnes déjà atteintes d’Alzheimer ou d’une démence apparentée : les auteurs rapportent aussi un risque de mortalité plus élevé de 25 %. En revanche, aucune différence significative de mortalité n’a été détectée dans le groupe ayant un trouble cognitif léger. Ces résultats portent sur des situations et des événements différents. [1]

Deux groupes étudiés : trouble cognitif léger et démence diagnostiquée, avec des résultats différents et sans preuve de causalité.
Les hausses de 25 % sont relatives. Ces associations concernent des patients ayant déjà un diagnostic cognitif, pas tous les consommateurs de glucosamine. [1]

25 % de plus ne signifie pas 25 personnes de plus sur 100

Ce chiffre décrit une augmentation relative, pas 25 points de pourcentage. Il compare les groupes étudiés et ne donne pas, à lui seul, votre probabilité personnelle de développer une démence. Le diagnostic de départ compte, tout comme le risque auquel on compare ce résultat.

Il faut aussi distinguer un lien observé d’un effet démontré. Les chercheurs ont comparé des dossiers existants, sans attribuer la prise du complément au hasard. Même après avoir tenu compte de l’âge, du sexe et de caractéristiques démographiques, d’autres différences entre les patients peuvent contribuer au résultat. Certaines prises de compléments peuvent également échapper aux dossiers.

L’équipe a mené des expériences chez des souris reproduisant certains aspects d’Alzheimer, avec une aggravation de leurs performances de mémoire sous glucosamine. Cela renforce une piste de recherche, mais ne prouve pas un effet identique chez l’être humain. Les auteurs demandent un essai clinique contrôlé pour préciser l’impact de la glucosamine sur la progression de la maladie. [1]

Le bénéfice articulaire mérite aussi d’être réévalué

Dans cette discussion, la question n’est pas seulement « y a-t-il un risque ? », mais aussi « qu’est-ce que ce produit m’apporte ? ». Les recherches sur l’arthrose ne montrent pas un bénéfice uniforme. Dans un grand essai sur l’arthrose du genou, la glucosamine n’a pas fait significativement mieux qu’un placebo sur la réduction de la douleur dans l’ensemble du groupe étudié. [3]

Une synthèse d’essais d’au moins un an sur l’arthrose du genou a, de son côté, relevé une amélioration de la douleur avec la glucosamine sulfate, tout en soulignant une incertitude importante sur l’ampleur des effets. Ces résultats ne permettent pas de promettre le même soulagement avec n’importe quel produit. [4] Notez ce que vous avez réellement constaté : douleur, gêne dans les gestes, absence d’amélioration ou effets indésirables.

Les précautions connues restent importantes, même sans problème de mémoire. L’Anses déconseille les compléments à base de glucosamine ou de chondroïtine à certaines personnes, notamment en cas de diabète ou de prédiabète, d’asthme ou de traitement par antivitamine K. Elle déconseille également les compléments à base de glucosamine aux personnes ayant une allergie alimentaire aux crustacés ou aux insectes. [2]

Préparez un échange simple avec le médecin ou le pharmacien

Si vous êtes suivi pour un trouble cognitif, apportez le produit à votre prochain échange avec le professionnel qui connaît votre situation. L’Anses recommande de signaler la prise de compléments au médecin ou au pharmacien. Pour rendre cette discussion concrète, préparez la boîte, la durée de prise et la liste de vos traitements. Ajoutez les autres compléments utilisés, même ceux que vous prenez seulement de temps en temps.

  • Depuis quand prenez-vous ce produit, et pour quelle gêne articulaire ?
  • Avez-vous constaté un soulagement, et lequel ?
  • Sa composition pose-t-elle un problème avec vos maladies ou vos traitements ?
  • Compte tenu de votre suivi cognitif, faut-il poursuivre, interrompre ou remplacer ce complément ?

L’étude ne suffit pas à donner une consigne d’arrêt valable pour tout le monde. En revanche, elle ajoute un élément à une décision qui doit tenir compte de votre diagnostic, du bénéfice ressenti et des risques connus. En repartant du produit exact et de votre situation, vous évitez qu’un complément pris par habitude reste à l’écart du suivi médical.

Sources et références
  1. Hyperglycosylation is a metabolic driver of Alzheimer’s disease
    https://www.nature.com/articles/s42255-026-01538-4
  2. ANSES — Certain food supplements for joint pain should be avoided by at-risk populations
    https://www.anses.fr/en/content/certain-food-supplements-joint-pain-should-be-avoided-risk-populations
  3. Clegg et al. — Glucosamine, chondroitin sulfate, and the two in combination for painful knee osteoarthritis (2006)
    https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/16495392
  4. Gregori et al. — Long-term pain control in knee osteoarthritis (2018)
    https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30575881

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