Le 14 octobre 2026, à Abidjan, des travaux sur le Zézépagnon ont été présentés par Richard Sawadogo lors du 47e Congrès annuel de la Société ouest-africaine de pharmacologie. La communication diffusée par MAPA, le promoteur du produit, rapporte une baisse de la viabilité de cellules cancéreuses du côlon, du sein et de la prostate exposées à des extraits en laboratoire. Le fait nouveau porte sur des expériences précliniques, pas sur un traitement efficace chez des personnes atteintes de cancer. [1]
Cette annonce arrive après une décision importante pour ses consommateurs : dans une note datée du 14 septembre 2026, l’Autorité ivoirienne de régulation pharmaceutique (AIRP) avait signalé l’absence d’autorisation de mise sur le marché et interdit la fabrication, l’importation, la distribution, la vente et la promotion des produits Zézépagnon. Comprendre l’actualité exige de tenir ces deux dates ensemble, plutôt que de faire de la seconde l’effacement de la première. [2]
L’interdiction de septembre ne devient pas une autorisation en octobre
La note n° 2906 de l’AIRP s’adresse au grand public. Elle précise que les produits n’ont pas d’autorisation de mise sur le marché, ou AMM : la décision des autorités sanitaires qui encadre leur commercialisation comme médicaments. Elle recommande explicitement de s’abstenir d’acheter et de consommer les produits de la gamme Zézépagnon. Ce n’est donc pas seulement une réserve sur une promesse publicitaire. [2]
La présentation au congrès, un mois plus tard, répond à une autre question : que donnent les premières expériences menées sur les échantillons ? Une communication scientifique peut alimenter un dossier d’évaluation. Elle n’est ni la décision qui autorise un médicament, ni celle qui lève une interdiction. Le compte rendu publié par MAPA indique d’ailleurs, dans les échanges suivant l’intervention, que le produit n’est pas enregistré et qu’une demande d’AMM reste à déposer. [1]
En ce moment

L’enjeu n’est pas de choisir entre écouter les chercheurs et écouter le régulateur. Leurs interventions n’ont pas la même fonction. Des travaux peuvent mériter d’être poursuivis alors que la vente demeure interdite dans le cadre décrit par la note. Les présenter au public comme une autorisation acquise ferait disparaître précisément l’étape qui doit examiner les preuves.
Trois lignées de cellules, pas trois cancers désormais traitables
Selon la synthèse de l’intervention diffusée par MAPA, les chercheurs ont travaillé sur trois lignées : HCT116 pour le côlon, MDA-MB-468 pour le sein et PC3 pour la prostate. Une lignée est une population de cellules cultivées au laboratoire pour réaliser des expériences reproductibles. Elle permet de tester une activité dans un environnement contrôlé, sans reproduire toute la diversité d’un cancer ni le fonctionnement d’un organisme.
MAPA rapporte une concentration inhibitrice médiane, appelée CI50, de 56,11 microgrammes par millilitre pour les cellules du côlon et de 70,10 microgrammes par millilitre pour celles du sein. Ce repère désigne la concentration qui réduit de moitié la viabilité mesurée dans l’expérience. Pour les cellules de la prostate, une réduction supérieure à 50 % est rapportée à 50 microgrammes par millilitre. Ces pourcentages ne sont ni des taux de guérison ni des mesures de réduction d’une tumeur chez un malade. [1]
Ces résultats donnent une question de recherche plus précise qu’une affirmation générale de bienfait : quelles substances de l’extrait produisent cette activité, dans quelles conditions et avec quelle marge par rapport aux cellules non cancéreuses ? Leur intérêt se situe à ce niveau. La communication ne présente pas de résultat clinique contrôlé sur la réponse d’une tumeur, la survie ou la qualité de vie des patients. [1]
L’extrait étudié n’est pas la tisane telle qu’on la boit
Un détail de méthode change beaucoup l’interprétation. La synthèse mise en ligne par le promoteur précise que les résultats présentés proviennent d’une macération méthanolique, une extraction réalisée au laboratoire, et non de la décoction également étudiée. Il s’agit donc de résultats sur un extrait préparé pour l’expérimentation, pas d’une démonstration sur la tisane ingérée telle quelle. [1]
La quantité d’extrait mise au contact de cellules dans un puits de culture ne décrit pas ce qui atteindrait une tumeur après ingestion. Entre ces deux situations interviennent notamment l’absorption et la transformation des substances dans l’organisme. Les concentrations expérimentales servent à décrire le test, pas à calculer une quantité à boire. Aucune posologie humaine ne découle de ces chiffres.
La nature de la source compte aussi. MAPA diffuse un communiqué de sa direction scientifique ainsi qu’une synthèse établie à partir d’une transcription automatique corrigée de l’intervention. Cette communication du promoteur n’a pas le statut d’un article scientifique évalué par les pairs. Les résultats doivent lui être attribués, plutôt que présentés comme une validation indépendante de toutes les allégations entourant le produit. [1]
Qualité de l’échantillon et sécurité d’un traitement sont deux examens différents
Le promoteur rapporte également des contrôles de qualité microbiologique et physico-chimique des échantillons, ainsi qu’une expérience de toxicité aiguë chez la souris. Après une administration unique de 2 000 milligrammes par kilogramme, aucun signe de toxicité aiguë ni décès n’aurait été observé pendant les 14 jours de suivi. Ce résultat porte sur une exposition ponctuelle chez l’animal, pas sur une consommation prolongée par une personne malade. [1]
Ces différents examens ne sont pas interchangeables. Un contrôle de qualité recherche des caractéristiques de l’échantillon. Un test de toxicité aiguë observe les effets d’une administration sur une période limitée. Évaluer un traitement exige, en plus, de déterminer son intérêt pour les malades et ses risques dans les conditions où il serait réellement utilisé.

Les prochaines expériences annoncées doivent encore fournir leurs résultats
La suite évoquée par MAPA est concrète : étudier la toxicité à doses répétées pendant 28 jours ou davantage, tester plusieurs concentrations sur les cellules examinées à une seule concentration et rechercher les mécanismes d’action. Ce sont des travaux annoncés, pas des résultats déjà acquis. Leur rôle serait de mieux caractériser ce qui agit et ce qui peut présenter un risque. [1]
- Répéter les administrations permettrait d’examiner une exposition différente de la prise unique chez la souris.
- Élargir les concentrations testées aiderait à décrire la réponse des cellules de prostate et des cellules sanguines normales.
- Étudier le mécanisme chercherait à expliquer l’activité observée, au-delà du constat de baisse de viabilité.
Le compte rendu des échanges au congrès distingue lui-même la recherche engagée de l’enregistrement du produit. Il décrit une procédure dans laquelle les promoteurs doivent réaliser les essais requis, constituer un dossier et déposer une demande d’AMM. C’est dans ce dossier, et non dans le seul fait de prendre la parole à un congrès, que les données de qualité, de sécurité et d’efficacité doivent être réunies pour l’examen réglementaire. [1]
Sources et références
[1] MAPA — communiqué de la direction scientifique et synthèse éditée de l’intervention du 14 octobre 2026
https://zezepagnon.com/index.php?page=recherche
[2] AIRP — note d’information n° 2906, datée du 14 septembre 2026
https://api.airpdigital.com/storage/documents/Note%20d%27Information%20AIRP%20N%C2%B0%202906_ZEZEPAGNON%20%20a%CC%80%20diffuser.pdf







